Merkel condamne les tirs de Qassams, mais ignore les actions menées par Israël.

Tom Segev, jeudi 20 mars 2008

Le ministre des Affaires étran­gères allemand, Frank-​​Walter Stein­meier a quitté Israël quelques heures avant le passage d’Angela Merkel sur la scène de la Knesset, mardi après-​​midi. Les Alle­mands ont méti­cu­leu­sement choisi l’entourage qui devait accom­pagner Merkel, ce qui lui a donné l’air impéria, comme si elle était une diri­geante entourée de sujets.

Certes, le nombre important de ministres intégrés à la délé­gation de Merkel avait quelque chose d’impérial. Les Alle­mands ont déjà eu des réunions conjointes avec d’autres gou­ver­ne­ments, comme ceux de la France ou de la Pologne. Mais aucun gou­ver­nement étranger n’a tenue une réunion à Jéru­salem depuis le mandat britannique.

Avant son arrivée, Merkel a fait l’effort de télé­phoner au pré­sident de l’Autorité Pales­ti­nienne, Mahmoud Abbas et à son premier ministre Salam Fayyad. Mais la réunion commune qu’elle a tenue avec le gou­ver­nement d’Olmert était une démons­tration sans équi­voque d’appui pour la poli­tique qu’il mène. Menacer l’existence d’Israël revient à menacer celle de l’Allemagne, a déclaré Merkel lors de sa visite. Même les poli­ti­ciens amé­ri­cains n’ont jamais fait une telle déclaration.

Pendant son dis­cours à la Knesset, Merkel a lon­guement parlé de l’Holocauste et de l’amitié de son pays pour Israël ; ces remarques cha­leu­reuses étaient cependant pré­vi­sibles. On dit souvent entre deux pays qu’il existe une relation spé­ciale. Aupa­ravant, une telle remarque concernait la question de l’Holocauste au sens large ; aujourd’hui il est question de toutes les dif­fé­rentes affi­nités que les deux pays par­tagent ce qui inclus des liens de sécurité, de culture et d’économie.

Per­sonne ne pourrait ima­giner ce que serait la scène cultu­relle israé­lienne sans les mil­lions investis par l’Allemagne.

Avishay Bra­verman (membre de la Knesset, tra­vailliste), ancien pré­sident de l’université Ben Gourion du Néguev a déclaré mardi que l’Allemagne avait aidé son ins­ti­tution plus que ne l’avait fait le gou­ver­nement israélien. Cependant, compte tenu de ces éléments, il est curieux de voir que les deux pays n’ont pas réussi à signer d’accord culturel lors du voyage de Merkel, mais pas en raison de pro­blèmes émotionnels. En fait, ce qui a empêché un tel accord était une raison plus banale : les Alle­mands ont demandé à ce que le Goethe Ins­titue béné­ficie d’une remise d’impôts, ce qu’Israël a refusé.

Qui­conque ignorait d’où Merkel faisait son dis­cours (Jéru­salem) n’aurait jamais su qu’il s’agissait d’une ville dans laquelle un tiers de ses rési­dents vivent sous occu­pation depuis plus de 40 ans, une ville divisée par un mur qui rap­pelle le Mur de Berlin. Merkel a parlé de la nécessité de « conces­sions dou­lou­reuses » pour les deux parties, au nom de la paix. Olmert a employé les mêmes termes.

A juste titre, elle a décrit les tirs de roquettes Qassam sur Sderot comme des crimes, mais n’a pas dit un seul mot en ce qui concerne les abus répétés en matière de droits de l’homme en Cis­jor­danie, le bom­bar­dement des zones rési­den­tielles à Gaza ni des colonies. Olmert a été surpris par les caméras lorsqu’il lui indi­quait que tous les tra­vailleurs qui construisent la maison devant sa rési­dence sont des Arabes. Et la chan­ce­lière a opiné avec intérêt, en conséquence.

Si Mekel avait été plus équi­librée, elle aurait aidé à ce que la vie en Israël et dans les Ter­ri­toires Occupés soit moins insup­por­table. Peut-​​être a t-​​elle fait une erreur. De toutes les manières, sont appui incon­di­tionnel à la poli­tique israé­lienne est le résultat de sa bio­graphie. Comme elle l’a indiqué mardi, elle vient d’Allemagne de l’est, région qui ignorait sa part dans les crimes nazis et qui agissait comme si seule l’Allemagne de l’Ouest était fautive.

Après la réuni­fi­cation de l’Allemagne, Merkel a découvert que la res­pon­sa­bilité morale et maté­rielle pour le génocide des Juifs était également par­tagée par tous les Alle­mands. La plupart des Alle­mands de l’ouest avaient grandi avec cette connais­sance. Un de ses proches a comparé sa position sur Israël à celle d’un converti qui découvre de nou­velles croyances. Mais de toutes les manières, la position de Merkel ne repré­sente pas celle du public allemand ni du public israélien.