Nitsirit Ilit, une colonie prétendument légale

Ameer Makhoul,, dimanche 15 novembre 2009

Le 10 novembre 2009, Shimon Gafso, pré­sident de la muni­ci­palité de Nit­sirit Ilit a annoncé son plan de re-​​judaïsation de la ville, suite à l’accroissement mani­feste de la pré­sence arabe (plus du quart de la popu­lation), au moment où les juifs, et notamment les jeunes, refusent de plus en plus d’y vivre.

Les axes de son plan se com­plètent, l’un garantit une immi­gration « qua­li­tative » des juifs, et le second constitue un message clair aux Arabes de la ville, qui y ont immigré, indi­vi­duel­lement, à la recherche d’une solution indi­vi­duelle à la crise du logement ou du travail qu’ils ren­contrent dans les villes arabes de la région. Il leur a proposé à rechercher « une autre maison », selon l’expression du site NRG (ou GRN).

L’exécution pra­tique du plan consiste à faire venir les colons de Gosh Qtayf, des anciennes colonies de Gaza, la construction du projet « Har Yona 3 », qui est une ville des reli­gieux (Haridim) et la construction d’un centre spi­rituel juif régional, et faire venir des groupes appelés « les noyaux durs sio­nistes » qui sont des mili­taires reli­gieux natio­na­listes, à partir des blocs de colo­ni­sation et des écoles reli­gieuses mili­taires, qui ont assuré la for­mation des ter­ro­ristes juifs.

Ces groupes enrôlés sont des groupes para-​​militaires qu’ils avaient déjà amenés et ins­tallés à Akka, dans le cadre du plan de « déve­lop­pement » (judaï­sation) du Naqab et de la Galilée » que Sharon avait présidé et qui faisait partie du plan de désen­ga­gement avec Gaza, en 2005. De même, le plan de Gafso inclut l’invasion de la ville par des ban­nières et sym­boles juifs et sionistes.

En réalité, Gafso menace la pré­sence arabe dans « Nit­sirit Ilit » à la manière de Akka à l’automne 2008, lorsque les groupes juifs racistes ont attaqué la pré­sence arabe dans la ville, et lorsque le racisme de la rue s’est abrité der­rière le racisme du régime israélien, dans un partage de rôle assumé.

En réalité, Shimon Gafso n’apporte rien de nouveau, sinon secouer les illu­sions, car il nous ramène aux racines du projet sio­niste, aux années 50 du siècle dernier lorsque Nit­sirit Ilit a été construit, en tant que rêve colonial et raciste de Ben Gourion, tout comme Gafso n’est pas « meilleur » dans l’application et l’exécution de ce projet que le col­la­bo­rateur de Ben Gourion, Shimon Pérès.

Le rêve de Ben Gourion parlait de « la fon­dation d’une ville juive au cœur de la Galilée, pour déman­teler la conti­nuité géo­gra­phique et démo­gra­phique arabe dans la région ». Il fait partie du vaste projet sio­niste colonial et colo­nia­liste basé sur le net­toyage ethnique.

De même, le but de Nit­sirit Ilit, de sa fon­dation comme de son extension, est un but colonial et colo­nia­liste qui ne diffère en rien au texte ou à l’essence des colonies israé­liennes en Cis­jor­danie et dans al-​​Quds, après leur occu­pation en 1967 jusqu’à aujourd’hui. Si nous com­parons entre les objectifs de Nit­sirit Ilit, de Maale Adomim, de Gosh Atsion, de Hereel ou Karmael, nous trouvons qu’il s’agit du même objectif, la décision de les construire est la même, leur pla­ni­fi­cation relève du même esprit et même la loi sur laquelle leur construction est basée est la même.

Si nous com­parons entre la manière dont Shimon Pérès a agi dans la construction de Nit­sirit Ilit en 1956 et entre la construction des colonies en Cis­jor­danie, chaque mètre carré de leurs terres est une terre arabe pales­ti­nienne confisquée et volée par Israël, l’année de la Nakba et du net­toyage eth­nique en 1948, ou bien confisquée en s’appuyant sur la loi de déra­ci­nement colonial qui sévit de 1948 à aujourd’hui, en vue de changer sa nature démo­gra­phique et judaïser la patrie palestinienne.

Le plan de Gafso et toute l’existence de Nit­sirit Ilit reflètent l’essence de la pré­sence israé­lienne, en tant que pré­sence colo­niale. Mais c’est un projet en crise, et l’exacerbation de sa crise dévoile son essence. Israël a tou­jours essayé de cacher cette essence dans une ten­tative d’acquérir une légi­timité. Mais la force des masses de notre peuple pales­tinien, leur capacité de lutte, leur pré­sence de plus en plus massive à arborer leur identité nationale, une identité sûre de son droit et de sa patrie, et en tant que pro­prié­taire du pays, tout cela a mis le régime israélien dans son ensemble dans une situation de réaction.

C’est un chan­gement stra­té­gique que nous avons aperçu dans les récentes lois racistes, dans la cam­pagne de ven­geance au cours et après le sou­lè­vement de la colère et de la pro­tes­tation en Palestine 48 contre les crimes israé­liens à Gaza, et avant, contre l’agression israé­lienne sur le Liban en 2006 et dans toute la poli­tique des pour­suites poli­tiques terrorisantes.

Ce chan­gement est accom­pagné d’une autre donnée, la chute des illu­sions dans les milieux de notre peuple envers le régime israélien et la cer­titude de plus en plus que l’institution reli­gieuse, juri­dique, aca­dé­mique, sécu­ri­taire et de la pla­ni­fi­cation par­ticipe dans son ensemble à ce crime his­to­rique qui n’a pas cessé depuis la Nakba, cher­chant à voler et à judaïser ce qui reste encore.

Le plan du pré­sident de la muni­ci­palité de Nit­sirit Ilit reflète, que nous le vou­lions ou non, l’aspect san­gui­naire de la poli­tique et du régime en Israël, ainsi que l’état d’affrontement imposé aux masses de notre peuple à l’intérieur. La bataille de la pré­sence légitime nous est imposée, et nous ne pouvons l’ignorer. Dans cette bataille de la légi­timité, nous sommes les plus forts, et non le régime colonial et raciste et ses mani­fes­ta­tions à Nit­sirit Ilit, Kiriat Arbaa et Maale Adomim.

La nature du défi exige de main­tenir élevée notre dis­po­sition à la lutte dans l’unité, la construction de nos direc­tions locales et l’accumulation de nos acquis, et il exige en même temps, que nos masses à l’intérieur agissent en tant que partie inté­grante de la cause pales­ti­nienne, et non limiter leur rôle au cadre de la citoyenneté, d’agir avec elles-​​mêmes en tant que pro­prié­taires du droit et avec res­pon­sa­bilité dans l’élaboration du large projet pales­tinien de libé­ration et l’édification de sa direction.

Le plan de la muni­ci­palité de Nit­sirit Ilit, qui n’est en rien dif­fé­rente de tout autre pouvoir muni­cipal ou central, confirme également que le mou­vement de lutte contre la nor­ma­li­sation arabe et régionale et le mou­vement inter­na­tional de boycott d’Israël sont des outils qui doivent être amplifiés, tout en agissant pour briser le blocus struc­turel contre notre peuple, dont la source n’est que l’essence d’Israël lui-​​même.

11 novembre 2009

Traduit par CIREPAL (Centre d’Information sur la Résistance en Palestine)