Menace de crise humanitaire à Gaza

IRIN, vendredi 2 janvier 2009

A la suite d’une offensive de grande envergure lancée le 27 décembre par Israël contre le Hamas, le mou­vement isla­miste qui contrôle Gaza, la menace d’une situation huma­ni­taire cri­tique plane sur la bande, selon les res­pon­sables humanitaires.

Cette crise se pro­filait à Gaza avant même l’offensive israé­lienne : en effet, l’accès huma­ni­taire à Gaza est for­tement res­treint par Israël depuis le début du mois de novembre.

Les infra­struc­tures ont été détruites dans plu­sieurs zones, et les habi­tants de la bande sont désormais privés d’électricité et d’eau.

Le 28 décembre, Oxfam a déclaré avoir été forcé de sus­pendre tem­po­rai­rement la plupart de ses opé­ra­tions huma­ni­taires à Gaza en raison des bom­bar­de­ments, et un pro­gramme qui devait per­mettre de nourrir 25 000 per­sonnes a également été mis en attente.

Seuls les agences des Nations Unies et le Comité inter­na­tional de la Croix-​​Rouge (CICR) ont pu envoyer du per­sonnel à Gaza depuis le début du mois de novembre.

« Depuis le 3 novembre, Oxfam Grande-​​Bretagne s’est vu refuser les demandes d’entrée et de sortie de Gaza déposées au nom de 10 de ses employés », a indiqué Mohammed Abu-​​Gharbieh, admi­nis­trateur chez Oxfam.

A Gaza, le bilan des morts s’élève à plus de 300, mais le Hamas a annoncé que les tirs de roquette sur Israël se pour­sui­vraient. Un civil israélien a été tué le 27 décembre par un missile tiré par des mili­tants depuis Gaza, et un autre a trouvé la mort le 29 décembre.

Gaza, qui abrite 1,5 million de Pales­ti­niens, est une des régions les plus den­sément peu­plées du monde.

Pénurie de matériel médical

« Nos capa­cités sont limitées. Depuis août, nous n’avons pas reçu de médi­ca­ments basiques. Le CICR, qui livre géné­ra­lement 60 types de médi­ca­ments, n’a pas pu ache­miner ses car­gaisons depuis un mois », a déclaré Hamam Nasman, porte-​​parole du ministère de la Santé.

« Cent cinq médi­ca­ments et 230 équi­pe­ments de base, comme l’alcool, le coton, les aiguilles et les per­fu­sions, sont épuisés ».

Environ 50 pour cent des 200 ambu­lances de Gaza ne roulent plus en raison d’un manque de pièces de rechange, selon Mawia Has­sanin, directeur des ser­vices ambu­lan­ciers et des soins d’urgence au ministère de la Santé.

Les vic­times sont désormais trans­portées à l’hôpital en voiture par des par­ti­cu­liers, dans des char­rettes tirées par des ânes, ou encore à pied.

Frappes aériennes

« Une frappe aérienne a fait huit morts et 20 blessés parmi les élèves du Centre de for­mation pro­fes­sion­nelle de Gaza, situé dans la ville de Gaza », a déclaré Sami Mshasha, porte-​​parole de l’UNRWA [l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés pales­ti­niens]. « Deux ensei­gnants de l’UNRWA ont également été tués ».

De nom­breuses cibles ont été visées au cours de l’offensive israé­lienne, qui s’est pour­suivie le 29 décembre : parmi elles, la rési­dence pré­si­den­tielle, les sièges des ser­vices de sécurité et de la police, la prison cen­trale de la ville de Gaza et cinq mosquées.

Selon le bilan dressé par l’agence huma­ni­taire onu­sienne, « au moins 55 femmes et enfants de Gaza ont trouvé la mort au cours des frappes aériennes menées par Israël depuis samedi [27 décembre] », a déclaré M. Mshasha.

L’attaque fait suite à la décision, prise par le cabinet de sécurité du Premier ministre Ehoud Olmert, d’intensifier la riposte aux tirs de roquettes des mili­tants pales­ti­niens de Gaza contre les com­mu­nautés du sud d’Israël.

« L’UNRWA reconnaît que les pré­oc­cu­pa­tions de sécurité d’Israël sont légi­times. Tou­tefois, ses actions devraient être conformes au droit huma­ni­taire inter­na­tional et le pays ne devrait pas avoir recours à une force dis­pro­por­tionnée », a déclaré Karen AbuZayd, com­mis­saire général de l’UNRWA.

Les objectifs d’Israël

Israël a deux objectifs, selon Mark Regev, porte-​​parole du bureau du Premier ministre israélien : « Créer un nouvel envi­ron­nement de sécurité en Israël et pro­téger la popu­lation du sud ».

« Il est presque impos­sible de diriger ou de pla­nifier une telle opé­ration huma­ni­taire à grande échelle. Nous nour­rissons plus de 750 000 per­sonnes à Gaza. Le Pro­gramme ali­men­taire mondial (PAM) nourrit également plus de 200 000 habi­tants de Gaza. Nous accordons des sub­ven­tions finan­cières à 94 000 per­sonnes. Or, il est devenu quasi impos­sible de mener une opé­ration huma­ni­taire de cette envergure, vu la poli­tique d’importation en vigueur à Gaza, qui consiste à importer au compte-​​goutte et par inter­mit­tence », a déclaré Chris­topher Gunness, porte-​​parole de l’UNRWA à Jérusalem.

L’UNRWA a cessé de distribuer des vivres à Gaza le 18 décembre.