Moyen-​​Orient • Le virage diplomatique de l’administration Bush

Abdallah Iskander, vendredi 25 juillet 2008

L’ouverture dans le dossier nucléaire iranien et l’assouplissement sur l’Irak marquent un chan­gement de stra­tégie du gou­ver­nement amé­ricain. Un tournant tac­tique bien utile au can­didat répu­blicain à la pré­si­den­tielle, estime le quo­tidien pan­arabe Al-​​Hayat.

Les Etats-​​Unis ont changé d’approche vis-​​à-​​vis de l’Iran, et l’Iran pourrait à son tour modifier son attitude. Cela d’autant plus que l’option mili­taire a été écartée dans les dis­cus­sions entre Euro­péens et Amé­ri­cains. Ces pour­parlers consti­tuent désormais le cadre décisif si l’on veut que l’option diplo­ma­tique reste sur la table pour un avenir pré­vi­sible. De même, la position des Amé­ri­cains sur le traité de coopé­ration sécu­ri­taire avec l’Irak a évolué, et ils renoncent à exercer seuls leur domi­nation mili­taire sur la Mésopotamie.

Peu importe la manière dont les Ira­niens exploi­teront cet avantage que constitue le contact direct avec les Amé­ri­cains. Peu importe la manière dont le Premier ministre irakien Nouri Al-​​Maliki pro­fitera des faci­lités accordées par les Etats-​​Unis dans la négo­ciation du traité de coopé­ration mili­taire. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a eu un net recul des Amé­ri­cains, tant sur le fond que sur la forme, concernant les deux sujets de poli­tique étrangère les plus impor­tants pour les Etats-​​Unis, notamment dans le cadre de la cam­pagne pré­si­den­tielle américaine.

Ce recul illustre la perte d’influence des faucons néo­con­ser­va­teurs de Washington. A la fin de son mandat et un mois avant le début officiel de la cam­pagne pour la pré­si­den­tielle, l’administration Bush sou­haite laisser une image favo­rable au can­didat répu­blicain John McCain. Paral­lè­lement, l’influence des colombes conduites par Condo­leezza Rice et son col­lègue du ministère de la Défense Robert Gates pro­gresse. Cela se traduit par un retour aux recom­man­da­tions du rapport Baker-​​Hamilton à propos de l’Irak et de l’Iran. Ce rapport avait reçu un accueil favo­rable [lors de sa publi­cation en décembre 2006], sauf de la part des néo­con­ser­va­teurs, qui refu­saient de le prendre en consi­dé­ration. Aujourd’hui, John McCain y revient afin de contrer son adver­saire Barack Obama, qui pré­conise des contacts directs avec l’Iran et un retrait de l’Irak dans les meilleurs délais.

Selon les son­dages, la pré­fé­rence des Amé­ri­cains va désormais à la réduction des enga­ge­ments mili­taires à l’étranger. L’avantage dans ce domaine va donc à Obama. Par consé­quent, il ne s’agit peut-​​être pas d’un simple hasard si le revi­rement diplo­ma­tique amé­ricain inter­vient juste avant le premier voyage du can­didat démo­crate dans la région : ce revi­rement dimi­nuera net­tement l’impact des décla­ra­tions qu’il pourra y faire.

Il y a un autre recul qui pourrait aussi expliquer l’assouplissement de la stra­tégie amé­ri­caine. L’administration Bush a de fait renoncé à l’un des objectifs fon­da­mentaux qu’elle avait définis pour la région, à savoir la solution à deux Etats, israélien et pales­tinien. En plus d’être dif­fi­ci­lement réa­li­sable sur le terrain, cet objectif ren­contre l’hostilité du lobby juif et fait perdre des voix au can­didat répu­blicain. L’administration sor­tante sou­haite éviter à John McCain d’accumuler les han­dicaps en déminant les deux sujets de poli­tique étrangère qui ont le plus d’impact sur l’opinion publique américaine.