Message de Mustafa Barghouti au Congrès de l’AFPS

samedi 12 mai 2007

Le ministre pales­tinien de l’Information adresse un message à L’AFPS qui tient son Congrès les 12 et 13 mai à St Denis

Ramallah, le 9 mai 2007,

Chers amis, chers amis du peuple pales­tinien, amis de la Justice et de la Paix, et je peux le dire, MES amis, je suis sin­cè­rement désolé de ne pouvoir assister à votre Congrès, mais je vous vous remercie beaucoup pour votre invi­tation. J’espère que cette réunion sera pro­ductive et un succès pour vous tous.

Dans la situation actuelle, le but prin­cipal du gou­ver­nement d’unité nationale est la levée de l’embargo imposé au peuple pales­tinien. Le pro­gramme du gou­ver­nement d’unité répond tota­lement aux exi­gences de la com­mu­nauté inter­na­tionale et le gou­ver­nement, qui ras­semble tous les mou­ve­ments pales­ti­niens sauf un, repré­sente 96 % de l’électorat. Il n’y a donc pas la moindre raison de pour­suivre cette attaque cruelle et injuste contre le peuple palestinien.

La situation en Cis­jor­danie continue à se dété­riorer alors que la bande de Gaza est au centre d’une crise huma­ni­taire ter­rible. La cause en est les pri­va­tions écono­miques, l’augmentation de la pau­vreté et un déclin social global, mais cette situation est aussi aggravée par des crimes, de plus en plus nom­breux, que cette situation déses­pérée ali­mente. Et les attaques sans relâche de l’armée israé­lienne font encore empirer les choses, et amènent les Pales­ti­niens au bord du désastre.

Votre mobi­li­sation, la mobi­li­sation active de tous les citoyens euro­péens, est néces­saire pour amener l’Union euro­péenne à changer sa poli­tique à l’égard des Pales­ti­niens. Le blocus doit cesser. La Norvège et la Suisse ont ouvert la voie. C’est main­tenant au tour des membres de l’UE de suivre, de ren­contrer les ministres pales­ti­niens et de reprendre des rela­tions nor­males avec l’Autorité nationale pales­ti­nienne, de même que l’assistance finan­cière directe.

Ensuite, le gou­ver­nement israélien doit rendre l’argent des taxes qu’il retient illé­ga­lement. Alors que tout le monde parle de condi­tions que les Pales­ti­niens et leurs diri­geants ne res­pec­te­raient pas, per­sonne ne parle de cet argent, de l’argent pales­tinien, 800 mil­lions de dollars bloqués par le gou­ver­nement Olmert. C’est notre argent, l’argent des salaires pour les ensei­gnants, les médecins, les infir­miers, de l’argent pour acheter des médi­ca­ments, pour investir, pour déve­lopper la Palestine. C’est de l’argent dont la société pales­ti­nienne a ter­ri­blement besoin. Cet argent doit être rendu à son pro­prié­taire légitime, le peuple palestinien.

Je vous pré­sente un tableau bien sombre, mais il y a pourtant des raisons d’être optimistes.

Le gou­ver­nement d’unité nationale existe, il a un pro­gramme que je vous invite tous à lire. Vous me connaissez, vous savez d’où je viens. Et je vous le dis : ce pro­gramme est pro­gres­siste. Il est le produit d’une négo­ciation col­lective, et toutes les forces poli­tiques ont accepté ce qu’il met en avant : les droits des femmes, les droits des han­di­capés, la neu­tralité dans l’éducation, l’état de droit et l’importance de la res­pon­sa­bilité personnelle.

C’est également dans l’unité que le gou­ver­nement d’union nationale fait l’offre d’un cessez le feu global, complet et réci­proque qui annoncera la fin de la vio­lence. La pro­po­sition amé­ri­caine d’un cessez le feu limité à Gaza est d’une ampleur limitée et vraiment contre pro­ductif. La pro­po­sition pales­ti­nienne d’un cessez le feu complet, global et réci­proque va beaucoup plus loin et est plus réa­liste. En fait nous savons tous que dans au moins 3 cas, ce sont des attaques contre des per­sonnes en Cis­jor­danie qui ont pro­voqué la rupture du cessez le feu à Gaza.

Le gou­ver­nement d’unité nationale a aussi fait des pro­po­si­tions pour un échange de pri­son­niers, et vous savez tous l’importance de la question des pri­son­niers pour les Pales­ti­niens. Là encore Olmert et son gou­ver­nement ont refusé notre proposition.

Comme Olmert a refusé l’Initiative arabe, que le gou­ver­nement d’unité nationale a approuvée. Encore une fois nous voyons qu’il n’y a pas de par­te­naire israélien pour la paix.

Peut-​​être Ehud Olmert est-​​il trop faible. Quand il ren­contre le pré­sident Abbas, il refuse d’aborder les ques­tions clé. J’ai lu dans Time que sa cote de popu­larité est de moins de 3 % , ce qui, avec la marge d’erreur, signifie qu’il obtient le soutien de sa famille élargie, rien de plus.

Mais nous ne pouvons pas attendre un gou­ver­nement qui ait assez de courage pour accepter de parler de Paix. Parce que pendant ce temps, ce gou­ver­nement ci, comme ceux qui l’ont précédé, détruit la pos­si­bilité de la solution à deux Etats en chan­geant de façon irré­ver­sible la situation sur le terrain et en conso­lidant le système d’apartheid. Par le Mur, l’annexion de la vallée du Jourdain et par un mépris constant pour le droit inter­na­tional et les droits humains.

C’est pourquoi nous avons besoin d’un mou­vement de soli­darité vaste et fort et c’est là que l’Afps joue un rôle majeur. En par­ti­cipant à la Confé­rence de Bil’in, en sou­tenant les mobi­li­sa­tions (journée des Pri­son­niers, fin des sanc­tions contre les Pales­ti­niens etc.), en pro­posant des infor­ma­tions et des ana­lyses au public français, vous apportez des contri­bu­tions essen­tielles au combat pales­tinien. Et je vous en remercie.

Je crois qu’il existe aussi 4 moyens de s’opposer à la construction du Mur, et la soli­darité inter­na­tionale doit y jouer un rôle :

-  Aider à déve­lopper le genre de pro­tes­ta­tions de masse, non vio­lentes, contre le Mur que l’on voit à Bil’in ou Um Salamona.
-  Demander sans relâche le déman­tè­lement du Mur et la fin de l’occupation.
-  Uti­liser les outils du droit inter­na­tional pour traîner Israël en justice, y compris la décision de la CIJ de 2004 qui a dit l’illégalité du Mur, et
-  Apporter du soutien aux zones et aux com­mu­nautés qui sont frappées par le Mur.

Vous entrez dans une nou­velle période en France, avec un nouveau pré­sident et un lobby pro israélien qui va s’efforcer de modifier la tra­dition fran­çaise d’un soutien fort au peuple pales­tinien. Le droit inter­na­tional, les enga­ge­ments passés et un mou­vement de soli­darité fort et actif sont des atouts impor­tants pour sur­monter les dif­fi­cultés à venir. Nous avons confiance en vous, nous comptons sur vous. Et nous espérons que le gou­ver­nement et le peuple français vont pro­mouvoir une poli­tique de paix et de justice en Palestine et en Israël.

Soyons unis, déter­minés et tra­vaillons ensemble, en France et en Palestine, pour une paix juste, pour la liberté de la Palestine, pour la dignité, la fra­ternité et l’égalité de tous les êtres humains.

Mustafa Barghouti