Mission en Palestine, avec la CECP et pour l’AFPS

F L, bureau national de l’Afps, mercredi 7 mars 2007

Compte rendu global de la mission effectuée en Palestine avec la coor­di­nation euro­péenne puis pour l’AFPS par F. Leblon. Palestine, 6 décembre - 21 décembre 2006

Ce fut un séjour très dense, constitué de nom­breuses ren­contres, effectué en 2 temps :
- du 8 au 15 décembre, c’est la mission euro­péenne orga­nisée par la CECP,
- avant (6 et 7/​12) et après, jusqu’au 21/​12, c’est la partie de la mission spé­ci­fi­quement AFPS.

Ce rapport est la syn­thèse des deux temps. Il est dif­férent et com­plé­men­taire du compte-​​rendu rédigé en anglais par Rabab pour la CECP.

La délé­gation euro­péenne était com­posée, outre Rabab de la CECP, de 2 Bri­tan­niques (dont un syn­di­ca­liste), 2 Belges (dont le sénateur, pré­sident de CECP, Pierre Galland), accom­pagnés par un jour­na­liste de radio belge, Daniel Fon­taine, 2 Ita­liennes (dont une syn­di­ca­liste), un Nor­végien (arrivé plus tar­di­vement), et 4 Français (CCIPPP, AFPS et Pla­te­forme). Les Bri­tan­niques sont très engagés sur le boycott.

J’adresse un coup de chapeau et des remer­cie­ments à Rabab pour le travail d’organisation avant et sur place ( avec des ouailles qui parfois n’en fai­saient qu’à leur tête !), et merci à Claude qui m’a aidée à pré­parer la partie « AFPS » de la mission en orga­nisant des rendez-​​vous. Per­sonne n’a oublié ici sa pré­sence et son travail de soli­darité pendant deux années noires de l’occupation.

Seuls, Pierre Galland, Nadia de l’Association Belgo-​​Palestinienne, et le jour­na­liste Daniel Fon­taine ont pu se rendre à Gaza, les autres membres de la délé­gation se sont rendus à Naplouse. Naplouse qui de « capitale écono­mique de la Cis­jor­danie est devenue , avec l’occupation, capitale de la pau­vreté », comme nous le confiera le maire de la ville, Adly R. Yaish.

La mission euro­péenne ter­minée, j’ai essen­tiel­lement ren­contré des res­pon­sables poli­tiques à Ramallah (du Fatah,du PPP, du FPLP et du FDLP), mais aussi un syn­dicat (PGTFU femmes), des ONG (HWC…) et un jour­na­liste… Le dis­cours de M.Abbas annonçant de nou­velles élec­tions est intervenu pendant la deuxième partie du séjour.

Objectifs de la mission européenne :

- Ren­contrer et écouter les res­pon­sables poli­tiques pales­ti­niens, ainsi que des syn­di­ca­listes, sans exclusive, Leur faire part de nos posi­tions, et actions. C’est ainsi que nous avons pu ren­contrer des res­pon­sables du Fatah, du Hamas, de la Gauche pales­ti­nienne, de Al Mubadara, et un député Indé­pendant.
- Ren­contrer les ONG pales­ti­niennes avec les­quelles nous tra­vaillons afin de res­serrer les liens qui ont eu ten­dance à se dis­tendre ces der­niers temps, les écouter, les informer de nos actions, leur pré­senter le projet des 7, 8, et 9 juin 2007 pour marquer les 40 ans de l’occupation israé­lienne, et voir comment tra­vailler davantage en liaison.
- Ren­contrer des res­pon­sables poli­tiques ( Meretz et Balad) et des ONG anti­co­lo­nia­listes en Israël.

Situation :

Sur le terrain, la dégra­dation de la situation est catas­tro­phique, impres­sion­nante : check points, mur sous toutes ses formes, des­truction de maisons, de ter­rains, de cultures, routes barrées, extension des colonies, mul­ti­pli­cation de la pré­sence des colons dans Jérusalem-​​Est… On assiste à la mise en place d’une situation d’apartheid plus per­verse que celle que connut l’Afrique du Sud.

Les Pales­ti­niens : ils sont dans une situation de grande pau­vreté géné­ra­lisée que la séche­resse risque d’aggraver ; la soli­darité fami­liale permet la survie (jusqu’à quand ?). La popu­lation en a assez du conflit entre le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne et le gou­ver­nement (entre le Fatah et le Hamas) et veut un gou­ver­nement d’unité nationale. Il y a une grande inquiétude devant la dégra­dation de la situation poli­tique : peur de l’avenir, peur de la guerre civile que le peuple pales­tinien refuse.

Les dépla­ce­ments à l’intérieur même de la Cis­jor­danie et entre la Cis­jor­danie et Jéru­salem sont de plus en plus dif­fi­ciles pour les Pales­ti­niens. La répression israé­lienne se poursuit sans relâche : tous les jours l’armée israé­lienne procède à des incur­sions mili­taires, des arres­ta­tions et des assassinats.

Ni les poli­tiques, ni la popu­lation ne com­prennent l’inertie et l’indifférence de l’Union Euro­péenne. Ni la popu­lation ni les poli­tiques n’admettent la punition que la com­mu­nauté inter­na­tionale leur inflige pour avoir fait usage de leur droit : choisir librement et démo­cra­ti­quement leurs représentants.

Les poli­tiques : La situation évoluant très vite, cer­tains propos qui nous ont été tenus semblent dépassés, par­ti­cu­liè­rement ceux, opti­mistes, quant à la for­mation d’un gou­ver­nement d’unité nationale, de Mus­tapha Bar­ghouti. Les plus fermés au dia­logue interne ne sont pas ceux qui en sont le plus soup­çonnés (s’agissant du Hamas et du Fatah qui ne sont pas monolithiques).

Personne ne refuse le principe d’une négociation avec l’Etat israélien.

Actuel­lement 40 membres du Conseil Légis­latif Pales­tinien enlevés l’été dernier sont tou­jours empri­sonnés en Israël. Les élus du Hamas, ou proches du Hamas, sys­té­ma­ti­quement boy­cottés par les délé­ga­tions inter­na­tio­nales qui se rendent en Palestine, ont apprécié que nous ayons sou­haité les rencontrer.

Contenu de la mission : rencontres

Ilan Halevi, ancien vice-​​ministre des affaires étran­gères et repré­sentant de l’OLP auprès de le l’Internationale Socia­liste, considère que la vic­toire du Hamas résulte de l’échec du plan de paix et de l’absence de stra­tégie du Fatah. Depuis un an, le Hamas n’a pas pu gou­verner, de ce fait il n’a pas pu évoluer comme l’exercice du pouvoir l’aurait permis, et le Fatah ne s’est pas régénéré dans l’opposition.

Pour Mus­tapha Bar­ghouti qui nous a dit servir de médiateur entre le Pré­sident et le gou­ver­nement dans les négo­cia­tions pour la for­mation d’un gou­ver­nement d’unité nationale, le Hamas est le produit de la pau­vreté. Pour beaucoup de ceux que nous avons ren­contrés : res­pon­sables poli­tiques, ONG ou citoyens, sa vic­toire est bien due à l’échec du plan de paix mais aussi à la cor­ruption du Fatah et en aucun cas à des raisons religieuses.

Le système élec­toral a amplifié la vic­toire du Hamas, ainsi que la défaite du Fatah, minoré les partis de gauche qui avec 12 à 15% des voix n’ont obtenu que 9 sièges et n’ont pu constituer la troi­sième force qui aurait pu influer sur les événements.

C’est donc une lutte pour le pouvoir que se livrent le Fatah et le Hamas, deux partis devenus trop puissants.

Pourtant, incon­tes­ta­blement, le Hamas a évolué : ses res­pon­sables parlent d’un État pales­tinien dans les fron­tières de 1967, comme tous les autres partis. Le ministre de l’Éducation, vice-​​premier ministre, Nasser Eddine Shaer, enlevé à son domicile et empri­sonné en Israël durant plus de 40 jours par l’armée israé­lienne, précise : « nous ne voulons pas détruire Israël, nous voulons vivre libres », et aussi : « le but du Hamas n’est pas d’islamiser la société ».

Mais, en accord avec la société pales­ti­nienne, le Hamas refuse de recon­naître for­mel­lement l’État israélien sans contre­partie, ce que lui demandent les Etats-​​Unis, Israël, l’Europe dont la France (et quel Israël doit être reconnu celui de 48, ou de 67 ou celui défini par le mur ?) …et même Mahmoud Abbas !… Et alors que rien de sem­blable n’est exigé d’Israël.

Il nous a paru que la plupart des res­pon­sables poli­tiques et de la société civile ainsi que la popu­lation ren­contrés sou­haitent la mise en place d’un gou­ver­nement d’unité nationale sur la base du « document des pri­son­niers », y compris les res­pon­sables poli­tiques du Hamas (et proches) comme le ministre de l’Éducation, les par­le­men­taires ou le maire de Naplouse élu sur une liste du Hamas.

Ce sont des dif­fi­cultés arti­fi­cielles, des pres­sions exté­rieures, selon Mus­tapha Bar­ghouti, qui empêchent la for­mation d’un tel gou­ver­nement d’aboutir.

Rafik Hus­seini, directeur de cabinet de M.Abbas et Kamal Alsheikh le gou­verneur de Naplouse, membres du Fatah et repré­sen­tatifs de la ten­dance dure, ont dit vouloir de nou­velles élec­tions et qu’il n’y aurait pas d’autres négo­cia­tions avec le Hamas. Ils affirment que si au plan poli­tique ils n’ont pas de désaccord avec lui, ils sont en désaccord total pour ce qui concerne leurs projets de société.

Mais Mahmoud Abbas, lorsque nous l’avons ren­contré, a affirmé pré­férer un gou­ver­nement d’union nationale à de nou­velles élec­tions, et user de cette éven­tualité pour faire pression sur le Hamas. Les élec­tions auraient lieu si le pro­cessus de négo­ciation n’aboutissait pas, et pas avant plu­sieurs mois.

Le gou­ver­nement et le Hamas consi­dèrent comme illégal l’appel à de nou­velles élec­tions qu’ils refusent - alors même qu’ils auraient des chances de l’emporter à nouveau - ce qu’ils veulent, c’est que leur légi­timité soit reconnue et prouver qu’ils ne sont pas ce que disent les occi­dentaux. Pour Azmi Bishara, refuser cette recon­nais­sance est un non-​​sens total et une faute.

Au moment du séjour de la délé­gation, la plupart des res­pon­sables poli­tiques ren­contrés, à l’exception de ceux du Fatah, sem­blaient convaincus que la for­mation du gou­ver­nement d’union nationale était sur le point d’aboutir (avec Bassam Nair comme Premier ministre, le Dr. Samir Oubeisha aux finances).

Beaucoup (Hamas, gauche, ONG, citoyens) constatent et déplorent l’empressement d’Abou Mazen à satis­faire aux exi­gences des Etats-​​Unis et d’Israël, sans rien obtenir en échange, et au détriment de l’unité nationale.

Pour Hany el Hassan, res­pon­sable du Fatah pour la Cis­jor­danie, les Etats-​​Unis et les Israé­liens n’aident pas le Pré­sident Abbas : ils repoussent toute solution afin d’organiser la région à leur conve­nance. Pour lui, la paix est pos­sible dans les 3 mois si les Etats-​​Unis le veulent.

Sur la faiblesse des partis de gauche :

Les res­pon­sables de ces partis donnent plu­sieurs expli­ca­tions :
- D’abord la loi élec­torale qui est mau­vaise et ne res­titue pas la phy­sio­nomie du vote : ainsi avec seulement 40% des voix , le Hamas a obtenu plus de 50% des sièges au Conseil Légis­latif. C’est le point de vue du FDLP qui sou­haite l’instauration d’un scrutin à la pro­por­tion­nelle.
- Ensuite l’éparpillement des voix de gauche dans dif­fé­rents partis (PPP, FPLP) qui ont échoué à constituer une coa­lition.
- Mais aussi le fait que ces partis ne sont pas assez clairs sur leur identité de gauche, qu’ils ne marquent pas suf­fi­samment leur dif­fé­rence avec des partis comme le Fatah ou le Hamas (FPLP).
- Enfin le pro­blème des moyens. Ils consi­dèrent qu’il est néces­saire de constituer une coa­lition des partis de gauche démo­cra­tiques, afin de mettre fin à la domi­nation Fatah /​Hamas et de par­venir à un équi­libre des pouvoirs.

L’OLP actuel­lement n’est plus repré­sen­tative, elle doit être réac­tivée, réformée (le Djihad, le Hamas et Al Mubadara n’en font pas partie). C’est la seule ins­ti­tution pales­ti­nienne qui parle au nom de tous les Pales­ti­niens dans des négo­cia­tions avec Israël. Oslo qui a créé l’Autorité Pales­ti­nienne, a mar­gi­nalisé l’OLP, et ce faisant, a mar­gi­nalisé les Pales­ti­niens de la Dia­spora ainsi que les réfugiés. L’OLP doit être le repré­sentant du peuple pales­tinien devant la com­mu­nauté inter­na­tionale pour des négo­cia­tions (FPLP).

La résis­tance

Pour tous, la résis­tance est légitime : il y a résis­tance parce qu’il y a occu­pation.
- Pour R.Husseini, du Fatah, la résis­tance (Intifada) doit être non armée (mais les Bri­gades des Martyrs d’Al Aqsa sont du Fatah).
- Pour les partis de gauche, elle doit être popu­laire et user de moyens paci­fiques, mais elle peut aussi être mili­taire (cf le droit inter­na­tional) et s’exercer contre les mili­taires israé­liens et les colons. Il ne doit pas y avoir d’actions contre des civils, ni en Israël (FDLP)

"Le camp de la paix" israélien

Il est extrê­mement réduit : tout au plus quelques mil­liers de per­sonnes qui n’ont aucun impact sur la société israélienne.

Michel War­schawski, coor­di­nateur de l’AIC, utilise l’image d’un engrenage dont la petite roue ne par­vient plus à entraîner la grande - comme elle le faisait dans les années 80 - et tourne à vide. Il en résulte un sen­timent d’impuissance.

Autre constat : les rela­tions avec les mili­tants pales­ti­niens ne sont pas faciles, et en cela « le mur est un succès par l’impact qu’il a sur nous-​​mêmes » dit-​​il.

S’il dresse un constat d’incompétence globale, à tous les niveaux de l’État israélien gagné par le néo­li­bé­ra­lisme et l’individualisme, il fait aussi le constat d’un total consensus sur la guerre consi­dérée comme légitime même par l’opposition de gauche (Meretz, Peace Now), et le réel danger d’avènement d’un fas­cisme (Lie­berman, Gay­damack sont des hommes dan­gereux mais qui plaisent), dans un pays où l’usage éventuel du nucléaire ne choque per­sonne. Au cœur du consensus israélien, il y a l’Islam car pour les Israé­liens « l’Islam est plus qu’un ennemi, c’est une menace ».

Il note un point d’optimisme tout de même : les mili­tants actuels contre l’occupation sont très jeunes (Anar­chistes contre le mur) mais ils ne posent pas de ques­tions politiques.

Les “com­bat­tants pour la paix“, asso­ciation constituée à part égale de soldats israé­liens qui refusent la guerre et d’anciens pri­son­niers pales­ti­niens qui récusent aussi la vio­lence, uti­lisent déli­bé­rément le mot Apar­theid parce que disent-​​ils « on a une vision d’ensemble de ce que cela signifie et on sait comment cela a fini ».Tout le monde sait en effet ce que fut le régime d’apartheid en Afrique du Sud et qu’il a été vaincu. Les ONG pales­ti­niennes ainsi que des ONG israé­liennes demandent - de même que l’université An Najah de Naplouse - le boycott d’Israël (cam­pagne Boycott, Dés­in­ves­tis­sement, Sanc­tions ). Badil et Stop the Wall nous ont vivement inter­pellés là-​​dessus (Il sem­blerait que les auto­rités pales­ti­niennes aient décidé de lancer un appel officiel au boycott des pro­duits israé­liens des colonies à l’intérieur de la Palestine). Ces orga­ni­sa­tions nous demandent d’agir afin que l’Europe prenne position pour les droits des Pales­ti­niens -non parce qu’ils sont Pales­ti­niens mais parce qu’il s’agit du droit et de la justice (Badil) -. Nous sommes aussi inter­pellés au sujet d’importantes sub­ven­tions que l’Europe aurait accordées à Israël, et inter­rogés sur la non parution du “rapport des Chefs de mis­sions“ euro­péens. Les ONG euro­péennes doivent exercer de fortes pres­sions sur les ministres des Affaires Étran­gères euro­péens afin que cette publi­cation se fasse enfin.

Objet d’inquiétude et de colère : les moda­lités d’application du « Register of damage on the wall and its asso­ciated regime » ( voir annexe) que les Nations-​​Unies ont décidé d’ouvrir.. En effet, les moda­lités telles qu’elles sont prévues font craindre que ce ne soit une façon de passer pour profits et pertes l’ensemble des pré­ju­dices réels , maté­riels et non maté­riels, pro­voqués par la construction du mur et l’occupation israé­lienne. De plus le registre fait l’impasse sur toute la partie pales­ti­nienne qui se retrouve à l’extérieur de la Cis­jor­danie, du fait de la construction du mur

Jérusalem :

La Coa­lition pour Jéru­salem explique qu’à Jérusalem-​​Est Israël a établi un “plan directeur“ pour 20 ans : “Jéru­salem 2000“ dont le but est de faire qu’il y ait le plus de juifs pos­sible à Jéru­salem et le moins de Pales­ti­niens pos­sible. Le gou­ver­nement israélien a exproprié 35% de Jérusalem-​​Est pour la construction de colonies (Cf. doc de Sarah Kar­minka) et pour amé­nager des “zones vertes“ non construc­tibles (600 maisons détruites). Ainsi la vieille ville peut être démolie pour les besoins des projets israé­liens.

Et, sans dépla­cement de popu­lation, par la construction du mur, une partie impor­tante de la popu­lation pales­ti­nienne se voit exclue de Jérusalem-​​Est, privée de son statut de résident. Net­toyage eth­nique invi­sible qui fait perdre à Jérusalem-​​Est sa popu­lation pales­ti­nienne. La Coa­lition pour Jéru­salem en appelle aux auto­rités reli­gieuses, à l’UNESCO.

Concernant le tramway, construit en vio­lation de la loi inter­na­tionale, 4 lignes sont prévues. Il n’y aura pas d’arrêt dans les quar­tiers pales­ti­niens (si ce n’est à Shuafat où le mur empê­chera les Pales­ti­niens d‘accéder à l’arrêt prévu et coupera le camp), la pre­mière ligne sera achevée en 2007. Ce tramway qui ne sera pas ren­table et ne trans­portera pas de Pales­ti­niens est conçu comme outil de l’annexion de Jérusalem.

La Coa­lition pour Jéru­salem est peu au courant de la cam­pagne et des actions menées par l’AFPS contre ce tramway colonial. Ce qui montre combien il est néces­saire de tra­vailler ensemble et d’échanger des infor­ma­tions. La CECP propose qu’aient lieu 2 réunions com­munes par an, l’une à Bruxelles, l’autre à Ramallah, pour une cam­pagne élargie et coordonnée.

Pour l’ensemble des acteurs de la vie poli­tique et civile pales­ti­nienne, res­pon­sables poli­tiques aussi bien qu’ ONG, il doit être clair qu’il n’y a pas de paix pos­sible sans Jérusalem-​​Est pour capitale de l’État pales­tinien. Jérusalem-​​Est capitale reli­gieuse certes, mais aussi capitale spi­ri­tuelle de l’Etat pales­tinien. Hassib Nasha­bishi, de la Coa­lition pour Jéru­salem propose qu’une confé­rence se tienne à Jérusalem.

L’ICADH, qui constate l’amplification des des­truc­tions à Jéru­salem, déplore l’indifférence de la com­mu­nauté inter­na­tionale qui pourrait stopper le pro­cessus mais n’en a pas la volonté. C’est pourquoi l’ICADH considère que les ONG euro­péennes doivent être plus actives et mobi­liser plus for­tement la Société Civile.

La mission CECP nous a conduits, avec ITTIJAH, au nord de la Cis­jor­danie, dans des villes et vil­lages arabes israé­liens et pales­ti­niens, affectés suc­ces­si­vement par la guerre de 48, puis celle de 67 et enfin par la construction du mur. Il en a résulté non seulement l’annexion par Israël de villes ou vil­lages pales­ti­niens, mais aussi leur par­tition, cer­tains d’entre eux se retrouvant pour partie en Israël, pour partie en Cis­jor­danie. Mais la nou­veauté, avec la construction du mur, c’est que des parties de vil­lages ou des maisons appar­tenant à ces vil­lages ne sont plus maté­riel­lement en Cis­jor­danie et pas en Israël. Leurs habi­tants n’ont pas le droit de béné­ficier des ser­vices ( école, hôpital…) israé­liens, mais n’ont plus accès aux ser­vices pales­ti­niens. Kafka n’aurait pas fait mieux. A Oum el Fahem, impor­tante ville pales­ti­nienne d’Israël (2e grande ville arabe), et dans la région, nous constatons que la poli­tique israé­lienne à l’égard de ses citoyens pales­ti­niens res­semble fort à celle menée par l’État israélien en Palestine : confis­cation des terres, lois mili­taires, répression (avec des morts et des blessés, des pri­son­niers). Il s’agit de judaïser la Galilée (et le Naqab) : rem­placer la popu­lation arabe par une popu­lation juive, diviser les arabes chré­tiens et musulmans, les juifs, les non-​​juifs.

Ce contre quoi popu­lation, res­pon­sables poli­tiques et asso­cia­tions se battent. Aussi est-​​il néces­saire de lier la lutte des deux côtés de la « ligne verte ».

Encore une fois, les Pales­ti­niens nous demandent une soli­darité plus visible (plus efficace ?).

A la com­mission euro­péenne Ana Gallo Alvarez, après avoir analysé la situation, considère qu’il y a un réel risque de confron­tation, que l’échec des négo­cia­tions en vue de la for­mation d’un gou­ver­nement d’union nationale est dû au Hamas qui se sent très fort.

Le quar­tette ne demande pas que le Hamas recon­naisse Israël, mais que le gou­ver­nement pales­tinien recon­naisse l’État israélien (“ce n’est pas la même chose“). Le rôle de l’Union Euro­péenne est d’avoir une position prag­ma­tique : « nous tra­vaillerons avec n’importe quel gou­ver­nement ». Elle estime qu’il n’est pas juste de dire que l’UE ne fait rien pour le peuple pales­tinien : de fortes sommes ont été données en 2006 pour venir en aide à la popu­lation. La com­mission déclare ne pas recon­naître les fron­tières établies par le mur, l’annexion de Jéru­salem ni les colonies, ainsi que tout ce qui pré­empte l’avenir de la Palestine.

Conclusion :

Cette mission a permis de renouer ou nouer des contacts aussi bien avec des élus et res­pon­sables appar­tenant à tout l’éventail poli­tique pales­tinien qu’avec les ONG pales­ti­niennes, et israé­liennes du « camp de la Paix ». Le projet destiné à marquer les 40 ans de l’occupation est jugé très utile et plu­sieurs ONG sou­haitent y participer.

Mais on ne peut que faire un constat d’impasse et de blocage aussi bien au niveau européen que pales­tinien et israélien.

La mission a surtout mis en évidence d’une part une forte attente des Pales­ti­niens à l’égard du mou­vement de soli­darité européen jugé trop peu visible, pas assez incisif et qui ne par­vient pas à peser sur la poli­tique euro­péenne, d’autre part la nécessité pour le mou­vement de soli­darité de tra­vailler plus en liaison avec les ONG, et de muscler ses actions pour être efficace.

Enfin l’ensemble des res­pon­sables de la vie poli­tique et civile en Palestine sou­haite vivement que soit réunie une Confé­rence Inter­na­tionale, et sous­crivent à la pro­po­sition euro­péenne ( Espagne, France, Italie), ils demandent la mise en place d’une force inter­na­tionale de protection.


Annexes :

Personnalités rencontrées :

- Avec la délé­gation : Michel War­shawski, AIC (Centre d’Information Alter­native)

Mus­tapha Bar­ghouti , Al Mubadara (Ini­tiative Nationale Palestinienne)

Rafik Husseini, directeur de cabinet de M. Abbas, Fatah

Mahmoud Abbas, Président de l’Autorité Palestinienne

3 élus du conseil légis­latif à Ramallah (1 Indé­pendant, speaker de la chambre, 1 Hamas, 1 FPLP)

Nasser Eddine Shaer, Ministre de l’Education, vice-​​premier ministre du gou­ver­nement pales­tinien, n’est pas membre du Hamas

Mossi Raz, ancien député du Meretz

Saed Jamal Abu Hijeh, res­pon­sable des rela­tions publiques de l’université An Najah de Naplouse

Kamal Alsheikh, gouverneur de Naplouse, Fatah

Adly R. Yaish, maire de Naplouse (proche Hamas)

2 élus du Conseil Législatif à Naplouse (Hamas)

Azmi Bishara membre de la Knesset, Balad

Jeff Halper ,ICADH

Mohamed Khatib et le Comité de lutte populaire de Bil’in

De nom­breuses ONG pales­ti­niennes (PNGON, BADIL/​OGPAI, Coa­lition pour Jéru­salem, Stop the Wall, PARC, ITTIJAH, Eve Center, NSP…) et israé­liennes (AIC, ICADH, Com­bat­tants pour la paix, Women for peace,…)

Anna Gallo Alvarez, Commission européenne à Jérusalem-​​Est

- Pour l’AFPS , à Ramallah

Abu Gosh, FDLP

Fadwa Khader, PPP

Khalida Jarrar, FPLP, membre du Conseil législatif

Hany El Hassan Fatah, responsable du Fatah pour la Cisjordanie

Amne Rimawi, PGTFU

A.Qattamesh, journaliste

Yasser Abed, RCDP, chef de projets

Health Work Committees