Mettre un terme au siège de la Palestine

Isabelle Avran, Palestine Solidarité n°17, juin 2006, mercredi 6 septembre 2006

Pour la pre­mière fois dans l’histoire du conflit israélo-​​palestinien, la com­mu­nauté inter­na­tionale -Canada, Etats-​​Unis, puis Union européenne-​​ a décidé de mettre en œuvre des sanc­tions économiques(…)

Mais, alors que, depuis plu­sieurs années, les ONG euro­péennes de soli­darité avec le peuple pales­tinien, leurs homo­logues pales­ti­niennes et les asso­cia­tions anti-​​colonialistes israé­liennes demandent à l’Europe de sanc­tionner la poli­tique israé­lienne, et sin­gu­liè­rement la pour­suite de la colo­ni­sation, de la construction du mur d’annexion en Cis­jor­danie dont la Cour inter­na­tionale de Justice et l’assemblée générale des Nations unies réclament le déman­tè­lement, et de la vio­lence d’Etat imposée à la popu­lation civile pales­ti­nienne, c’est à l’encontre du peuple occupé et de ses ins­ti­tu­tions que les pays occi­dentaux ont décidé un véri­table siège.

Le 10 mars, les 25 Etats membres de l’UE ont décidé de sus­pendre leur aide écono­mique qui transite par l’Autorité pales­ti­nienne, laquelle ne relève pas de la charité mais n’est qu’une com­pen­sation à l’absence de solution poli­tique, qui doit se fonder sur le droit inter­na­tional. Motif invoqué : le Hamas, qui conduit le gou­ver­nement à la suite d’élections inter­na­tio­na­lement saluées comme libres et trans­pa­rentes, refuse de recon­naître Israël, les accords signés, et de mettre un terme à la violence.

L’Europe refuse en revanche de réclamer de Tel-​​Aviv la recon­nais­sance de l’Etat pales­tinien dans les fron­tières de 1967, l’application des accords signés, et la fin de la terreur d’Etat qui se poursuit en dépit de la trêve pales­ti­nienne. Pire : les chan­cel­leries se féli­citent de l’unilatéralisme israélien, pré­férant applaudir à l’annonce d’éventuels retraits de petites colonies qua­lifiés de signes de paix, plutôt qu’empêcher l’annexion d’une part majeure de la Cis­jor­danie que pro­gramment dans le même mou­vement le parti Kadima d’Ehud Olmert et ses alliés tra­vaillistes. Ceux-​​ci, forts d’une totale impunité, ont annoncé leur volonté de fixer les fron­tières en 2010, incluant à Israël le grand Jéru­salem et les grands blocs de colonies, au détriment de toute pers­pective d’Etat palestinien.

Les consé­quences huma­ni­taires et poli­tiques de leurs propres déci­sions inquiètent les diri­geants euro­péens, qui tentent d’inventer des méca­nismes finan­ciers contournant les ins­tances pales­ti­niennes issues des urnes. Le respect de la démo­cratie et l’engagement pour une paix juste imposent des choix dia­mé­tra­lement opposés : l’Europe doit mettre un terme au siège écono­mique et poli­tique imposé au peuple pales­tinien et à ses repré­sen­tants, peser enfin réso­lument pour que les diri­geants israé­liens res­pectent le droit huma­ni­taire, le droit inter­na­tional et les accords signés, cessent la colo­ni­sation et la construction du mur d’annexion, et s’engager pour une confé­rence inter­na­tionale de paix enfin fondée sur le droit.