Mélodrame européen à Jérusalem-​​Est et Bruxelles

Claude Angeli, vendredi 18 décembre 2009

La Suède, qui préside l’Union euro­péenne, et s’est permis de fus­tiger la poli­tique de Neta­nyahou, a failli com­pro­mettre les bonnes rela­tions qu’entretient avec Israël cette "asso­ciation" de 27 Etats. Mais tout est bien qui finit mal, les Israé­liens ont hurlé, les Euro­péens baissé pavillon et le mélo­drame a tourné court.

C’est à Jéru­salem que s’est déroulé le premier acte.Les consultats pré­sents dans la ville ont mis en commun leurs expé­riences et rédigé un rapport confi­dentiel de 17 pages (en 55 ppoints). L’ensemble constitue une cri­tique inha­bi­tuelle et fort vio­lente de la colo­ni­sation israé­lienne des quar­tiers de Jérusalem-​​Est, qui - le document en réaf­firme le principe - doit devenir la capitale du futur Etat palestinien.

Signe des temps, cer­tains pas­sages de ce document sont for­mulés en termes peu diplo­ma­tiques. Exemples : "Poli­tique israé­lienne du fait accompli (…), démo­lition de maisons (…), encer­clement des ins­ti­tu­tions pales­ti­niennes, [volonté de] couper la partie est de la ville du reste de la Cis­jor­danie (…), annexion illégale de Jérusalem-​​Est."

Raid sur Paris

Voilà qui aurait déjà suffi à pro­voquer la fureur des Israé­liens, mais ils ont dû lire 17 pages de texte serré sur leur "conquête" de cette ville arabe. Et, pour accroître leur irri­tation, comme on dit poliment au Quai dOrsay, "Le Figaro" du 4 décembre en a rajouté sur "la poli­tique d’expansion israé­lienne", avant de conclure : "Encore quelques années, et l’Etat pales­tinien ne pourra plus faire de Jérusalem-​​Est sa capitale."

Deuxième acte du mélo­drame : le 7 décembre, les 27 ministres des Affaires étran­gères devaient exa­miner, à Bruxelles, un projet de réso­lution préparé par la pré­si­dence sué­doise de l’Union. Avec Jérusalem-​​Est et les colo­ni­sa­tions israé­liennes tou­jours au menu.

Pendant une dizaine de jours, le télé­phone avait beaucoup "chauffé" entre les capi­tales euro­péennes. Les Alle­mands, par exemple, ont fait savoir qu’ils refu­saient toute démarche plus ou moins "hostile" à l’égard d’Israël. Et, le 3 décembre, le chef de l’opposition israé­lienne, Tzipi Livni, s’est rendue à l’Elysée pour signifier à Sarkozy tout le mal qu’elle pensait de la réso­lution sué­doise. Peu après, elle chantera vic­toire : le pré­sident français est, comme plu­sieurs de ses homo­logues euro­péens, très com­pré­hensif à l’égard d’Israël.

Dernier acte à Bruxelles.

Les ministres tchèques et néer­landais sonnent la charge contre l’initiative sué­doise. Bernard Kouchner, lui, la qua­lifie de "dan­ge­reuse et dés­équi­librée alors qu’Israël vient de faire une concession majeure en décrétant un gel pro­vi­soire de la colo­ni­sation". Faux, en ce qui concerne Jérusalem-​​Est, et dis­cu­table pour la Cis­jor­danie, comme le confirment les infor­ma­tions déjà reçues au Quai dOrsay. Puis le ministre français d’ajouter, pour faire bon poids et bonne mesure : "Il faut enou­rager et non péna­liser Israël dans un moment où l’Union euro­péenne doit favo­riser une reprise (sic) du pro­cessus de paix."

Très vite, la messe est dite, les cri­tiques à l’égard d’Israël seront gommées, et un com­promis tout trouvé : Jéru­salem doit être, selon les ministres réunis en conclave, la capitale de deux Etats. Mais pas question de s’appesantir sur ce qu’il restera bientôt d’une Jérusalem-​​Est colo­nisée au bull­dozer.  [1]

[1] voir aussi :

Palestiniens interdits au Quai

La remise du Prix des Droits de l’homme de la Répu­blique fran­çaise à un réseau d’ONG pales­ti­niennes, le PNGO, devait se passer au Quai d’Orsay, le 10 décembre. Le carton d’invitation en fait foi. Mais c’est fina­lement dans les locaux de Sciences-​​​​Po que s’est déroulée cette céré­monie. Motif : le Crif et la Licra, qui pré­tendent parler au nom de la com­mu­nauté juive, avaient pro­testé contre le choix d’un palais national pour accueillir les repré­sen­tants des ONG pales­ti­niennes. Et Bernard Kouchner s’est exécuté.

Le pré­sident de la Com­mission consul­tative des droits de l’homme a désavoué ce recul du ministre des Affaires étran­gères, qui, de plus, s’est permis, dans son dis­cours, de faire la morale aux Pales­ti­niens du PNGO. Cou­pables, à ses yeux, de prôner un boycott des pro­duits israé­liens en réponse à la colo­ni­sation per­ma­nente des ter­ri­toires pales­ti­niens. "Vous devez dia­loguer pour construire la paix au Proche-​​​​Orient" leur a lancé Kouchner qui, ce jour-​​​​là, n’était même pas maître chez lui.