Moyen Orient : Obama recentre déjà sa politique étrangère

Vincent Jauvert, jeudi 5 juin 2008

Il a commencé par le plus important, le plus symbolique : Israël et l’ Iran.

On s’y attendait. Ou plutôt, on le redoutait. Pour battre McCain, Obama a décidé de recentrer sa poli­tique étrangère.

Il a commencé par le plus important, le plus symbolique : Israël et l’ Iran.

Hier, devant l’Aipac, il a tenu un dis­cours consensuel (aux Etats-​​Unis), visant à ne pas s’aliéner le vote juif dans les Etats pivots - tel la Floride.

Il a, pour la pre­mière fois, déclaré que "Jéru­salem devra rester la capitale d’Israël et indivisible".

Ce qui signifie que, selon lui, l’Etat hébreu ne doit pas revenir dans ses fron­tières de 1967 et que la capitale du futur Etat pales­tinien, dont il appelle la création de ses voeux, ne doit pas être Jérusalem.

La déception va être immense en Palestine et Mahmoud Abbas plus affaibli encore.

Obama a ajouté qu’il fallait continuer à "isoler" le Hamas parce qu"’il n’y avait pas place à la table des négo­cia­tions pour les orga­ni­sa­tions terroristes".

Il s’agit pour lui de se démarquer le plus net­tement pos­sible de l’ex pré­sident Jimmy Carter, l’un de ses sou­tiens, dont la ren­contre avec le chef du Hamas à Damas, il y a quelques semaines, a soulevé une vague de pro­tes­tation et aurait pu être uti­lisée contre lui par l’équipe de McCain.

Mais avec qui alors Obama propose-​​t-​​il donc de faire la paix, s’il élimine de fait Abbas et refuse de dis­cuter avec le Hamas ?

Quant à l’Iran, le can­didat Démo­crate déclare que Téhéran est "la plus grande menace pour Israël et pour la paix et la sta­bilité dans la région" et que, s’il est élu, son "but sera d’éliminer cette menace" [1]. [2]

Et il propose de ren­forcer les sanc­tions contre la Répu­blique isla­mique en dehors de l’Onu.

Là encore, il s’agit de priver McCain de son prin­cipal argument contre Obama - la pré­tendue fai­blesse du sénateur de l’Illinois envers les ennemis d’Israël et de l’Amérique.

En fait, la seule vraie dif­fé­rence d’Obama est son soutien aux négo­cia­tions de paix israélo-​​syriennnes que l’administration actuelle, elle, dénonce.

Mais à part cela, je me com­mence à demander ce qui reste d’original dans la lumi­neuse poli­tique étrangère de Barack Obama .…

[1] reprenant ainsi la position publique de H. Clinton qui, battue, vient de se rallier à lui et a déclaré "très émue", à la même tribune du puissant lobby pro israélien, qu’elle était sûre qu’Obama serait "un bon ami d’Israël" dont elle même s’était pro­clamée défenseur acharné[voir note ci-​​​​dessous : le Monde et dépêches]. Mac Cain ou Obama, on peut sérieu­sement douter que la justice -et donc la paix au Proche et Moyen Orient-​​​​ sera leur pré­oc­cu­pation. D’autres intérêts les poussent. CL.

[2] Voir le Monde et dépêches :

Pour Barack Obama, "Jérusalem doit rester la capitale d’Israël"

A peine pro­clamé can­didat démo­crate, Barack Obama a choisi de consacrer son premier dis­cours, mercredi 4 juin devant l’American Israël Public Affairs Council (Aipac), à la poli­tique étrangère. Attaqué à plu­sieurs reprises sur sa volonté pré­sumée de négocier avec le Hamas ou l’Iran, M. Obama a promis de sou­tenir Israël, tout en dénonçant un régime iranien qua­lifié "de menace".

Devant le groupe d’amitié américano-​​​​israélien, le sénateur de l’Illinois s’est montré ferme sur le dossier du Proche-​​​​Orient. "Jéru­salem devra rester la capitale d’Israël et devra demeurer indi­vi­sible", a-​​​​t-​​​​il lancé. Israël a pro­clamé Jéru­salem comme sa capitale, mais la ville n’est pas reconnue comme telle par les Nations unies en raison du litige israélo-​​​​palestinien sur Jérusalem-​​​​Est, annexée par les Israé­liens en 1967 et reven­diquée comme capitale d’un futur Etat pales­tinien.

"Éliminer la menace iranienne"

De visite en Israël en mars, le can­didat répu­blicain John McCain avait qua­lifié Jéru­salem de capitale d’Israël, dans la lignée de George W. Bush. Comme la plupart des pays, les Etats-​​​​Unis ont leur ambassade en Israël à Tel-​​​​Aviv, et non pas à Jéru­salem. Mais sur le site du dépar­tement d’Etat, Jéru­salem est consi­dérée comme la capitale du pays. Une note de bas de page précise tou­tefois qu’"Israël a pro­clamé Jéru­salem comme capitale en 1950. Les Etats-​​​​Unis, comme presque tous les autres pays, conservent leur ambassade à Tel-​​​​Aviv".

Barack Obama a profité de son inter­vention devant l’Aipac pour attaquer le régime de Téhéran, qu’il considère comme "la plus grande menace pour Israël et pour la paix et la sta­bilité dans la région". "Mon but sera d’éliminer cette menace", a assuré M. Obama, vantant les "liens indes­truc­tibles" entre les Etats-​​​​Unis et Israël. "Il n’y pas de place à la table des négo­cia­tions pour les orga­ni­sa­tions ter­ro­ristes", a-​​​​t-​​​​il encore ajouté. Lui suc­cédant sur scène, Hillary Clinton a assuré que "Barack Obama sera un bon ami d’Israël".

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