Non aux produits des colonies !

Françoise Leblon , Robert Kissous, mercredi 15 juillet 2009

Avec la com­plicité de l’irascible Georges Frêche, le gou­ver­nement israélien tente de ren­forcer ses liens écono­miques et com­mer­ciaux avec la France et l’Europe. Aux dépens des Palestiniens.

Début mai, paraissait dans le Midi libre un entretien dans lequel Georges Frêche, pré­sident du conseil régional du Languedoc-​​Roussillon, énonçait ses projets pour faire d’Israël le par­te­naire pri­vi­légié de la Région. Il ne s’agit de rien de moins que de faire de celle-​​ci la porte d’entrée d’Israël en France et en Europe. Le premier, en voie d’exécution, est l’implantation de l’entreprise israé­lienne Agrexco (arrivée prévue en octobre 2010) dans le port de Sète, sinistré en termes d’emplois. Mais aussi : faire de Mont­pellier le pôle mondial n° 1 de l’eau en s’appuyant sur les tech­no­logies de pointe israé­liennes ; amener Israël sur le marché inter­na­tional Saint-​​Charles de Per­pignan ; amener en Languedoc-​​Roussillon l’Institut inter­na­tional de recherche agro­no­mique, dont le siège est actuel­lement à Washington, avec l’aide de l’État israélien. Une visite du ministre israélien de l’Agriculture est en outre prévue pour l’été ou l’automne prochain.

C’est sur la venue d’Agrexco à Sète que s’est foca­lisée et orga­nisée l’opposition à ces projets. Agrexco est détenu à 50 % par l’État israélien ; créé en 1957, c’est l’un des plus impor­tants groupes d’exportation de pro­duits agri­coles dans le monde. L’entreprise exporte en Europe 70 % de s pro­duc­tions agri­coles des colonies israé­liennes illé­ga­lement ins­tallées dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés. C’est pour Israël le prin­cipal canal d’exportation vers l’Europe pour les fruits, légumes et fleurs des ter­ri­toires pales­ti­niens occupés. Ces mar­chan­dises sont vendues illé­ga­lement en tant que pro­duits « made in Israël », béné­fi­ciant ainsi des condi­tions que l’Europe accorde aux impor­ta­tions israé­liennes dans le cadre des accords d’association UE/​Israël.

Agrexco est l’un des ins­tru­ments essen­tiels de la colo­ni­sation agricole, notamment dans la vallée du Jourdain : vol des terres, vol de l’eau, démo­li­tions, expul­sions, net­toyage eth­nique… 95 % des terres et 98 % de l’eau y ont été confisqués au seul profit de 7 000 colons, alors que la popu­lation pales­ti­nienne est passée de 300 000 habi­tants en 1967 à 55 000. Le pré­sident de Région promet 200 emplois à la clé et des inves­tis­se­ments impor­tants, 200 mil­lions d’euros, pour créer les infras truc­tures néces­saires. Un vote a eu lieu au conseil régional, le 23 février dernier, sans ren­contrer d’opposition. Il est vrai que seul le nom de GF Group, groupe por­tuaire italien, était men­tionné lors de la déli­bé­ration. De fait, le conseil régional sub­ven­tionnera ainsi la colo­ni­sation israé­lienne offrant géné­reu­sement à Israël une pla­te­forme d’entrée en Europe pour écouler – en toute illé­galité – les pro­duits des colonies israé­liennes. Et, ce faisant, il se rendra com­plice de l’État israélien et de son gou­ver­nement. Tous les sec­teurs de notre société sont concernés par le projet. Contrai­rement aux affir­ma­tions du pré­sident de Région dans sa réponse à la lettre ouverte que les groupes locaux de l’AFPS du Languedoc-​​Roussillon lui avaient adressée le 12 mai dernier, il n’y a pas de choix écono­mique sans choix poli­tique. Choisir d’amener Agrexco à Sète, c’est faire le choix délibéré de sou­tenir la colo­ni­sation, c’est s’opposer à la création d’un État palestinien.

M. Frêche, pro­fesseur de droit, n’a que faire du droit inter­na­tional. Compte tenu des domaines – poli­tiques mais aussi écono­miques et écolo­giques – concernés par ce projet, de nom­breuses orga­ni­sa­tions, toutes soli­daires avec le peuple pales­tinien, ont réagi (asso­cia­tions, mou­ve­ments, partis poli­tiques, syn­dicats…) ; une large coa­lition s’est constituée (près de 80 orga­ni­sa­tions) en peu de temps pour com­battre le projet. Des partis poli­tiques ont pris position à travers des com­mu­niqués. Des contacts ont été pris avec des élus du conseil régional, et des ren­contres ont eu lieu, qui, pour cer­taines, ont produit des effets positifs. Il est plus dif­ficile d’avoir le contact avec les dockers du port de Sète, que les pers­pec­tives d’emplois agitées par Georges Frêche rendent réceptifs à ce chant des sirènes. Pro­messes trom­peuses si l’on en juge par ce qui s’est passé à Marseille.

La coa­lition contre l’implantation d’Agrexco, à Sète ou ailleurs, a organisé jeudi 25 juin, jour de la réunion men­suelle du conseil régional, une pre­mière mani­fes­tation de pro­tes­tation à Mont­pellier, qui a ras­semblé un bon millier de per­sonnes et fut rejointe par la « marche contre l’apartheid en Palestine », partie de Nîmes, arrivant à Mont­pellier le même jour. Les mili­tants qui avaient demandé à assister à la réunion du conseil régional, en principe publique, s’en sont vu refuser l’entrée au dernier moment. D’ores et déjà, de nou­velles mobi­li­sa­tions sont prévues par la « Coa­lition contre Agrexco », et le travail de terrain pour élargir le soutien sera ren­forcé. Le combat devra être étendu au niveau national et européen dans le cadre de la « Cam­pagne boycott, dés­in­ves­tis­sement, sanc­tions contre Israël » tant que ce pays bafouera le droit inter­na­tional, le droit national du peuple pales­tinien. Le combat contre l’implantation d’Israël en Languedoc-​​Roussillon ne fait que com­mencer, il sera long. Et il faudra le gagner.