Menace d’expulsion massive des Palestiniens en Cisjordanie

Fares Chahine, mardi 13 avril 2010

Une per­sonne qui n’est pas ori­gi­naire de Cis­jor­danie serait assi­milée à une « infil­trpre terre…Le décret mili­taire autorise cette « puri­fi­cation ethnique »

Un ordre mili­taire israélien, qui entre en vigueur aujourd’hui, permet aux auto­rités israé­liennes d’expulser de la Cis­jor­danie occupée, y compris la ville sainte d’El Qods, des dizaines de mil­liers de Pales­ti­niens. Il suffit qu’une per­sonne soit née dans la bande de Ghaza, ou même que l’un de ses parents soit ori­gi­naire de l’enclave pales­ti­nienne, ou qu’elle ait séjourné à l’extérieur de la Cis­jor­danie occupée ou de la ville sainte d’El Qods, pour être assi­milée à un « infiltré ». La per­sonne ainsi arrêtée devient pas­sible d’une peine pouvant aller jusqu’à 7 ans de prison assortie d’une amende de près de 1500 euros.

Les épouses étran­gères de Pales­ti­niens seront désormais consi­dérées comme infil­trées et seront expulsées, ce qui met en péril la sta­bilité de mil­liers de foyers. En général, les tri­bunaux civils israé­liens empê­chaient des expul­sions de Cis­jor­danie visant ces per­sonnes. Mais le décret prévoit que ces dos­siers seront désormais soumis à la juri­diction de tri­bunaux mili­taires : en l’espace de trois jours après leur arres­tation, les per­sonnes visées seraient alors jugées en tant « qu’infiltrées », sus­cep­tibles d’être expulsées vers le pays ou la région d’où elles sont venues « illé­ga­lement ». Un porte-​​parole de l’armée israé­lienne a confirmé ces nou­velles mesures qui, selon lui, ne touchent pas les Israé­liens. Les Pales­ti­niens de la ville sainte d’El Qods doivent désormais obtenir des per­mis­sions spé­ciales pour se rendre dans leurs terres situées dans les régions de Zaaim et de Ais­saouiya consi­dérées comme faisant partie des terres relevant du projet de colo­ni­sation E1, s’ils ne veulent pas faire de la prison ou payer des amendes. Familles séparées

Les Pales­ti­niens vivant près du mur de sépa­ration raciste courent le même risque s’ils se rendent dans leurs terres situées de l’autre côté du mur. Ceci met en danger ces terres, car comme on peut l’imaginer, les per­mis­sions spé­ciales ne seront pas faci­lement déli­vrées, ce qui per­mettra aux Israé­liens de les usurper plus faci­lement qu’avant. Saeb Erekat, le négo­ciateur pales­tinien en chef, considère cet ordre mili­taire israélien comme faisant partie des déci­sions israé­liennes de puri­fi­cation eth­niques pra­ti­quées par le gou­ver­nement israélien, et qui mine les pour­parlers, les négo­cia­tions et les accords. « Nous avons contacté l’Administration amé­ri­caine ainsi que les pays euro­péens, nous les avons mis au courant de la gravité de la situation et la sub­stance de la pré­sente décision exige leur inter­vention immé­diate » a affirmé M. Erekat, sou­li­gnant que de telles déci­sions conduisent à « davantage de vio­lence, au chaos, à l’extrémisme et à plus d’effusion de sang ».

Nabil Abou Rou­deina, porte-​​parole de la Pré­si­dence, a déclaré que la dépor­tation des Pales­ti­niens de la Cis­jor­danie est inac­cep­table et contraire aux accords signés. « Les Pales­ti­niens ont le droit de résider en tout lieu du ter­ri­toire pales­tinien occupé », a-​​t-​​il déclaré. Quant à Nabil Shaath, membre du comité central du mou­vement Fatah, il a considéré l’ordre mili­taire israélien comme une puri­fi­cation raciale contraire au droit inter­na­tional et aux Conven­tions de Genève. Il a estimé la décision incom­pa­tible avec les Accords d’Oslo et des enga­ge­ments inter­na­tionaux visant à établir un Etat pales­tinien indé­pendant aux côtés d’Israël, et contraire à toutes les valeurs humaines de liberté, de démo­cratie et de coexis­tence paci­fique entre les peuples.