Négocier armes sur table

Rania Adel, mercredi 31 janvier 2007

Les ter­ri­toires occupés ont connu une semaine san­glante où les affron­te­ments entre les fac­tions ont menacé de dégé­nérer en guerre civile. Une ini­tiative saou­dienne repré­sente la seule lueur d’espoir. Etat des lieux.

Qui l’aurait cru ? Après un opti­misme jus­tifié par la ren­contre tant attendue entre le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, Mahmoud Abbass, et le chef du bureau poli­tique du Hamas, Khaled Mechaal, en exil en Syrie, les dis­cus­sions inter-​​palestiniennes se sont trouvées dans l’impasse. Non seulement les pour­parlers sur la consti­tution d’un gou­ver­nement d’union nationale ont été inter­rompus, mais aussi les ter­ri­toires pales­ti­niens se sont mués en un théâtre d’événements meur­triers. Il s’agit de la plus grave crise depuis l’élection du Hamas, en janvier 2006. 30 per­sonnes ont trouvé la mort et au moins 68 autres ont été blessées en l’espace de cinq jours, lors de combats entre les fac­tions rivales.

Les moments d’accalmie furent de courte durée et on signalait des échanges de tirs à l’arme légère, mais aussi au lance-​​roquettes et au mortier. Les cibles sont parfois sym­bo­liques. Ainsi, ce dimanche, la maison d’un garde du corps de Mohamad Dahlan, l’homme fort du Fatah dans la bande de Gaza, a-​​t-​​elle été endom­magée par une bombe. Ven­dredi et samedi matin, les fusillades fai­saient rage à Gaza. Des vio­lences ont notamment éclaté au service de sécurité pré­ventive, loyal à Abbas. De même, les mili­ciens du Hamas ont tiré des mor­tiers sur les locaux ainsi que le domicile du chef du dépar­tement, Rachid Abou-​​Chebak, samedi avant l’aube, d’après des res­pon­sables de la sécurité. Et ce, sans oublier les prises d’otages. Au total, onze membres du Hamas ont été enlevés, ainsi que huit membres du Fatah. Une attaque menée jeudi soir contre la Force exé­cutive, organe du Hamas, a mis le feu aux poudres, mar­quant le début des plus vio­lents affron­te­ments entre le Fatah, le parti du pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas, et le Hamas au pouvoir.

Dans ce chaos sécu­ri­taire, des voix se sont élevées pour demander le retour au calme. Le Conseil de Coopé­ration du Golfe (CCG), qui réunit six monar­chies arabes, a appelé les bel­li­gé­rants à mettre fin à « l’effusion de sang pales­tinien ». Le CCG a exhorté le Hamas et le Fatah à reprendre les négo­cia­tions pour par­venir à la for­mation d’un gou­ver­nement d’union nationale. Même teneur dans les appels lancés par la Ligue arabe ou, encore, par l’Organisation de la Confé­rence Isla­mique (OCI).

Nouvelle médiation

Mais c’est surtout l’appel saoudien qui semble avoir eu un écho. L’Arabie saoudite a appelé dimanche les Pales­ti­niens à cesser leurs affron­te­ments et leur a proposé de se réunir « d’urgence » à La Mecque. Le monarque saoudien Abdallah bin Abdel-​​Aziz a invité tous les diri­geants rivaux pales­ti­niens à venir dis­cuter de leurs désac­cords « en terrain neutre », dans la Grande Mosquée de La Mecque, à l’abri des « inter­ven­tions étrangères ».

Demandant aux deux camps de se « montrer rai­son­nables et de pré­férer le dia­logue au langage des armes », le roi a jugé que ce « qui arrive sur les terres de la Palestine est une honte, qui ternit l’histoire de la lutte hono­rable du peuple palestinien ».

Une ini­tiative qui semble avoir été bien accueillie, comme le sou­ligne un bref com­mu­niqué de la pré­si­dence pales­ti­nienne. « Le pré­sident Mahmoud Abbas accueille favo­ra­blement et apprécie l’invitation du roi Abdallah de reprendre le dia­logue national en Arabie saoudite ». Idem du côté du Hamas qui déclare par la bouche de son chef en exil à Damas, Khaled Mechaal, qu’il « accueille favo­ra­blement l’invitation du roi d’Arabie saoudite à se réunir afin de régler tous les pro­blèmes, de par­venir à un accord national et de former un gou­ver­nement d’union nationale ». Depuis son arrivée au pouvoir, le gou­ver­nement du Hamas est paralysé mais campe sur des posi­tions qui ont entraîné un boy­cottage occi­dental asphyxiant et une crise poli­tique interne sans précédent.

La question qui se pose est de savoir si cette ren­contre en Arabie saoudite s’ajoutera à tant d’autres où les accords convenus de reprise du dia­logue sont restés sans len­demain. Pour Mahdi Abdel-​​Hadi, pré­sident de l’Académie pales­ti­nienne des recherches, les pré­cé­dents pour­parlers pales­ti­niens ont dis­crédité et la pré­si­dence et le gou­ver­nement aux yeux du peuple, puisqu’ils por­taient sur la répar­tition des quotas. Il s’agit d’une lutte pour le pouvoir. « Une ren­contre à La Mecque pourrait per­mettre de retourner aux bases et de rec­tifier les erreurs com­mises dans le passé », a-​​t-​​il sou­ligné à une chaîne de télé­vision égyptienne.

Pour Mamdouh Al-​​Ekr, com­mis­saire général de l’Agence pales­ti­nienne indé­pen­dante pour les droits du citoyen, le lieu de la ren­contre est à même d’influencer les res­pon­sables pales­ti­niens pour qu’ils fassent pré­valoir l’intérêt général par rapport à leur intérêt par­ti­culier. « Mais, ces pour­parlers ne por­teront leur fruit que si on fait par­ti­ciper au round d’autres parties pales­ti­niennes. Je crois que les chances de réussite du dia­logue sont grandes, étant donné que l’Arabie a une expé­rience pré­cé­dente réussie dans la récon­ci­liation liba­naise et la signature de l’accord de Taëf qui a mis fin à la guerre civile. L’Arabie saoudite accorde la priorité à la dimension poli­tique de la crise. Par contre, l’Egypte pri­vi­légie la dimension sécu­ri­taire, et c’est peut-​​être la raison pour laquelle la médiation égyp­tienne n’a pas réussi », assure le poli­to­logue palestinien.

Pour cer­tains cher­cheurs, toutes les média­tions ne peuvent être menées à bien que si les Pales­ti­niens se mettent d’accord sur un seul agenda poli­tique, et non pas deux comme c’est le cas aujourd’hui, sur la façon de traiter avec Israël et sur la nécessité d’activer le rôle de l’Organisation de Libé­ration de la Palestine (OLP).