McCain, le favori d’Israël

Patrick Saint-​​Paul, jeudi 20 mars 2008

Israël tient déjà son favori dans la course à la Maison-​​Blanche : John McCain. Les ténors poli­tiques israé­liens jouaient des coudes mardi pour béné­ficier de quelques ins­tants pri­vi­légiés auprès du sénateur de l’Arizona, venu pour une visite en Israël. Ils espèrent bien qu’en janvier 2009, McCain rem­placera George Bush, considéré par Israël comme le meilleur ami qu’il ait jamais eu à la Maison-​​Blanche. Le can­didat n’a pas déçu leurs attentes en recon­naissant mardi Jéru­salem comme capitale de l’État d’Israël.

Vue de Tel-​​Aviv, dont la poli­tique dépend si étroi­tement des déci­sions de Washington, l’élection amé­ri­caine est tou­jours perçue à travers le même prisme : le pro­chain pré­sident sera-​​t-​​il bon pour l’État hébreu ? Et Israël en est per­suadé : hormis quelques inflexions mineures, McCain, sur le dossier israélo-​​palestinien, devrait s’inscrire dans la conti­nuité de Bush. Le passé de McCain au Vietnam lui confère une aura par­ti­cu­lière dans un pays ayant un goût pro­noncé pour l’étoffe des héros mili­taires. Son franc-​​parler et son anti­con­for­misme séduisent aussi. Les médias sou­lignent que McCain est un fidèle ami d’Israël, qui est venu régu­liè­rement depuis sa pre­mière visite en 1979. En 2006, il s’était décrit lui-​​même comme « pro-​​américain et pro-​​israélien ».

Le can­didat répu­blicain mani­feste dans chacun de ses propos, qu’il est sur la même lon­gueur d’onde avec Israël. En 2006, après la for­mation du gou­ver­nement dirigé par le Hamas dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens, il avait décrit celui-​​ci comme un « syn­dicat ter­ro­riste ». McCain réclame le désar­mement du Hez­bollah et affirme qu’il n’est « pas dans la poche de l’Arabie saoudite », faisant allusion à la proximité de la famille Bush avec la monarchie pétro­lière. Son soutien au maintien des troupes amé­ri­caines en Irak est aussi perçu comme le gage d’une cer­taine conti­nuité dans la poli­tique de l’« axe du Mal ».

Relation cruciale

Sur le dossier iranien, McCain fait encore mieux. Non seulement il est par­tisan de la plus grande fermeté pour empêcher le déve­lop­pement d’une capacité nucléaire ira­nienne, mais il reconnaît aussi à Israël, qui pra­tique une poli­tique « d’ambiguïté » sur son pro­gramme nucléaire, un « statut spécial » dans la lutte contre la pro­li­fé­ration au Moyen-​​Orient. « Les mesures de contrôle de la pro­li­fé­ration doivent tenir compte de l’isolement stra­té­gique d’Israël et du fait qu’Israël existe dans une région, où il ne pourra plei­nement se sou­mettre à un régime de contrôle de la pro­li­fé­ration seulement lorsqu’il sera clair que tous les autres régimes du Moyen-​​Orient s’y sou­mettent et que la survie d’Israël ne dépend plus de cette dis­suasion », a dit McCain.

Tra­di­tion­nel­lement, aucun res­pon­sable poli­tique israélien ne prend position pour un can­didat à la Maison-​​Blanche. McCain n’échappera pas à la règle. Néan­moins, le quo­tidien popu­laire ­Maariv a récemment cité des sources gou­ver­ne­men­tales jugeant que Barack Obama ne serait pas un bon pré­sident pour Israël.

L’ancien ambas­sadeur israélien à Washington, Danny Ayalon, passé dans le privé est sorti de sa réserve : « Nous devons consi­dérer la can­di­dature d’Obama avec une cer­taine inquiétude », a-​​t-​​il jugé. Offi­ciel­lement, il lui est reproché de vouloir parler à tous les diri­geants, y compris le pré­sident iranien. Israël redoute aussi qu’il ne fasse pression sur lui, pour avancer le pro­cessus de paix. Bien qu’élue de New York, où la com­mu­nauté juive possède un impact très fort, Hillary Clinton suscite elle aussi des réti­cences en raison de la forte impli­cation de Bill Clinton dans le pro­cessus de paix pendant sa pré­si­dence. Pour Israël, les para­mètres de sortie du conflit, qu’il avait rédigés, ne sont plus d’actualité.