Nil’in, à la pointe de la lutte non violente contre le mur d’apartheid

Comité populaire de Nil’in, dépêches et CL, dimanche 13 juillet 2008

Les auto­rités israé­liennes "veulent envoyer un message : résister à la construction du mur ne nous vaudra que souf­frances et dom­mages. Mais leur poli­tique va accroître notre déter­mi­nation à empêcher l’érection de ce mur raciste".

Le village de Nil’in, au nord ouest de Ramallah en Cis­jor­danie occupée, (5.000 habi­tants, proche de Bil’in dont la lutte non vio­lente contre le mur d’annexion israélien est exem­plaire depuis trois ans) est en lutte depuis plus d’un mois contre la construction du Mur qui vole ses terres.

La lutte des habi­tants de Nil’in est déter­minée et massive et des mani­fes­ta­tions y ont lieu chaque semaine avec l’aide d’Internationaux et Israé­liens comme à Bil’in, Um Salamuna (près de Btehléem), ou pré­ce­demment Jayyouz, Budrus etc.

Ils ont réussi à inter­rompre les travaux la semaine der­nière en s’opposant aux bull­dozers et autres camions de l’armée à coups de pierres bien ajustés.

Les mili­taires israé­liens furieux ont décrété le 4 juillet un couvre-​​feu total, coupant le village du monde exté­rieur : pas de médi­ca­ments, pas de soins, pas de nourriture…

Les vil­lages voisins, des mili­tants de Bil’in notamment, ont appelé à sou­tenir Nil’in.

Ainsi les gens de Budrus ont organisé une mani­fes­tation jusqu’à Nil’in, comme on le voit sur la vidéo :

D’autres mani­fes­ta­tions ont eu lieu et comme d’habitude la répression israé­lienne a été violente.

Selon des habi­tants qui ont parlé aux médias, les « soldats israé­liens ont fait usage de balles réelles, de gre­nades à per­cussion et de gaz lacry­mo­gènes pour dis­perser de nou­velles mani­fes­ta­tions contre l’ouvrage, jugé illégal il y a quatre ans par la Cour de justice inter­na­tionale parce qu’il empiète sur une partie du ter­ri­toire occupé.

Selon Aymane Nafi, maire de ce village de 5.000 habi­tants dont l’armée empêche les jour­na­listes de s’approcher, un homme se trouvait lundi dans un état cri­tique. D’autres vil­la­geois ont été atteints par des balles en caou­tchouc lors d’une confron­tation avec des soldats israéliens.

"Les soldats ont dans un premier temps utilisé les méthodes anti-​​émeutes mais lorsque les inci­dents se sont pour­suivis, ils ont été auto­risés à faire usage de balles réelles", a dit une porte-​​parole de l’armée israélienne.

Le maire de Nil’in a affirmé qu’aucune ambu­lance n’avait été auto­risée à entrer dans le village pour en évacuer les blessés. L’armée israé­lienne a démenti.

La veille, une cin­quan­taine d’habitants de Nil’in avaient été intoxiqués ou blessés par des tirs de gre­nades lacry­mo­gènes et de balles en caoutchouc.

Nafi a signalé par ailleurs un début de pénurie de légumes, de pro­duits lai­tiers et de médi­ca­ments, la phar­macie locale ayant dû garder son rideau baissé.

"Ils veulent envoyer un message : résister à la construction du mur ne nous vaudra que souf­frances et dom­mages. Mais leur poli­tique va accroître notre déter­mi­nation à empêcher l’érection de ce mur raciste", a-​​t-​​il déclaré par télé­phone. » [1]

Le bou­clage de Nil’in a été maintenu pendant quatre longs jours de couvre-​​feu, ce qui implique que les habi­tants ne sortent pas de chez eux sans risquer de se faire tirer dessus ou -au mieux-​​ arrêter. L’armée israé­lienne a quitté le village le 8 juillet.

Cer­tains médias ayant annoncé que ce départ avait été négocié contre pro­messe de mettre fin aux pro­tes­ta­tions des vil­la­geois, le Comité popu­laire de Nil’in contre le Mur d’Apartheid a publié le com­mu­niqué suivant :

"Le Comité qui repré­sente la muni­ci­palité de Ni’lin, les partis poli­tiques, les ins­ti­tu­tions et orga­ni­sa­tions de Nil’in, n’a pris part à aucune dis­cussion avec les offi­ciers de l’armée israé­lienne et n’a fait aucune pro­messe concernant un arrêt des pro­tes­ta­tions. Aucune dis­cussion de cet ordre n’a eu lieu dans le village. Le Comité affirme que les vil­la­geois de Nil’in ne renon­ceront pas à leur droit de défendre leurs droits élémen­taires, humains, écono­miques et sociaux. En consé­quence ils ne renon­ceront pas à leur droit de pro­tester contre la confis­cation de leur terre.

Les habi­tants de Nil’in ne veulent pas non plus renoncer à leur droit de se lever contre la construction d’un mur que la Cour inter­na­tionale de Justice a déclaré illégal [2].

Le village ne se tiendra pas tran­quille ! Les mani­fes­ta­tions orga­nisées à Nil’in ont tou­jours été paci­fiques, non vio­lentes. A chaque fois les mani­fes­tants sans armes ont été contrés avec une force intense et une vio­lence brutale par l’armée israé­lienne qui a blessé de nom­breux mani­fes­tants pales­ti­niens, inter­na­tionaux et israé­liens (souvent avant même d’arriver au site de construction du mur). Les soldats ont même attaqué et blessé des jour­na­listes et du per­sonnel médical.

Le Comité popu­laire vou­drait attirer l’attention sur l’utilisation dis­pro­por­tionnée de la force par l’armée israé­lienne et la police des fron­tières depuis le début de la construction du mur à Nil’in (mai 2008) : 160 per­sonnes ont été blessées par balles en caou­tchouc [3], dont des enfants. Des cen­taines de mani­fes­tants ont été vio­lemment frappés, 26 per­sonnes ont été arrêtées. Une ambu­lance du secours médical (PMRS) a été visée par des tirs. Le chauffeur a dénombré 18 impacts de balles sur le côté du véhicule dont deux vitres ont été fracassées.

De nom­breux mani­fes­tants ont été intoxiqués par les gaz lacry­mo­gènes tirés direc­tement sur la foule. L’armée israé­lienne, qui a utilisé à plu­sieurs reprises des balles réelles, utilise une nou­velle machine qui leur permet de lancer 30 gre­nades lacry­mo­gènes en même temps. Ils ont plu­sieurs fois envahi le village la nuit, après des mani­fes­ta­tions, tirant des gre­nades lacry­mo­gènes à l’intérieur des maisons.

Le couvre-​​feu imposé le 4 juillet n’est qu’une mesure de plus pour mettre un terme aux pro­tes­ta­tions et faire taire les gens de Nil’in qui ne font que défendre leurs terres et leurs vies, de façon non violente.

Le Comité popu­laire contre le mur d’Apartheid dénonce le couvre-​​feu et le siège de Nil’in qui ont causé des dégâts impor­tants dans un village déjà étranglé par la construction du Mur.

Les gens de Nil’in demandent de l’aide locale, régionale et inter­na­tionale pour main­tenir la soli­darité avec le village. Cette aide est abso­lument néces­saire. Le Comité en profite pour remercier tous ceux et celles qui ont pris part aux mani­fes­ta­tions et toutes les per­sonnes qui ont fait des efforts pour faire connaître la situation à Nil’in, contacter des per­son­na­lités poli­tiques et attirer l’attention des médias inter­na­tionaux".


De nom­breux inter­na­tionaux sont pré­sents à Nil’in et dans d’autres village en butte aux agres­sions de l’armée israé­lienne. Ainsi des mis­sions civiles des CCIPPP se sont rendues à Nil’in.

Voir le site des Missions civiles, Protection Palestine :

http://​www​.pro​tection​-palestine​.org/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e6402

[1] Rebecca Har­rison, Reuters http://​fr​.news​.yahoo​.com/​r​t​r​s​/​20080707​/​​t​w​l​-​​​p​a​l​e​s​t​i​n​i​e​n​s​-​​​i​s​r​a​e​l​-​​​n​i​l​i​n​e​-​​​38​c​f​b​6​d​.html Version fran­çaise Marc Delteil et Henri-​​​​Pierre André

[2] 9 juillet 2004. Pour marquer cette date, de nom­breuses mani­fes­ta­tions contre le Mur d’apartheid israélien ont eu lieu partout en Cisjordanie occupée.

[3] il s’agit en fait de balles enrobées de caou­tchouc et extrê­mement dangereuses