Compte rendu de la conférence de presse et intervention (vidéo) de Bernard Ravenel, président de l’Afps, lundi 27 octobre 2008
Compte-rendu, de la conférence de presse « Mobilisation pour Salah Hamouri » le 26 octobre 2008 sous la présidence de Monique Cerisier ben-Guiga, sénatrice, représentant les Français établis hors de France, en présence de Hind Khoury, Déléguée générale de la Palestine en France, Stéphane Hessel, Ambassadeur de France, Jean-Claude Lefort, député honoraire et Daniel Voguet, avocat à la cour de Paris.
Monique Cerisier ben-Guiga présente la liste des 100 premiers signataires du comité de parrainage du « Comité national de soutien pour Salah Hamouri » et souligne sa diversité en dehors de tout clivage politique. La liste des 100 du comité de parrainage comporte des personnalités de tous partis, des militants de la lutte pour la reconnaissance des droits pour les palestiniens, le Mouvement de la paix, des collectifs et des personnes. Elle remercie la présence de sénateurs dans la salle ainsi que celle de Monseigneur Gaillot.
Jean-Claude Lefort fait part des excuses de certains signataires qui n’ont pu être présents aujourd’hui dont Jack Lang, député, François Cluzet, acteur, François Rochebloine, député, et de Antoine Comte, avocat… Certains ont souhaité adresser une lettre de soutien. C’est ainsi que Jean-Claude Lefort lit le message de Michel Voisin, député UMP de l’Ain qui exprime toute sa détermination pour la libération de Salah Hamouri, « enfant du pays » dont sa mère Denise Hamouri est née à Bourg en Bresse, la lettre de Marie-George Buffet adressée à Madame Hamouri, le message de Olivier Besancenot.
Monique Cerisier ben-Guiga rappelle la situation dramatique des prisonniers palestiniens et la situation « absurde » de Salah Hamouri, jeune homme condamné à 7 ans de prison pour délit d’intention.
Hind Khoury estime que la France est un pays qui lutte pour la libération des peuples. L’histoire de Salah est malheureusement l’histoire de la jeunesse palestinienne. 20% de la population palestinienne a connu l’expérience d’être dans les prisons israéliennes. La plupart du temps il s’agit de détentions administratives qui consiste à incarcérer une personne sans aucun délit supposé, sans procès pour une période de 6 mois plusieurs fois renouvelables. La « chance » de Salah Hamouri est d’être aussi français. S’il n’était que palestinien son sort serait celui de 11 600 Palestiniens qui sont emprisonnés dans les prisons israéliennes sans que personne ne demande leur libération. En cette journée mondiale de l’alimentation elle rappelle que 80% de la population de Gaza vit sous le seuil de pauvreté. Elle remercie Jean-Claude Lefort pour la création de ce comité.
Stéphane Hessel fait le constat de la situation de Salah Hamouri : un simple jeune homme enfermé pendant 3 ans sans procès et sans lui dire ce qu’on lui reproche. Quand une solution est trouvée on le condamne pour 7 ans de prison dans des conditions complexes du système israélien qui fait qu’il n’a aucune possibilité de faire un recours interne. Le recours externe le plus évident est la France puisqu’il est franco palestinien. Mais la France est « obnubilée » car lorsqu’on dit quelque chose contre Israël alors on est considéré comme antisémite. Cela fait des années que Stéphane Hessel est considéré comme antisémite lui qui est aussi juif. Quand il rencontre ses amis israéliens il ne peut que leur dire qu’une seule chose : ils font fausse route, ils se sont engagés dans une voie qui n’a pas d’avenir pour eux. Il n’y a pas d’avenir pour Israël autre que la création d’un Etat palestinien viable avec lequel ils puissent entretenir des relations de solidarité. Les Israéliens se croient une démocratie et prétendent qu’ils ont des lois qu’ils veulent appliquer. Ils s’enfoncent dans un Etat dans lequel ils ne peuvent qu’être jugés sévèrement par tous ceux qui ne se laissent pas obnubiler par le fait qu’ils sont juifs et qu’ils ont subi comme lui la violence des Nazis pendant la guerre.
Le cas d’Hamouri, estime-t-il, ne doit pas être traité avec moins de détermination et de fermeté que le cas de Gilad Shalit.
Monique Cerisier ben-Guiga rappelle que le gouvernement actuel dénie les droits de Salah Hamouri à être défendu comme un citoyen français alors qu’on reconnaît ce droit à Shalit. Elle ne souhaite pas faire de comparaison malsaine entre eux. La situation de Gilad Shalit otage isolé est douloureuse également. En revanche elle dénonce l’attitude du gouvernement français à traiter les deux cas différemment, le deux poids deux mesures.
Daniel Voguet, avocat à la cour de Paris rappelle que la décision de l’armée israélienne condamnant Salah Hamouri à 7 ans de réclusion illustre à la perfection l’opinion de Clémenceau pour qui « il suffit d’ajouter militaire à un mot pour lui faire perdre sa signification ». Ainsi la justice militaire n’est pas la justice. La volonté d’Israël d’exercer la souveraineté judiciaire par un tribunal militaire siégeant dans un territoire occupé est totalement illégale sur le plan du droit international. Le tribunal militaire de « Judée » qui a condamné le jeune Salah Hamouri est en contradiction avec le droit international. Le Tribunal de l’armée israélienne occupant illégalement la Cisjordanie et n’a aucune existence légale pour la plupart des pays du monde.
Daniel Voguet rappelle les faits qui sont reprochés à Salah Hamouri : son appartenance à une organisation dénommée « Union des comités des lycées » supposée être affiliée au « Front Populaire de la Palestine » et l’envie d’assassiner le rabbin Ovadia Youssef qui est connu aussi pour avoir déclaré sans être inquiété : « dans la vieille ville de Jérusalem les arabes grouillent comme des cafards et des vipères et qu’ils doivent être envoyés en enfer. » Aucune preuve n’étaye les accusations portées contre Salah Hamouri. Lorsqu’un procureur n’est pas en mesure de prouver les accusations qu’il porte contre un « terroriste » il utilise alors le « Plea Bargain ». C’est le cas pour Salah et la traduction du « plaider coupable » devient tout bonnement chantage. « Ou bien tu reconnais les faits qui te sont reprochés et tu acceptes d’être condamnés à 7 ans de prison ou bien tu nies et tu seras condamnés à 14 ». Ce chantage a été imposé à Salah Hamouri alors qu’il avait déjà effectué 3 ans de prison. Son avocate Léa Tsemel a confirmé à Salah que le refus de « plaider coupable » le conduirait à rester des années de plus à croupir dans les prisons israéliennes et lui a conseillé d’accepter cette iniquité.
Cette parodie de justice ne peut cacher l’arbitraire et la cruauté qui frappent Salah et les 11 000 prisonniers palestiniens dont plusieurs centaines d’enfants, de femmes, de malades et d’élus au suffrage universel.
(voir les différentes interventions en vidéo : http://www.france-palestine.org/article10074.html)
Interventions de la salle.
La sénatrice Alima Boumdiene-Thiery (Verts) exprime sa solidarité et annonce que l’UIP « L’Union interparlementaire » dont elle est membre a intégré en son sein le Conseil législatif palestinien et l’a reconnu comme un parlement à part entière dans la vaste UIP. L’UIP milite pour la libération des élus palestiniens séquestrés dans les prisons israéliennes.
La sénatrice Michèle Demessine (PCF) excuse l’absence de ses collègues sénateurs qui n’ont pu être présents en raison des séances au Sénat mais qui expriment tout leur soutien. Elle propose qu’une demande d’audience d’une délégation de parlementaires auprès de l’Elysée et du ministre des affaires étrangères soit exigée pour le cas de Salah Hamouri.
Bernard Ravenel, président national de l’AFPS, estime que le comportement du gouvernement français vis-à-vis du jeune compatriote Salah va être un test de sa politique et de sa position globale vis-à-vis de la question palestinienne. Il est également pour une demande d’audience de parlementaires et d’une intervention médiatique musclée.
Michel Mozière, de Amnesty International, exprime les difficultés des familles palestiniennes pour rencontrer les prisonniers.
Mireille Mendès-France exprime en tant que porte-parole le soutien indéfectible de Patrick Braouezec, député qui n’a pu venir.
Pourquoi la mobilisation pour la libération de Salah Hamouri a été aussi tardive ?
Jean-Claude Lefort explique que Salah était enfermé depuis déjà deux ans en prison avant que ses parents ne manifestent son cas. Ils l’ont fait après avoir découvert la mobilisation pour le jeune Shalit dont les parents avaient été reçus à l’Elysée. L’horreur et la massification de l’emprisonnement sont tels tel en Palestine qu’ils affectent la perception de la population qui se sent isolée et finit par trouver normal l’anormal.
Dès que les parents de Salah se sont manifestés, Jean-Claude Lefort est intervenu pour que la mère de notre compatriote Salah, Denise Hamouri, rencontre le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner. L’entretien a eu lieu au Consulat de Jérusalem. Jean-Claude Lefort relate la conversation qui n’a duré que quelques minutes. La mère de Denise Hamouri plaidait auprès du ministre une issue rapide à la libération de son fils eu égard qu’il était emprisonné illégalement depuis déjà 3 ans. Le ministre des affaires étrangères lui a répondu de façon affirmative qu’il ferait passer cette opinion auprès des autorités israéliennes.
Madame Hamouri parlait de libération, B. Kouchner pensait « procès rapide ». Et de fait, le surlendemain, le procureur du tribunal militaire israélien proposait à l’avocate de Salah Hamouri 7 ans de prison si son client acceptait de plaider coupable. Effet rapide de la démarche, effectivement.
Jean-Claude Lefort a clos la conférence de presse en exprimant les premières propositions d’action du comité de soutien de Salah Hamouri.
Le comité de soutien souhaite faire connaître et entraîner la mobilisation des élus de toute tendance et de la population. Il propose une grande campagne d’information car son cas est encore largement inconnu en France.
Un site Internet du comité va ouvrir prochainement où il sera possible de signer la pétition et de connaître les initiatives prises en France pour obtenir sa libération. Le comité de soutien de Salah Hamouri propose de mettre en place également des comités de soutien régionalement sur la base de l’appel constitutif du comité avec l’accord formel du comité national.
En fin le comité de soutien demandera qu’une délégation représentative du comité soit reçue à l’Elysée et à l’Ambassade d’Israël en France.