Netanyahu va former le gouvernement le plus à droite d’Israël

Jonathan Nackstrand, vendredi 27 février 2009

Israël s’apprête à se doter d’un gou­ver­nement res­treint le plus à droite de son his­toire, dirigé par le chef du Likoud Ben­jamin Neta­nyahu, après l’échec avéré des ten­ta­tives de former une coa­lition élargie [1]

Le Premier ministre pres­senti, hostile à la création d’un Etat pales­tinien au moins dans un avenir envi­sa­geable, a affirmé ven­dredi qu’il n’y avait pas de pos­si­bilité d’un gou­ver­nement d’union, en rejetant la faute sur la chef du parti cen­triste Kadima, Tzipi Livni.

"J’ai fait tout mon pos­sible pour par­venir à l’union tant est elle impor­tante face aux défis sécu­ri­taires et écono­miques aux­quels fait face Israël. A mon grand regret, je me suis heurté à une fin de non recevoir caté­go­rique de Mme Livni", a dit M. Netanyahu.

"Avant et après les élec­tions, j’avais promis d’agir pour un gou­ver­nement d’union et en consé­quence de quoi j’étais prêt à aller très loin dans la voie des conces­sions", a-​​t-​​il dit après un entretien à Tel-​​Aviv avec la chef de la diplo­matie du gou­ver­nement sortant.

Mme Livni a annoncé pour sa part qu’elle ne par­ti­ci­perait pas à un gou­ver­nement dirigé par M. Netanyahu.

"Notre ren­contre s’est achevée sans accord sur les ques­tions essen­tielles", a-​​t-​​elle dit en se pré­sentant comme le chef d’une "oppo­sition res­pon­sable" à même de sou­tenir le gou­ver­nement ponc­tuel­lement "face aux menaces contre Israël". Le chef du Likoud Ben­jamin Neta­nyahu et la chef du parti cen­triste Kadima, Tzipi Livni le 24 février 2009 - AFP/​Archives

Cette impasse sonne le glas d’une coa­lition élargie voulue par Neta­nyahu pour éviter de constituer un gou­ver­nement res­treint très marqué à droite et fondé sur une majorité par­le­men­taire de 65 députés sur 120.

Le chef du Likoud avait été offi­ciel­lement chargé le 20 février par le pré­sident Shimon Peres de former le pro­chain cabinet au plus tard d’ici le 3 avril, délai légal pour obtenir l’investiture au Parlement.

Mme Livni, qui espérait dans un premier temps se voir confier la tâche de former un gou­vernment, avait expliqué son refus en estimant qu’un cabinet Neta­nyahu blo­querait toute chance de relance du pro­cessus de paix par son oppo­sition à la création d’un Etat pales­tinien au côté d’Israël.

Elle a maintenu cette position en dépit de son­dages d’opinion mon­trant qu’une nette majorité d’Israéliens et par­ti­cu­liè­rement de votants du Kadima pré­fé­raient un gou­ver­nement d’union et malgré des voix dis­cor­dantes dans son parti de la part de diri­geants peu enclins à se trouver dans l’opposition.

"Neta­nyahu ne croit pas au pro­cessus de paix et est pri­sonnier des visions tra­di­tion­nelles de la droite" hostile à un retrait en Cis­jor­danie occupée, avait dit la chef de la diplo­matie du cabinet sortant au quo­tidien Maariv.

M. Neta­nyahu se défend de refuser un dia­logue avec les Pales­ti­niens, tout en s’opposant au principe de "deux Etats pour deux peuples".

Le chef de son prin­cipal parti allié, Israël Bei­teinou (15 sièges), Avigdor Lie­berman, qui brigue le ministère des Affaires étran­gères, s’est pour sa part efforcé de cor­riger son image de popu­liste d’extrême droite.

Dans une interview au journal amé­ricain Jewish Week, M. Lie­berman, ori­gi­naire d’ex-URSS, s’est déclaré en faveur de la "création d’un Etat pales­tinien viable", s’est défendu d’être un "extré­miste de droite" et a promis de "tra­vailler avec le pré­sident (amé­ricain) Barack Obama".

Lie­berman s’est taillé une répu­tation d’"homme fort" prêt à expulser les Arabes qui ne prê­te­raient pas allé­geance à Israël et a affirmé qu’Israël confrontée au Hamas, au pouvoir à Gaza, devait s’inspirer de l’exemple de la Russie en Tchétchénie.

[1] voir aussi sur le Nou­velObs l’article de René Backmann :

Israël : Vers une coalition droite-​​​​extrême droite

Même s’il ne faut jurer de rien en matière de poli­tique inté­rieure israé­lienne où les volte faces ne sont jamais à exclure  –  surtout en période de négo­cia­tions pour la consti­tution du gou­ver­nement  –  c’est appa­remment un "non" ferme que Tzipi Livni, chef du parti de centre droit Kadima a opposé ven­dredi au premier ministre pres­senti Benyamin Neta­nyahou, leader du Likoud, qui lui pro­posait de par­ti­ciper à son cabinet et d’associer Kadima à la coa­lition au pouvoir. Selon les propos tenus par Neta­nyahou, après son entretien infruc­tueux avec Livni, dans un grand hôtel de Jeru­salem, il avait proposé à son inter­lo­cu­trice un par­te­nariat complet dans la for­mu­lation du pro­gramme et du calen­drier gou­ver­ne­mental, une totale égalité dans la répar­tition des por­te­feuilles minis­té­riels entre Likoud et Kadima, et deux des trois minis­tères clés du gouvernement.

Livni a indiqué, de son côté, à la suite de la ren­contre que les désac­cords entre elle et Neta­nyahou étaient encore trop pro­fonds pour per­mettra à Kadima de par­ti­ciper à un gou­ver­nement dirigé par Neta­nyahou. L’un de ces désac­cords majeurs semble être l’attitude du futur premier ministre face à la question pales­ti­nienne. "Neta­nyahou ne croit pas au pro­cessus de paix et est pri­sonnier des visions tra­di­tion­nelles de la droite" hostile à un retrait de la Cis­jor­danie, a précisé Tzipi Livni au quo­tidien Maariv avant d’ajouter" dans ces condi­tions , la meilleure option est de servir le peuple dans l’opposition". Il semble que le camp de Neta­nyahou ne nour­rissait pas beaucoup d’espoirs sur l’issue de la ren­contre mais, l’a main­tenue pour que la res­pon­sa­bilité de la rupture publique des négo­cia­tions, et donc le refus de Kadima d’entrer dans la coa­lition gou­ver­ne­mentale puisse être clai­rement rejetée sur Tzipi Livni. Au sein du parti de cette der­nière, d’ailleurs, plu­sieurs res­pon­sables dont Shau Mofaz, Dalia Itzik et Ze’ev Boim s’étaient pro­noncés ouver­tement en faveur d’un gou­ver­nement d’union et le chef du Likoud sem­blait appa­remment compter sur une muti­nerie d’une partie des diri­geants de Kadima en poussant Livni dans ses dernier retranchements.

Muti­nerie qui n’a pas eu lieu, même si Mofaz mul­tiplie les ren­contres avec les ministres et les membres de la knesset pour leur répéter que le choix de demeurer dans l’opposition est une erreur.

Privé de l’appoint de Kadima, Neta­nyahou s’est tourné vers la seconde option à sa dis­po­sition  –  un gou­ver­nement de droite et d’extrême droite et a pour­suivi ses négo­cia­tions avec les deux for­ma­tions ultra-​​​​orthodoxes  –  le Shass (sépharade) qui a obtenu 11 sièges et le Judaïsme unifié de la Torah (ash­kenaze), fort de 5 sièges. Com­pli­cation : les deux partis qui avaient envisagé de se réunir au sein d’un bloc "reli­gieux" s’affrontent déjà sur un sujet majeur : chacun des deux reven­dique le por­te­feuille du logement dans le futur gou­ver­nement. Au sein de l’électorat ultra-​​​​orthodoxe, où les familles sont souvent nom­breuses, la crise du logement et durement res­sentie et les élus ont été sommés de répondre de façon rapide et concrète au besoin de loge­ments neufs. Il est même question de construire une ville nou­velle entiè­rement réservée aux ultra-​​​​orthodoxes. Dans leurs conver­sa­tions avec les partis reli­gieux et les for­ma­tions favo­rables à la colo­ni­sation, les négo­cia­teurs du Likoud ont d’ailleurs indiqué que les règles limitant la construction dans les colonies des ter­ri­toires occupés pour­raient être "assou­plies". C’est du reste l’une des exi­gences for­mulées par les deux partis les plus extrê­mistes de ce qui pourrait être la coa­lition "à droite toute" de Neta­nyahou : l’union nationale et la Maison juive. Dans leurs contacts avec les res­pon­sables du Likoud, ils ont demandé la léga­li­sation des "colonies sau­vages", l’assurance que le plateau du Golan ne serait pas res­titué à l’Egypte et qu’il n’y aurait jamais d’Etat pales­tinien. Pré­sident du parti qui sera sans doute l’allié prin­cipal du Likoud, - la for­mation "rus­so­phone" Israël Bei­tenou  –  (15 députés) Avigdor Lie­berman, ne va pas jusque là : il s’est même déclaré mer­credi par­tisan d’un Etat pales­tinien viable. Mais il reste favo­rable au transfert à l’Autorité pales­ti­nienne des loca­lités ou vivent les "arabes israé­liens" et à l’annexion à Israël des grands blocs de colonies.

En d’autres termes, il sera dif­ficile  –  voire impos­sible  –  à un gou­ver­nement israélien fondé sur de tels prin­cipes de réanimer le pro­cessus de paix avec les Pales­ti­niens  –  du moins sur les bases admises depuis 1993. Et par voie de consé­quence le premier ministre de ce gou­ver­nement risque fort de se retrouver en position délicate, face à l’administration amé­ri­caine, qui parait, elle, résolue à aller de l’avant dans le dossier israélo palestinien.

René Backmann

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