Mme Condoleezza Rice sur Israël et la Palestine

Alain Gresh, lundi 5 mai 2008

Le dépar­tement d’Etat amé­ricain publie le 3 mai les réponses faites à des jour­na­listes par la secré­taire d’Etat Condo­leezza Rice dans son avion en route pour Tel-​​Aviv, sous le titre « Moving Forward On The Tracks Of The Anna­polis Conferece (sic) »

« Je vais répondre à vos ques­tions, mais il est évident que nous allons en Israël et dans les ter­ri­toires pales­ti­niens et que le but est de continuer à aider les parties à aller de l’avant sur les trois volets d’Annapolis. J’aurai une série de réunions tri­la­té­rales, mais le plus important est de vérifier où nous en sommes sur le terrain et sur l’amélioration de la vie du peuple pales­tinien. Il y a plein de choses qui vont dans ce domaine, comme vous l’avez entendu hier (à la réunion du Quartet), dans les dis­cus­sions que Tony Blair a mises en avant à propos de l’aide écono­mique, du projet Jénine, et aussi, sur le deuxième volet, les obli­ga­tions de la Feuille de route et de vérifier cer­taines pro­messes qu’Israël a faites. Nous verrons où ils en sont et nous verrons dans quelle mesure aussi les Pales­ti­niens ont mis en œuvre leurs pro­messes. Et puis j’aurai la pos­si­bilité de parler aux parties pour savoir où on en est des négociations » (…)

Répondant à une question sur la sécurité, le déploiement de forces pales­tinien à Jénine et le fait que ce déploiement ne pouvait ren­forcer l’Autorité si l’armée israé­lienne conti­nuait ses incur­sions, Rice a répondu :

« Je crois que tout le monde com­prend que cela relève des pro­blèmes de sécurité. Et bien sûr, les Israé­liens doivent être sûrs que leur popu­lation est pro­tégée. Cela étant dit, je pense que nous avons envoyé des mes­sages assez forts, notamment quand le pré­sident était en Israël (je pense en fait qu’il était à Ramallah), que lorsque les Pales­ti­niens se déploient et quand vous essayez de leur confier des res­pon­sa­bi­lités, il est important de ne pas prendre des déci­sions qui sapent leur autorité. Tout le monde veut que les Pales­ti­niens fassent plus en matière de sécurité. Chacun veut que les Pales­ti­niens (…) prennent la res­pon­sa­bilité de la sécurité. Il devrait y avoir des efforts per­sis­tants pour être sûr que ces efforts ne sont pas sapés. Oui, c’est un problème. »

A propos des cri­tiques for­mulées par Mahmoud Abbas à la suite de son voyage à Washington, elle explique :

« Il y a seulement cinq mois que le pro­cessus d’Annapolis a com­mencé. Avant, il n’y avait pas de pro­cessus de paix. Il n’y avait pas moyen pour les Pales­ti­niens et les Israé­liens de com­mencer le dif­ficile pro­cessus d’essayer de mettre un terme à leur conflit. Je veux rap­peler à chacun que le pro­blème il y a quelques mois était qu’Israël ne voulait pas dis­cuter les pro­blèmes fon­da­mentaux (core issues). Il est donc important de ne pas avoir la mémoire courte. Je com­prends le désir du pré­sident Abbas de voir les choses avancer dans les négo­cia­tions et de voir les condi­tions du peuple pales­tinien s’améliorer, et c’est ce que nous essayons de faire. » (…)

A propos des négociations menées par l’Egypte pour un cessez-​​le-​​feu :

« Je sais qu’ils (les Egyp­tiens) font d’importants efforts pour ramener la tran­quillité et le calme pour que la vio­lence s’arrête. Je sais qu’ils essaient d’obtenir l’arrêt par le Hamas du tir de roquettes. Je pense que c’est très important. Je pense qu’ils mettent en avant quelque chose qui, si les détails peuvent être définis, sera une bonne idée, c’est-à-dire revenir à l’accord de novembre 2005 et ramener des fonc­tion­naires de l’Autorité pales­ti­nienne aux points de passage pour avoir une ouverture plus sûre de ces points de passage. Nous sommes favo­rables à tous ces objectifs. Ce n’est pas facile parce que, bien sûr, c’est le Hamas qui prend la popu­lation pales­ti­nienne en otage à Gaza en tirant des roquettes sur Israël et en construisant son infra­structure ter­ro­riste. Mais les efforts que font les Egyp­tiens et encore plus d’efforts pour régler le pro­blème des tunnels, de la contre­bande et du contrôle de la fron­tière, tout cela repré­sente des déve­lop­pe­ments positifs. »

Lors de sa réunion à Londres le 2 mai, le Quartet (Etats-​​Unis, Russie, Union euro­péenne, Nations unies) a adopté des posi­tions cri­tiques sur la poli­tique israé­lienne. Dans un article du Monde, « Le Quartet demande à Israël de geler la construction de colonies en Cis­jor­danie », on peut lire que le Quartet « a exprimé sa pro­fonde inquiétude face à la pour­suite des acti­vités de colo­ni­sation et a appelé Israël à geler toute activité (d’extension) des colonies, y compris la crois­sance natu­relle, et à déman­teler les avant-​​postes construits depuis 2001" ». Une demande régu­liè­rement for­mulée par le Quartet, et qui figurait dans sa Feuille de route.

Répondant à une question sur ces cri­tiques à l’égard d’Israël, Mme Rice a expliqué :

« Ce que j’ai entendu au Quartet était un désir de voir les choses aller de l’avant de manière plus rapide, de voir chacun faire le maximum, de voir les Israé­liens faire plus en ce qui concerne la cir­cu­lation et les accès. Je crois que c’est ce que tout le monde dit et je crois qu’ils ont reçu le message. Ils ont fait cer­tains pas impor­tants mais il y a le besoin de faire plus. Je pense qu’une approche qui permet d’examiner un secteur donné, et de dire quelle va être la sécurité dans ce secteur, quelle cir­cu­lation et accès seront néces­saires pour quel projet écono­mique, est meilleure qu’un appel général à une amé­lio­ration de la cir­cu­lation et l’accès. (…) Cette approche plus précise pour régler les pro­blèmes est en fin de compte plus bénéfique. »

Allez-​​vous exercer des pressions sur la question des colonies ?

« Il ne s’agit pas d’exercer des pres­sions, il s’agit de régler les pro­blèmes. Parfois on peut les régler dans ces envi­ron­ne­ments très com­pliqués, parfois cela prend beaucoup de temps de les régler, et parfois on ne peut pas les régler dans les cir­cons­tances poli­tiques dans les­quelles nous nous trouvons. Main­tenant que le pro­cessus poli­tique a repris, les raisons pour que les deux parties fassent plus gran­dissent. Et je pense que nous allons assister à plus d’efforts pour amé­liorer la vie des Pales­ti­niens. Je vais vous donner un exemple de ce qui marche très bien. Un des plus visibles et impor­tants pas pris par Salam Fayyad est la confé­rence de Beth­lehem. Et je n’ai entendu aucune récla­mation sur la coopé­ration autour de cette conférence. »

(…) « Les Israé­liens n’ont pas réagi à la décla­ration du Quartet. Elle n’était pas dif­fé­rente des autres décla­ra­tions du Quartet. »