Monsieur le Ministre des Affaires étrangères,

Jean Claude Lefort, jeudi 8 février 2007

"La réunion du Quartet vient de se réunir… 2 heures à Washington. Deux heures ! Et outre un appel solennel au respect du droit inter­na­tional par les seuls Pales­ti­niens, cette réunion a confié « tout sim­plement » à Madame Rice le soin de réunir sous l’égide des seuls USA les protagonistes."

Ivry, le 6 février 2007

Mon­sieur Phi­lippe Douste-​​Blazy Ministre des Affaires étran­gères 37, Quai d’Orsay 75007 Paris

Monsieur le Ministre,

La réunion du Quartet vient de se réunir… 2 heures à Washington. Deux heures ! Et outre un appel solennel au respect du droit inter­na­tional par les seuls Pales­ti­niens, cette réunion a confié « tout sim­plement » à Madame Rice le soin de réunir sous l’égide des seuls USA les pro­ta­go­nistes. C’est consternant.

Avant cette réunion, d’après les infor­ma­tions données par le porte-​​parole du Quai le 2 février, nous (la France) ne savions pas lors de cette réunion « les nou­velles idées qui pour­raient être pro­posées » à cette occasion. De même que la France « ne savait pas [si l’idée d’une Confé­rence inter­na­tionale] sera dis­cutée spé­ci­fi­quement » à cette occasion. C’est inacceptable.

Tout d’abord si c’est M. Solana qui repré­sentait prin­ci­pa­lement l’Union euro­péenne à cette réunion, il est inad­mis­sible que nous ne sachions rien du mandat qui lui a été donné. Une réunion "Affaires géné­rales" du Conseil avait lieu pré­cé­demment à cette réunion - réunion à laquelle vous par­ti­cipiez - dont on pouvait penser que l’objectif était de mettre au point la position euro­péenne. Visi­blement tel n’a pas été le cas d’où les inter­ro­ga­tions du porte-​​parole du Quai sur cette réunion.

Il ne savait pas - la France ne savait pas - ce qui serait proposé en cette occasion. Ceci ne constitue pas seulement une étrange conception du fonc­tion­nement de l’Union mais traduit une démission des Etats-​​membres devant la Com­mission. C’est pourquoi l’objectif « d’inacceptable » est le mieux approprié.

Ensuite, il résulte de cette absence mani­feste de volonté et de poli­tique volon­ta­riste du Conseil de peser sur le conflit du Proche-​​Orient que les Amé­ri­cains - stra­tèges « incon­tes­tables », ainsi qu’on le voit, sur les affaires du Proche et du Moyen-​​Orient - ont fait accepter deux choses : une condam­nation des seuls Pales­ti­niens alors que M. Ehud Olmert bafoue qua­siment quo­ti­dien­nement le droit inter­na­tional et les éléments de la Feuille de route et, secon­dement, une remise entre les mains des seuls Amé­ri­cains de la « solution ». C’est pourquoi le qua­li­fi­catif de « consternant » est bien adapté.

Combien de temps encore, à ce « jeu » accepté par l’Union euro­péenne, les choses vont-​​elles durer ? Combien de temps encore une Europe absente et soumise ? Combien de temps encore le deux poids, deux mesures. Cette fois c’est le qua­li­fi­catif « irres­pon­sable » qui convient le mieux.

Mon­sieur le Ministre, on ne peut se pro­noncer sur un règlement global, ainsi que l’expriment les auto­rités fran­çaises, et laisser partir à vau-l’eau la situation actuelle dans les ter­ri­toires palestiniens.

J’entends bien qu’il ne s’agit pas, sur cette question, de rejeter ou de négliger les efforts de l’Arabie saoudite ni ceux de l’Egypte. Mais pourquoi seulement ces pays ?

Pourquoi l’Union euro­péenne ne fait-​​elle rien d’autre en ce domaine que d’énoncer des prin­cipes et des condam­na­tions - condam­na­tions qui d’ailleurs oublient tou­jours l’autre partie ?

Pourquoi, et c’est ma pro­po­sition, ne met-​​elle pas en place une « task force » - une équipe spé­ciale - appro­priée pour s’investir concrè­tement auprès des deux frac­tions pales­ti­niennes avant d’aider à la réso­lution des affron­te­ments actuels par­ti­cu­liè­rement effroyables ?

Pourquoi cette force ne pourrait-​​elle pas être mise en place à partir du « tri­angle » français - espagnol-​​ italien qui a mani­festé une har­monie de position et de réso­lution et qui peut être élargi ?

Refuser tout contact avec les deux parties est une impasse (ce que confirme un récent rapport par­le­men­taire bri­tan­nique) et nous avons un certain savoir-​​faire quand il s’agit de ques­tions déli­cates. C’est pourquoi je parle de task force « appro­priée » afin de contribuer à la mise en place d’un gou­ver­nement d’union nationale que vous appelez ver­ba­lement de vos voeux. Ainsi on agirait. Et on agirait en ce sens d’autant plus effi­ca­cement que nous ne man­quons pas de moyens pour nous faire entendre…

Dans l’attente,

Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en mes salutations distinguées.

Jean-​​Claude Lefort

Député du Val-​​de-​​Marne Membre de la Commission des Affaires étrangères