Netanyahu incite à la violence

Fares Chahine, vendredi 15 janvier 2010

Les menaces du Premier ministre israélien, Benyamin Neta­nyahu, lancées au cours de la réunion heb­do­ma­daire de son cabinet, dimanche matin (10 janvier), par les­quelles il promet de « riposter immé­dia­tement et puis­samment » à tout nouveau tir de roquettes pro­venant de la bande de Ghaza, ont été tra­duites le même jour par l’assassinat de cinq Palestiniens.

Deux d’entre eux, des civils, blessés par des tirs israé­liens dans l’enceinte de l’ancienne colonie Doughit, au nord de la bande de Ghaza, ont perdu la vie faute d’avoir pu être secourus à temps. Pendant près de trois heures, l’armée israé­lienne a empêché les équipes médi­cales de les évacuer, jusqu’à ce qu’ils se soient vidés de leur sang.

En début de soirée, à l’est du camp de réfugiés de Maghazi, au centre de l’enclave pales­ti­nienne, trois résis­tants du Djihad isla­mique ont été tués et un autre a été gra­vement blessé par un tir de roquette air-​​sol. Des sources médi­cales pales­ti­niennes ont affirmé que trois jeunes résis­tants dont les corps étaient déchi­quetés, ont été amenés dimanche soir à l’hôpital Chouhada El Aqsa, à Deir El Balah.

La semaine passée, Israël avait inten­sifié ses frappes dans la bande de Ghaza, tuant et blessant plu­sieurs Pales­ti­niens, espérant pro­voquer les fac­tions armées et les pousser à reprendre les tirs de roquettes contre son ter­ri­toire, à l’arrêt depuis un an environ, ce qui consti­tuerait un pré­texte valable au lan­cement de l’opération « Plomb durci n°2 » dont parlent les médias israéliens.

Cette nou­velle agression qui, selon les mêmes médias, s’étalera sur une semaine seulement, sera plus féroce que celle de l’hiver dernier qui a duré 22 jours et fait 1450 tués et plus de 5000 blessés parmi les Pales­ti­niens, en majorité des civils, aura pour but final de réoc­cuper l’ensemble de la bande de Ghaza. Des res­pon­sables mili­taires israé­liens ont déclaré que le lan­cement de « Plomb durci n°2 » est une question de temps.

L’Autorité pales­ti­nienne a dénoncé l’attitude de Neta­nyahou et de son gou­ver­nement de droite et d’extrême droite. Nabil Abou Rou­deina, porte-​​parole de la pré­si­dence, a déclaré dans un com­mu­niqué publié dimanche soir que les menaces de Neta­nyahou impliquent une grave escalade qui a débuté depuis long­temps. « Israël veut ter­gi­verser, ne veut pas entrer dans des négo­cia­tions de paix sérieuses et tente de tromper la com­mu­nauté inter­na­tionale en lui faisant croire que c’est l’Autorité pales­ti­nienne qui ne veut pas cela », a ajouté Abou Roudeina.

Les menaces de Netanyahou

Devant ses ministres, Benyamin Neta­nyahu ne s’est pas contenté de menacer Ghaza, mais s’en est pris aussi à la direction de l’Autorité pales­ti­nienne en Cis­jor­danie, qu’il a accusée d’inciter à la haine et d’œuvrer contre la paix pour avoir donné le nom de Dallal El Moughrabi à une place de la ville d’El Bireh, près de Ramallah, en Cis­jor­danie occupée. Dallal El Moughrabi était une mili­tante du mou­vement natio­na­liste Fatah, tombée au cours d’une opé­ration armée en 1978, en plein ter­ri­toire israélien.

Quant à Salam Fayad, Premier ministre de l’Autorité pales­ti­nienne, Israël lui en veut pour s’être rendu au domicile des trois mili­tants des Bri­gades des martyrs d’El Aqsa assas­sinés récemment de sang-​​froid par les forces spé­ciales israé­liennes dans la ville pales­ti­nienne de Naplouse, en Cis­jor­danie occupée, pour com­patir avec leurs familles et leur pré­senter ses condoléances.

Pour l’Etat hébreu et Neta­nyahu, cet acte huma­ni­taire est synonyme d’incitation à la haine et de soutien au ter­ro­risme. L’Autorité pales­ti­nienne, malgré les pres­sions des Etats-​​Unis surtout, refuse tou­jours de reprendre les négo­cia­tions avec Israël tant qu’il n’a pas gelé tota­lement la colo­ni­sation en Cis­jor­danie occupée et dans la ville sainte d’El Qods occupée et annexée par Israël en 1967.

Des pressions financières sur l’état Hébreu

Les décla­ra­tions de l’émissaire amé­ricain George Mit­chell, évoquant l’éventualité de pres­sions finan­cières sur l’Etat hébreu pour l’inciter à faire des conces­sions, semble être der­rière cette attaque viru­lente de Neta­nyahou contre le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, qu’il accuse de para­lyser le pro­cessus de paix. La semaine der­nière, l’émissaire spécial pour le Proche-​​Orient, George Mit­chell, a en effet évoqué la pos­si­bilité par les Etats-​​Unis de retirer leur soutien aux garanties de prêt à Israël, un système de garanties grâce auquel l’Etat hébreu a béné­ficié de mil­liards de dollars de prêts à des taux préférentiels.

Pour toutes ces raisons et parce que Neta­nyahou et son gou­ver­nement se sentent sous pression de la com­mu­nauté inter­na­tionale, ses menaces contre la bande de Ghaza doivent être prises au sérieux. Une nou­velle guerre dans l’enclave pales­ti­nienne pourrait constituer une sorte d’échappatoire, même si elle semble momen­tanée. En Cis­jor­danie occupée, par des actes tels ceux qui ont conduit à l’assassinat de mili­tants du Fatah devant leurs familles, Neta­nyahou pourrait tenter de continuer à embar­rasser le pré­sident Abbas et l’Autorité pales­ti­nienne en les pré­sentant devant leur peuple comme faible et inca­pable de le protéger.

Là aussi, le Premier ministre israélien espère un retour à la vio­lence des Pales­ti­niens, par le biais d’une nou­velle inti­fadha qu’il préfère armée, pour pouvoir taxer l’Autorité pales­ti­nienne de ter­ro­riste, comme l’a fait Sharon du temps de Yasser Arafat, et de ne plus rendre de compte à per­sonne. Abbas serait pré­senté à la com­mu­nauté inter­na­tionale comme par­te­naire non valable pour la pour­suite du pro­cessus de paix et le tour serait joué. Aux Pales­ti­niens de ne pas tomber dans ce piège. Ils en ont les moyens, à condition d’aller en premier lieu à la récon­ci­liation car leur division est actuel­lement l’arme la plus redou­table qu’utilise l’Etat hébreu contre eux.