Manière de voir  — Histoires d’Israël

Numéro coordonné par Dominique Vidal, lundi 17 mars 2008

I. Aux origines de l’Etat

Israël fêtera le 14 mai 2008 son soixan­tième anni­ver­saire. Mais ces six décennies pro­longent les cinq précédentes.

Né avec le premier Congrès sio­niste mondial en 1897, le projet sio­niste se donnait pour atout prin­cipal l’immigration massive des Juifs d’Europe cen­trale et orientale vers la Terre sainte. Long­temps limitée, l’alya a vu grossir ses rangs avec la montée du nazisme, et fina­lement l’accession d’Adolf Hitler au pouvoir.

A la veille de la seconde guerre mon­diale, la com­mu­nauté juive a construit un quasi-​​Etat en Palestine : elle ne possède que 6 % des terres, mais repré­sente un petit tiers de sa popu­lation et fournit une bonne partie de sa pro­duction agricole et indus­trielle. Elle dispose aussi d’une armée clan­destine qui a fait ses preuves en aidant les Bri­tan­niques à écraser la grande révolte arabe.

Le génocide nazi change radi­ca­lement la situation. Le mou­vement sio­niste y trouve la preuve de la nécessité d’un Etat juif et en convainc la com­mu­nauté inter­na­tionale. D’autant qu’il faut trouver une des­ti­nation pour les cen­taines de mil­liers de sur­vi­vants qui végètent dans les camps de « per­sonnes déplacées ».

Hélas, le plan de partage adopté par l’Assemblée générale des Nations unies, le 29 novembre 1947, ne sera pas mis en œuvre. De la guerre civile judéo-​​palestinienne puis du premier conflit israélo-​​arabe surgira un tout autre paysage : l’Etat juif a aug­menté d’un tiers le ter­ri­toire qui lui était alloué et en a expulsé les quatre cin­quièmes des habi­tants arabes. Quant à l’Etat pales­tinien, mort-​​né, la Jor­danie et l’Egypte s’en sont réparti les dépouilles…

Ainsi ont été créées les conditions d’un interminable conflit.

- De Theodor Herzl à la naissance d’Israël Henry Laurens

- L’expulsion des Palestiniens revisitée D. V.

- Le judaïsme de mon enfance Avraham Burg

- Au nom de la Shoah Idith Zertal

- En 1961, le tournant du procès Eichmann Tom Segev

- Réponse aux intellectuels arabes fascinés par Roger Garaudy Edward W. Said

II. Soixante ans de conflits

Au cours de l’été 2006, Israël s’est lancé dans une guerre — la sixième de son his­toire — contre le Liban. Mais un mois d’opérations aériennes et ter­restres ne lui a pas permis de vaincre le Hez­bollah. Cet échec constitue un tournant : jusque-​​là, l’armée israé­lienne était tou­jours sortie vic­to­rieuse des conflits.

En 1948, après une brève période incer­taine, elle était venue faci­lement à bout de l’intervention des armées arabes, déclenchée au len­demain de la décla­ration d’indépendance d’Israël. Elle avait même pour­suivi sans mal l’expulsion du gros des Pales­ti­niens, comme le montrent les « nou­veaux historiens ».

En 1956 aussi, la percée des troupes israé­liennes, paral­lè­lement à l’intervention franco-​​britannique, sera ful­gu­rante. Mais les pres­sions sovié­tiques et amé­ri­caines contrain­dront Israël à se retirer du Sinaï.

Nou­velle guerre-​​éclair en 1967 : en six jours, Israël s’empare du reste de la Palestine, ainsi que du Sinaï et du Golan. Au lieu d’échanger les ter­ri­toires occupés contre la paix, il en entre­prend la colonisation.

1973 marque la plus grande sur­prise de cette his­toire : une semaine durant, les blindés égyp­tiens et syriens bous­culent l’état-major israélien, avant que celui-​​ci ne lance une contre-​​offensive victorieuse.

L’invasion du Liban, en 1982, débouche sur un conflit long et meur­trier. Si bien qu’Israël finit par se retirer, par­tiel­lement en 1985, et tota­lement en 2000.

Entre deux Inti­fadas, les accords d’Oslo consti­tuent la seule ten­tative d’échapper à cette spirale guer­rière. L’assassinat d’Itzhak Rabin, le 4 novembre 1995, leur portera un coup fatal…

- Opération Mousquetaire Eric Rouleau

- Le problème des réfugiés de Palestine Micheline Paunet

- Le désastre des colonies israé­liennes dans les ter­ri­toires occupés Amnon Kapeliouk

- Vœux pieux, froide réalité Claude Julien

- Convergences libanaises Samir Kassir

- La dérive israélienne A. K.

- Ecrire l’histoire à l’encre verte Shimon Pérès

- Paix durable ou paix piégée ? Alain Gresh

- « Politicide » Baruch Kimmerling

III. Une société bousculée

Si le conflit avec la Palestine et le reste du monde arabe repré­sente un facteur déter­minant de l’évolution de la société israé­lienne, celle-​​ci est aussi mue par des contra­dic­tions qui lui sont propres, enra­cinées dans son passé et déclinées au présent.

Le plus évident des cli­vages oppose Juifs et Arabes. Béné­fi­ciaires, comme les pre­miers, du droit de vote, les seconds n’en subissent pas moins des dis­cri­mi­na­tions de tous ordres. D’où la crise d’identité de ce cin­quième de citoyens pris en étau entre loyauté à l’égard d’Israël et soli­darité avec ses frères palestiniens.

Autre fossé : entre laïques et reli­gieux. Les Pères fon­da­teurs de l’Etat tenaient assez au soutien des partis reli­gieux pour renoncer à le doter d’une Consti­tution. Si bien que ces for­ma­tions ont pu y accroître sans cesse leur emprise.

D’autres affron­te­ments opposent les vagues d’immigration suc­ces­sives, et en premier lieu Juifs orientaux (miz­rahim) et Juifs occi­dentaux (ash­ké­nazes). « Importés » en masse pour fournir au jeune Etat main-d’œuvre et soldats, les immi­grants des pays arabes se consi­dèrent comme des vic­times du long règne tra­vailliste. C’est pourquoi ils contri­buèrent, en 1977, à la vic­toire de la droite natio­na­liste, qu’ils conti­nuent de sou­tenir en masse.

A ces carac­té­ris­tiques, la mon­dia­li­sation a — plus qu’ailleurs, compte tenu du poids des dépenses mili­taires — ajouté son empreinte. L’offensive contre le secteur « socia­liste », les ser­vices publics et l’aide sociale a plongé dans la pau­vreté, voire la misère, des couches entières de la société, en premier lieu arabes, orien­tales et ultra­re­li­gieuses. De la nor­ma­li­sation espérée, Israël connaît surtout les aspects les plus négatifs…

- Kaléidoscope pacifiste Jean Lacouture

- Sionisme et judaïsme inconciliables ? Boas Evron

- Une nation d’immigrations A. K.

- Révolution laïque pour le sionisme Zeev Sternhell

- L’enjeu séfarade Marius Schattner

- Regain d’idéal au kibboutz Gan Shmuel D. V.

- Rêves de « transfert » Amira Hass

- Le traumatisme persistant des Arabes israéliens Joseph Algazy

- Un nouveau « Far East », la Cisjordanie Gadi Algazi

- Le high-​​tech change la donne D. V.

Iconographie

Ce numéro est accompagné de photographies de Robert Capa.

Rendu célèbre par son reportage sur la guerre civile espa­gnole, à la fin des années 1930, et notamment par le cliché emblé­ma­tique d’un com­battant répu­blicain fauché par une balle fran­quiste, le grand jour­na­liste amé­ricain, cofon­dateur de l’agence Magnum, a couvert bien d’autres conflits avant de trouver la mort en 1954, alors qu’il suivait l’armée fran­çaise en Indochine.

Ainsi, en 1948, il assistait en Palestine au premier face-​​à-​​face israélo-​​arabe et aux pre­miers pas de l’Etat juif.

C’est ce reportage qui accom­pagne le présent numéro de Manière de voir — sans en illustrer un à un les articles : textes et images ont, ici, chacun leur langage.

Cartographie

- Philippe Rekacewicz
- Des frontières changeantes

Biographies

- Domi­nique Vidal
- David Ben Gourion. Le père fon­dateur
- Golda Meïr. La pre­mière « dame de fer »
- Menahem Begin. D’un nau­frage à l’autre
- Itzhak Rabin. « Faucon », puis « colombe »
- Shimon Pérès. Une si longue attente…
- Ariel Sharon. A tout prix
- Benyamin Neta­nyahou. Made in USA

Documentation

- Olivier Pironet
- Chro­no­logie : Israël face à ses voisins (19482008)
- Essais
- Sur la Toile