Mordechaï Vanunu : (Nucléaire & Israël)

janvier 2004

l’homme par qui le scandale est arrivé
Complément à l’article : Israël : une menace nucléaire globale

Dans le mur de silence et de conni­vences qui cachaient les secrets (qui ne le sont plus) de Dimona, celui qui a ouvert une brèche décisive n’a pas été un pays ou une orga­ni­sation mais un homme seul, seul avec sa conscience.

C’est un tech­nicien israélien, Mor­dechaï Vanunu, qui, en 1986, a 32 ans. Il tra­vaille sur l’installation de Dimona depuis 1976.

Lorsque, au bout d’un certain temps, il s’aperçoit que celle-​​ci produit des armes nucléaires, Vanunu décide de ras­sembler les preuves, réus­sissant même à prendre des photos.

Après avoir quitté Dimona en 1985, il s’inscrit en phi­lo­sophie et se convertit à la religion anglicane (il est lui-​​même d’origine aus­tra­lienne). Il décide alors de rendre publiques les preuves rassemblées.

Il va à Londres où il prend contact avec le journal The Sunday Times. La rédaction, avant de publier son témoi­gnage, le fait évaluer par plu­sieurs plu­sieurs experts reconnus (Frank Barnaby, qui a tra­vaillé au contre de recherches bri­tan­nique sur les armes nucléaires, Théodore Taylor, qui a tra­vaillé au projet de pre­mière bombe américaine).

Conforté par la garantie des experts, le journal publie les docu­ments le 5 octobre 1986. Entre temps, Vanunu a été enlevé à Rome et trans­porté en Israël par des agents du Mossad. Il est condamné à 18 ans de réclusion. Le procès, super secret, a été défini comme un des plus étranges qui se soit déroulé dans une juri­diction d’un Etat de droit. Vanunu est en effet accusé et condamné sur la base du code pénal, pour avoir révélé l’existence de quelque chose dont le gou­ver­nement israélien nie l’existence : per­sonne n’explique comment il peut avoir mis en danger la sécurité de l’Etat en dif­fusant des infor­ma­tions secrètes, aidant ainsi un ennemi en guerre contre Israël, si l’usine d’armes nucléaires n’existe pas.

En fait le vrai crime de Vanunu c’est de casser le tabou et par consé­quent de mettre le nucléaire israélien sur l’agenda poli­tique de la com­mu­nauté inter­na­tionale. C’est pour cela qu’il a été tenu pendant 12 ans dans un iso­lement complet, recevant, une fois par mois, sous contrôle étroit, un membre de sa famille, ou son avocat, ou un prêtre. Ses condi­tions de déten­tions ont été définies par Amnesty Inter­na­tional comme « cruelles, inhu­maines et dégra­dantes ». Il devrait être libéré le 22 avril pro­chain. Mais son avocat, Avigdor Feldman, inquiet, a pré­senté à la Haute Cour israé­lienne une requête pour avoir les garanties que son client sera effec­ti­vement libéré ce jour.

Sur la cam­pagne inter­na­tionale pour la libé­ration de Vanunu, animée par son frère Meir, consulter : www​.vanunu​.free​serve​.co​.uk