"Mais enfin, quel est l’objectif recherché à Gaza ? "

Uri Misgav, samedi 19 janvier 2008

Les raids israé­liens dans la bande de Gaza en repré­sailles aux tirs de roquettes pales­ti­niens (*) n’ont abouti qu’à une escalade de la vio­lence. Yediot Aha­ronot met sévè­rement en cause la ligne poli­tique du gou­ver­nement Olmert, ainsi que la confusion de ses déci­sions militaires.

Les Israé­liens sont en droit d’obtenir du gou­ver­nement une réponse précise à une question fon­da­mentale : quel est l’objectif recherché par Israël à Gaza ? Ce n’est que lorsque nous aurons obtenu la réponse à cette question que nous pourrons élaborer une stra­tégie, débattre de la tac­tique à adopter et en dis­cuter au Conseil des ministres. Nous avons besoin de connaître le pourquoi et le comment de nos tirs et, surtout, nous avons besoin de savoir sur qui nous tirons.

Ces der­niers jours, le Premier ministre Ehoud Olmert vantait sa gestion "pru­dente" et "mesurée" du conflit à Gaza. Selon ses col­lègues, il s’agit d’une preuve incon­tes­table que les leçons de la deuxième guerre du Liban ont été inté­grées. Pourtant, à cer­tains égards, la gestion de la guerre à l’été 2006, aussi pitoyable qu’elle fût, reste tou­jours meilleure que celle de la crise actuelle. Avant que le gou­ver­nement Olmert ne s’embarque dans la guerre au Liban, il avait pré­senté ses cibles – peut-​​être étaient-​​elles ima­gi­naires, injus­ti­fiées et absurdes – mais, au moins, nous avions des cibles. Aujourd’hui, quelle est notre cible ?

Tandis que les Israé­liens sont pris dans un débat virtuel pour savoir s’il faut ou non lancer une vaste offensive ter­restre dans la bande de Gaza, les forces armées manœuvrent déjà sur le terrain. Tout se passe exac­tement comme lors des pre­mières semaines de la guerre au Liban – les troupes ne sont engagées, nous dit-​​on, qu’"à quelques kilo­mètres à l’intérieur" ; il s’agit "d’opérations limitées" dans le but d’"empêcher les tirs de roquettes" [1]…

Cette pré­sence crée des ten­sions et ces ten­sions entraînent une escalade de la vio­lence, chacun ripostant aux ripostes de l’autre. Une fois de plus, la poli­tique étrangère et de défense d’Israël se retrouve dans les mains de quelques com­man­dants de divi­sions et de bri­gades. Pourtant, même les chefs mili­taires sont priés de "s’en tenir à leur mission et à leur objectif". Mais alors, quel est leur objectif ?

Alors que le Hamas était pra­ti­quement à genoux le mois dernier et réclamait un cessez-​​le-​​feu, les res­pon­sables de la défense nous ont convaincus qu’il fallait continuer à frapper et, comme d’habitude, ils nous ont expliqué qu’une accalmie don­nerait jus­tement au Hamas le temps néces­saire pour se pré­parer et s’armer en vue du conflit – on connaît cet argument impa­rable. Pourtant, le moment est venu de poser une question qui vient mettre à mal cet argument : quel est l’objectif de cette guerre et que faudra-​​t-​​il consi­dérer comme une victoire ?

S’il s’agit de mettre un terme aux tirs de roquettes Qassam, alors l’actuelle escalade s’avère contre-​​productive puisque les tirs ont aug­menté de manière expo­nen­tielle. Et une fois admis qu’Israël ne fan­tasme pas sur une quel­conque autre étape des­tinée à "marquer les consciences", ce qui per­met­trait à Mahmoud Al-​​Zahar [diri­geant et membre fon­dateur de Hamas ; son fils a été tué le mardi 15 janvier par les raids israé­liens] et à ses cama­rades de se convertir au judaïsme et de se mettre à mâcher des rameaux d’olivier, il est peut-​​être temps de mettre en route le pro­cessus de matu­ration col­lective, même s’il s’agit d’un pro­cessus douloureux.

On ne peut pas tuer impu­nément 18 habi­tants de la bande de Gaza lors de frappes aériennes et ensuite se lamenter quand le Hamas démontre une fois de plus ses impres­sion­nantes capa­cités de tir. On ne peut pas déployer des soldats et se lancer dans des opé­ra­tions mili­taires le matin et, dans la soirée, exprimer de "sérieuses inquié­tudes sur les négo­cia­tions concernant Gilad Shalit [soldat israélien enlevé et détenu depuis le 25 juin 2006 dans la bande de Gaza]". Un gou­ver­nement sou­verain doit être capable d’identifier le lien de cause à effet, le lien entre les moyens et les objectifs.

[1] (*) Rap­pelons que cette pré­sen­tation est encore une fois une inversion de la réalité poli­tique et mili­taire au Proche-​​​​orient et que les tirs de roquette arti­sa­nales -qu’on les condamne, qu’on les approuve, qu’on les trouve tota­lement inef­fi­caces ou dan­ge­reu­sement contre-​​​​productives-​​​​ sont une réponse à la PRE­MIERE des vio­lences qu’est l’occupation de la Palestine et la longue suite d’incursions, de meurtres et de des­truction commis pendant des années par les auto­rités mili­taires israé­liennes sous la direction poli­tique de TOUS les gou­ver­ne­ments qui se sont succédés.