Mettre fin à l’occupation et ensuite commencer les négociations

Sam Bahour, mercredi 28 avril 2010

Pour éviter une nou­velle catas­trophe en Palestine, ce qui est néces­saire, c’est que les Etats-​​Unis res­pectent le droit huma­ni­taire inter­na­tional et les nom­breuses réso­lu­tions des Nations unies, c’est qu’ils uti­lisent la puis­sance amé­ri­caine pour amener Israël à se conformer à la volonté de la com­mu­nauté des nations en le forçant à mettre fin à l’occupation.

Le pré­sident Barack Obama est sur le point de faire un saut poli­tique sur la question Palestine-​​Israël. Bien d’autres pré­si­dents amé­ricain ont fait de même et se sont retrouvés chacun à plat ventre par terre. Cette fois le saut est le lan­cement d’une nou­velle ini­tiative des Etats-​​Unis qui nous promet, encore une fois, d’entraîner la fin de l’obstiné conflit palestino-​​israélien.

Obama serait bien avisé de tirer des leçons de toutes les autres infâmes ini­tia­tives US au moment où il donne forme à la sienne. Il n’y a abso­lument rien de nouveau dans l’annonce d’un nou­velle ini­tiative de paix états-​​unienne. Les Pales­ti­niens et les Israé­liens ont été les réci­pien­daires de tant de plans sem­blables qu’ils peuvent habi­tuel­lement en prédire le contenu avant de les recevoir. Cette fois-​​ci pourtant les attentes ne sont pas si claires que ça. La façon dont Obama a traité de la question depuis qu’il est pré­sident n’est guère tra­di­tion­nelle. Aussi espère-​​t-​​on que la sub­stance de l’initiative annoncée s’éloignera de la tra­dition, puisque la tra­dition veut aussi dire échec et nou­velles effu­sions de sang des deux côtés.

Pourquoi les gens ici sur le terrain voient-​​ils Obama de façon légè­rement dif­fé­rente des pré­si­dents des Etats-​​Unis qui l’ont précédé ?

Pour com­mencer, peu de temps après son inves­titure, il a fait un dis­cours his­to­rique au Caire le 4 juin 2009, dans lequel il disait :

« …il est également indé­niable que le peuple pales­tinien — musulmans et chré­tiens — a souffert dans la quête de sa patrie. Depuis plus de 60 ans les Pales­ti­niens subissent la douleur d’un bou­le­ver­sement. Nombre d’entre eux attendent dans des camps de réfugiés en Cis­jor­danie, à Gaza et dans des pays voisins de vivre en paix et en sécurité la vie qu’ils n’ont jamais pu vivre. Ils subissent les humi­lia­tions quo­ti­diennes -grandes et petites-​​ qui accom­pagnent l’occupation. Ainsi, qu’il n’y ait aucun doute : la situation des Pales­ti­niens est into­lé­rable. L’Amérique ne tournera pas le dos à l’aspiration légitime des Pales­ti­niens à connaître la dignité, des oppor­tu­nités et un Etat à eux. »

Voici une réflexion sur le conflit qui est consi­dé­ra­blement plus pro­fonde que ce qu’on peut trouver dans l’histoire récente. Qu’Obama lie la dépos­session des Pales­ti­niens quand Israël fut créé à la pour­suite de l’occupation israé­lienne a un sens considérable.

Ensuite, Obama n’a pas perdu de temps avant de nommer le sénateur George Mit­chell envoyé spécial au Moyen-​​Orient. C’était une indi­cation claire que l’administration Obama prenait la question au sérieux et qu’il avait l’intention de traiter ce pro­blème dès le début de son mandat et non à la fin comme beaucoup de ses prédécesseurs.

Obama s’est opposé à Israël sur la question des colonies – qui sont l’indicateur essentiel du sérieux des Israé­liens non seulement pour résoudre le conflit mais aussi pour réduire la tension et créer un contexte qui per­mette la confiance afin que des négo­cia­tions de paix reprennent. La réponse israé­lienne fut l’équivalent de coups et de cra­chats répétés au visage de l’administration Obama.

Enfin, plus récemment, le général US David Petraeus, le com­mandant qui supervise les guerres des Etats-​​Unis en Irak et en Afgha­nistan, a expliqué devant le Comité des Forces armées du Sénat que "la pour­suite des hos­ti­lités entre Israël et cer­tains de ses voisins sont des défis très clairs à notre capacité de faire avancer nos intérêts en terme de responsabilité".

La décla­ration de Petraeus a été com­prise comme un signal que l’administration Obama ne per­met­trait pas que les intérêts amé­ri­cains dans la région soient com­promis par l’intransigeance israé­lienne. A vrai dire, avant cette décla­ration publique faite par l’un des plus hauts res­pon­sables mili­taires des Etats-​​Unis, c’était un secret bien mal gardé qu’Israël jouait un rôle négatif pour les intérêts stra­té­giques des Etats-​​Unis dans la région.

En 2006, par exemple, le groupe mixte [1] d’Etudes sur l’Irak notait expli­ci­tement qu’il fallait s’occuper du conflit palestino-​​israélien si l’on voulait engranger des progrès en Irak et dans la région.

Etant donné tout cela, Obama pouvait amener les Etats-​​Unis à faire ce qui était juste enfin. Reste à savoir si les Etats-​​Unis et leur ins­ti­tu­tions lui per­met­tront de remo­deler la poli­tique amé­ri­caine dans une démarche de réa­li­sation de la paix qui lui donne une chance de réussir. Les bases des plans de paix pré­cé­dents ont changé : les macro-​​plans globaux pro­posés avant même que des négo­cia­tions directes entre les parties ne com­mencent (par exemple le plan Reagan de 1982) sont devenus de super micro-​​plans de tran­sition (par exemple le pro­cessus de paix d’ Oslo). Il y eut même une approche genre "big bang" quand le pré­sident George W. Bush promit de résoudre le conflit avant la fin de son mandat.

Il va sans dire que tous ces plans ont échoué, tota­lement et vio­lemment. Chaque échec a couté des vies et des exis­tences pales­ti­niennes et israéliennes.

Ce qu’Obama peut faire de dif­férent, c’est avoir une approche concrète pour résoudre le conflit, avec deux échéances claires. La pre­mière étape est de mettre fin à 43 ans d’occupation mili­taire de la Palestine, en Cis­jor­danie et dans la bande de Gaza. Ensuite, et ensuite seulement, pourra-​​t-​​on attendre des Pales­ti­niens qu’ils négo­cient de bonne foi pour la deuxième étape, qui est un accord négocié sur le statut final qui met­trait fin au conflit et lan­cerait un pro­cessus de récon­ci­liation. Garder la liberté des Pales­ti­niens en otage d’un accord inac­ces­sible sur le statut final équivaut à un crime de guerre.

Dans son dis­cours du Caire Obama a dit aussi :"Nous ne pouvons pas imposer la paix". J’espère qu’il a compris clai­rement qu’imposer la paix n’est pas la solution pour éviter une nou­velle catas­trophe en Palestine. Ce qui est néces­saire, c’est que les Etats-​​Unis res­pectent le droit huma­ni­taire inter­na­tional et les nom­breuses réso­lu­tions des Nations unies, c’est qu’ils uti­lisent la puis­sance amé­ri­caine pour amener Israël à se conformer à la volonté de la com­mu­nauté des nations en le forçant à mettre fin à l’occupation.

Que les Etats-​​Unis sou­tiennent le droit inter­na­tional pourrait bien être la véri­table expression de "choc et effroi [2]". Voilà qui pourrait être l’héritage his­to­rique d’Obama : mettre les Etats-​​Unis du bon côté -dans le sens de juste-​​ de l’histoire dans cette région.

[1] com­portant des Démo­crates et des Répu­bli­cains. NdT

[2] La doc­trine choc et effroi (de l’anglais Shock and Awe, ce qui peut aussi être traduit par Choc et stupeur), ou de domi­nation rapide, est une doc­trine mili­taire basée sur l’écrasement de l’adversaire à travers l’emploi d’une très grande puis­sance de feu, la domi­nation du champ de bataille et des manœuvres, et des démons­tra­tions de force spec­ta­cu­laires pour para­lyser la per­ception du champ de bataille par l’adversaire et anni­hiler sa volonté de combattre.

Elle est issue de l’Université de la défense nationale des États-​​​​Unis et a été rédigée par Harlan Ullman et James Wade en 1996. Elle a prin­ci­pa­lement été mise en œuvre lors de l’invasion de l’Irak en 2003 Wikipedia