Mani­fes­ta­tions à Ramallah contre la reprise des pour­parlers israélo-​​palestiniens à Washington

Karim Lebhour, samedi 4 septembre 2010

De nom­breux Pales­ti­niens ont mani­festé à Ramallah, le 1er sep­tembre, contre la reprise des négo­cia­tions pour la paix.

Les pour­parlers de paix entre Israé­liens et Pales­ti­niens reprennent le 2 sep­tembre à Washington sous l’égide de Barack Obama. Ben­jamin Neta­nyahu et Mahmoud Abbas sont arrivés aux Etats-​​Unis, alors que quelques cen­taines de per­sonnes ont mani­festé mer­credi matin 1er sep­tembre, à Ramallah contre cette reprise des négo­cia­tions. Ils par­ti­cipent à des cou­rants de pensée qui com­mencent par gagner du terrain.

Les mani­fes­tants répon­daient surtout à l’appel des partis de gauche et des milieux asso­ciatifs. Quelques cen­taines de per­sonnes, ce n’est pas un ras­sem­blement massif, mais le sen­timent anti-​​négociations est très lar­gement partagé dans l’opinion pales­ti­nienne, beaucoup plus que ces quelques cen­taines de per­sonnes qui se sont ras­sem­blées sur la place cen­trale de Ramallah.

Il est très dif­ficile de trouver des pro-​​négociations dans les ter­ri­toires pales­ti­niens en dehors des diri­geants des auto­rités pales­ti­niennes. Et l’idée prin­cipale est que les négo­cia­tions sont une perte de temps et qu’elles servent d’abord à Israël à gagner du temps pendant que la situation sur le terrain se dégrade et que les colonies se déve­loppent. Pour cela les mani­fes­tants demandent aux auto­rités pales­ti­niennes d’arrêter de négocier. C’est une position qui gagne aussi en puis­sance au sein même du Fatah et l’un des mani­fes­tants portait une pan­carte par exemple avec la défi­nition de l’idiotie qui était selon lui, de refaire sans cesse la même erreur en espérant à chaque fois que le résultat sera différent.

Tous ceux qui s’opposent à ces négo­cia­tions affirment que les Pales­ti­niens ont accepté d’aller à Washington dans de très mau­vaises condi­tions, sans avoir obtenu le gel des colonies, sans même avoir obtenu une décla­ration ou un arran­gement clair du Quartet sur cette question. Très pes­si­mistes, ils pré­voient qu’au mieux ces négo­cia­tions seront inutiles, et au pire, les Pales­ti­niens pour­raient être poussés à un accord qui sera inac­cep­table par une large partie de la population. [1] ]]

Alors quelle alternative ?

Le reproche qui est fait à l’Autorité pales­ti­nienne, c’est de miser seulement sur ces négo­cia­tions et depuis bien trop long­temps. Les mani­fes­tants sou­haitent, que les Pales­ti­niens réflé­chissent à d’autres moyens pour mettre fin à l’occupation, par exemple, « la résis­tance popu­laire », c’est-à-dire les cam­pagnes de boycott, de dés­in­ves­tis­sement et de sanc­tions contre Israël. On parle beaucoup également d’actions en justice contre les entre­prises ou les com­pa­gnies inter­na­tio­nales qui pren­draient part à la construction des colonies en Cis­jor­danie. C’est un mou­vement qui monte au sein de l’opinion palestinienne.

Par ailleurs, un autre mou­vement qui gagne du terrain, est celui de « l’Etat unique ». Un groupe de Pales­ti­niens a lancé une cam­pagne en Cis­jor­danie ces der­nières semaines pour demander l’intégration des Pales­ti­niens et des Israé­liens dans un seul Etat, avec les mêmes droits civiques. Et c’est un courant d’opinion qui com­mence à sortir des marges dans les­quelles il était encore il y a quelques années.

[1] voir les réac­tions de la presse régionale :

La presse reste mesurée après la ren­contre Abbas-​​​​Netanyahou

Plu­sieurs sons de cloche ce matin dans les médias du Proche-​​​​Orient. De l’optimisme feutré au pes­si­misme forcené, petit tour d’horizon de la presse régionale.

En tant que prin­cipal pro­ta­go­niste, la presse israé­lienne veut croire aux pour­parlers directs mais émet encore quelques réserves. Pour le quo­tidien à grand tirage Yediot Aha­ronot, c’est « un premier pas » signi­fi­catif. Si le ton modéré de Ben­jamin Neta­nyahou a plu, Nahum Barnea, édito­ria­liste vedette du journal , ne donne pas dans l’optimisme aveugle : « Il est pos­sible que tout cela ne soit que du théâtre, que Neta­nyahou cherche avant tout à com­plaire à l’administration amé­ri­caine, et que ses propos ne visent qu’à faire porter sur le camp adverse (pales­tinien) la res­pon­sa­bilité d’un échec » écrit-​​​​il en une. Le journal Maariv se penche lui sur la maturité du Premier ministre israélien, « Neta­nyahou est-​​​​il sérieux ? Est-​​​​il assez mûr pour un accord de paix his­to­rique ? ». La suite de l’article suppose que l’espoir est permis, décon­certé par les propos du Premier ministre. À gauche, l’optimisme est aussi de rigueur. « Neta­nyahu a surpris en qua­li­fiant Abbas de" par­te­naire pour par­venir à la paix" », reconnaît l’influent quotidien Haaretz.

Les médias jor­danien sont plus nuancés. Si « l’opportunité de paix que les peuples de la région sou­haitent existe », le quo­tidien Al-​​​​Raï, proche du gou­ver­nement, pose les bases de la négo­ciation. Il faudra « traiter ces négo­cia­tions avec bonne volonté, sin­cérité et courage loin du langage de la force et de l’arrogance ». Jusqu’à présent, l’histoire nous a plutôt montré l’inverse. Le Jordan Times, seul quo­tidien en langue anglaise, ne cherche pas à mini­miser l’ampleur du travail qui attend les deux parties. « La tache est ardue » parce que les « deux peuples ont perdu confiance dans les négo­cia­tions », c’est pourquoi « toutes les parties(…) [devront] sou­tenir ces négociations ».

Un point de vue dif­férent ressort des médias du Golfe. Malgré un dis­cours encore salué pour sa modé­ration, les propos de Premier ministre israélien n’ont pas convaincu. « Les espoirs ne semblent pas de mise lorsqu’on connaît les posi­tions Ben­jamin Neta­nyahou (…) et l’entêtement des extré­mistes au sein de son gou­ver­nement » analyse le quo­tidien émirati Al-​​​​Bayan. Le journal saoudien Al-​​​​Watan rejoint son confrère sur l’utilité réelle de ces pour­parlers pour l’administration amé­ri­caine, et voit dans cette ren­contre une manœuvre poli­tique, « Obama cherche par ces négo­cia­tions directes à rem­porter une vic­toire média­tique interne en pré­vision des élec­tions du Congrès ». Pour­suivant sur sa lancée, le quo­tidien annonce une série de condi­tions indis­pen­sables à la réussite du pro­cessus de paix israélo-​​​​palestinien : « un gou­ver­nement israélien modéré imbu d’une volonté réelle de paix, une direction pales­ti­nienne forte et unifiée (…) et une admi­nis­tration amé­ri­caine prête à exercer des pres­sions sur Israël ». Pour le jour­na­liste la conclusion ne fait aucun doute, « il [faudra] attendre encore long­temps avant que ce soit le cas ».

Du côté pales­tinien, on reste sus­pi­cieux. Sur le site The Pales­tinian Infor­mation Center, le Dr. Mahmoud Al-​​​​Zahhar, proche du Hamas, déclare que « les pour­parlers directs servent de cou­verture pour tous les crimes commis par Israël ». Un officiel du Hamas poursuit « Mahmoud Abbas n’est pas repré­sen­tatif de toute la popu­lation pales­ti­nienne », ce qui sape son lea­dership. Pour le Palestine Times, ces négo­cia­tions ont « humilié et réduit à néant l’autorité du Fatah ». Le site internet considère les trac­ta­tions comme une capi­tu­lation face à Israël, puisque la condition du gel total des colonies n’a pas été res­pectée. A contre-​​​​courant de ses confrères, le site pales­tinien Wafa demande solen­nel­lement au pré­sident de l’Autorité Pales­ti­nienne de « ne pas laisser (les extré­mistes) gagner » et de conclure, « Amenez-​​​​nous la paix ! »

Mat­thieu Alexandre, publié par l’Humanité http://​www​.humanite​.fr/​03​_​09​_​2010-l…