McCain, Obama et le Moyen-​​Orient

Abdel-​​Azim Hammad, vendredi 13 juin 2008

Il faut s’attendre à des chan­ge­ments radicaux dans la poli­tique étrangère amé­ri­caine en ce qui concerne le Proche-​​Orient. Que le nouveau loca­taire de la Maison Blanche soit le démo­crate Barack Obama ou le Répu­blicain John McCain, il est sûr que les chan­ge­ments seront dif­fé­rents dans les deux cas.

Lors des der­nières élec­tions pré­si­den­tielles aux Etats-​​Unis, même les obser­va­teurs les plus pes­si­mistes ne s’attendaient pas aux chan­ge­ments entrepris par le pré­sident Bush et son Admi­nis­tration en ce qui concerne la poli­tique étrangère du pays. Pendant la cam­pagne élec­torale pour les pré­cé­dentes élec­tions pré­si­den­tielles, le général Brent Sco­croft, conseiller à la sécurité nationale de Bush-​​père et pré­sident du groupe des conseillers de Bush-​​fils pour les affaires étran­gères pendant la cam­pagne, avait déclaré qu’au cas où Bush rem­por­terait les élec­tions, il ne s’attendait pas à des chan­ge­ments radicaux ni en Iraq, ni en Palestine. Ajoutant qu’il est pos­sible que la nou­velle Admi­nis­tration réagisse mieux face aux récla­ma­tions natio­nales pales­ti­niennes. Or, ce qui s’est passé est que la nou­velle Admi­nis­tration a changé sa poli­tique envers l’Iraq de façon catas­tro­phique, elle a tota­lement négligé la cause pales­ti­nienne, ne pré­sentant à la question de la paix israélo-​​palestinienne que la vision israé­lienne comme base pour par­venir au règlement.

Cependant, l’invasion de l’Iraq a changé les équi­libres de force au Proche-​​Orient et dans le Golfe arabe au profit de l’Iran qui a transféré son pouvoir de l’Iraq au Liban et à Gaza en Palestine. Les projets élaborés par l’Administration de Bush pour la région ont presque tous échoué. Et voilà que cette Admi­nis­tration est sur le point de quitter la scène, laissant le Proche-​​Orient dans une guerre froide avec l’Iran et ses partisans.

Avec cet arrière-​​plan, il faut s’attendre à des chan­ge­ments radicaux dans la poli­tique étrangère amé­ri­caine en ce qui concerne le Proche-​​Orient. Que le nouveau loca­taire de la Maison Blanche soit le démo­crate Barack Obama ou le Répu­blicain John McCain, il est sûr que les chan­ge­ments seront dif­fé­rents dans les deux cas.

Com­mençons par le cas d’Obama puisque ses pro­messes sont plus claires et vont dans 3 direc­tions. Il a promis de retirer les forces amé­ri­caines de l’Iraq et d’appeler à un dia­logue avec l’Iran. Le plus important est qu’il a fer­mement assuré que le règlement de la cause pales­ti­nienne réa­lisera un intérêt national amé­ricain et consti­tuera une garantie pour la sécurité d’Israël. Ce qui implique son enga­gement en tant que pré­sident amé­ricain à défendre la sécurité d’Israël en tant qu’Etat hébreu. La position d’Obama envers l’invasion amé­ri­caine de l’Iraq n’a pas besoin de beaucoup d’explication puisqu’il a maintes fois répété que cet acte était depuis le début une erreur. Et pour ce qui est de l’Iran, sa position est claire. Même s’il refuse son armement nucléaire, il refuse aussi ce que les Amé­ri­cains et les Israé­liens appellent « une menace ira­nienne à l’existence d’Israël ». Il a alors exprimé sa volonté de dia­loguer avec les Ira­niens, chose évidement néces­saire parce qu’il sera un pré­sident amé­ricain voulant sortir du bourbier iraqien avec un minimum de pertes. Obama est donc quelqu’un dont les avis sont très orga­nisés puisque depuis le premier jour de sa cam­pagne élec­torale, il a promis de retirer les forces amé­ri­caines de l’Iraq.

Pour ce qui est de la cause pales­ti­nienne et sans toucher à la sécurité d’Israël, Obama semble être le can­didat amé­ricain qui appar­tient le plus au courant qui est en train de grandir chez l’élite amé­ri­caine, y compris les juifs amé­ri­cains. Ce courant appelle à la nécessité de sauver Israël de lui-​​même ou des groupes extré­mistes qui refusent ce qu’ils appellent « les conces­sions dou­lou­reuses » pour réa­liser une paix globale avec les voisins et en premier lieu avec les Pales­ti­niens. Il est aussi prévu qu’Obama s’engage dans un dia­logue avec la Syrie et procure le soutien néces­saire pour les négo­cia­tions de paix syro-​​israéliennes actuel­lement en cours avec une médiation turque.

Barack appar­tient à ce qu’on appelle le libé­ra­lisme inter­na­tional qui refuse caté­go­ri­quement les illu­sions impé­ria­listes. Ce courant est conscient que les limites de la force amé­ri­caine et les cir­cons­tances de l’époque per­mettent aux Etats-​​Unis d’être la force la plus influente dans le monde. Mais non de dicter au monde des ordres impé­riaux par le biais de la force mili­taire. Donc, la meilleure poli­tique capable de réa­liser les intérêts amé­ri­cains avec en tête la sécurité nationale et en même temps capable de réa­liser la sta­bilité et la paix inter­na­tio­nales est l’action commune dans le cadre de la légi­timité inter­na­tionale. Mais la question sera tota­lement dif­fé­rente si le can­didat répu­blicain McCain rem­porte les élections.

Cet homme appar­tient à la géné­ration de la guerre froide. Il a fait la guerre du Vietnam et appar­tient à l’aile rigo­riste dans la poli­tique étrangère à l’intérieur du Parti répu­blicain, bien que sur cer­taines ques­tions, il ait ten­dance à parler d’une voix libérale. Rap­pelons que McCain est parmi les adeptes de l’invasion de l’Iraq puisqu’il a écrit et pré­senté au Congrès, en coopé­ration avec le sénateur Joseph Liberman, le projet de loi sur la libé­ration de l’Iraq à la fin du mandat de Bill Clinton. Il est clair que McCain est prêt à rester sur le champ de guerre en Iraq pour cent ans encore pour gagner la guerre « contre le ter­ro­risme » comme il l’appelle. Bien qu’il ait beaucoup atténué ce ton au cours des der­niers mois, ceci revient à des motifs purement relatifs aux élec­tions, et dès qu’il les rem­portera, il reviendra à son rigo­risme. Et ce rigo­risme peut mener à une escalade dan­ge­reuse sans limites en Iraq. McCain ne veut pas que les Amé­ri­cains souffrent du com­plexe de l’Iraq comme ils ont souffert de celui du Vietnam et reproche à Bush de ne pas recourir suf­fi­samment à la force pour rem­porter la guerre en Iraq.

Dans un autre contexte, McCain tentera de reprendre le projet dans lequel Bush a échoué : la démo­cratie dans le Grand Proche-​​Orient comme meilleur moyen de lutter contre le terrorisme.

Pour les deux can­didats, il est sûr que les chan­ge­ments demeu­reront dans le cadre des visions et des opi­nions de son camp quant à la poli­tique amé­ri­caine dans le monde. Dans le cas de McCain, il est question de diviser le monde en pays démo­crates et non-​​démocrates. La concession que McCain avait pré­sentée au cours de sa cam­pagne pour devenir le can­didat du Parti répu­blicain, alors qu’on lui réclamait de renoncer à la ten­dance mili­taire, est d’appeler à la création d’une nou­velle orga­ni­sation inter­na­tionale pour les Etats démo­crates sous une direction amé­ri­caine. Et ce pour prendre des déci­sions et imposer des poli­tiques aux pays non-​​démocrates qui, selon la propre clas­si­fi­cation de McCain, sont : la Chine, la Russie et la majorité des Etats arabes et isla­miques. Bref, nous pouvons dire que les Etats-​​Unis et le monde entier sont face à deux éven­tua­lités : un monde basé sur la coopé­ration et la conci­liation avec Obama ou bien un monde basé sur le conflit et la division avec McCain.