Mahmoud Darwich nous a quittés

Perte immense...Une voix de la Palestine, vibrante de beauté et d’exigence de justice, n’est plus.

Dépêches et section palestinienne de l’Union internationale de la presse francophone, samedi 9 août 2008

Le poète palestinien Mahmoud Darwich, considéré comme un des plus grands poètes arabes, est mort samedi à l’âge de 67 ans, a annoncé à Ramallah Nabil Abou Rdeneh, un porte-parole du président palestinien Mahmoud Abbas.

Mahmoud Darwich, a-t-il précisé, est mort dans un hôpital de Houston aux Etats-Unis, après des complications faisant suite à une intervention chirurgicale à coeur ouvert. Le poète, dont les recueils ont été traduits en plus de 20 langues et ont obtenu de nombreux prix littéraires, décrivait avec éloquence le combat palestinien pour l’indépendance.

"Il sentait le pouls des Palestiniens et le traduisait en belle poésie. Il était le miroir de la société palestinienne", a commenté Ali Qleibo, conférencier à l’Université Al Qods de Jérusalem.

Né en 1941 en Palestine alors sous mandat britannique, à Biroueh près de Haïfa, Mahmoud Darwich a publié en 1960 son premier recueil de poésie, "Oiseaux sans ailes". Nombre de ses poèmes ont été mis en musique, dont "Rita" ou "Oiseaux de Galilée", hymnes pour plusieurs générations de Palestiniens. Mahmoud Darwich dénonçait l’occupation israélienne des territoires palestiniens mais aussi les combats entre Hamas et Fatah, une "tentative publique de suicide".

Pour la députée palestinienne Hanane Achraoui, "il a débuté comme un poète de la résistance puis est devenu un poète de la conscience. Il incarnait le meilleur des Palestiniens (...) Même lorsqu’il est devenu une icône, il n’a jamais perdu son sens de l’humanité. Nous avons perdu une partie de notre être".

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Déclaration de Presse

La Section Palestinienne de l’Union Internationale de la Presse Francophone exprime sa profonde tristesse à la disparition du grand poète palestien Mahmoud Darwich, qui décède aujourd’hui samedi 9 août 2008 à la suite d’une opération du coeur.

C’est un jour de deuil national pour l’ensemble du peuple palestinien , c’est aussi un événement d’une grande tristesse pour les peuples et intellectuels arabes et au delà dans le monde entier qui aimaient la poésie de Mahmoud Darwich

Darwich est non seulement une figure emblématique de la culture palestinienne et arabe, il est aussi un des grands symboles de l’identité nationale palestinienne, il a accompagné le mouvement national palestinien dans toutes ses évolutions , il a été le porte-parole de tout un peuple, de toute une nation et de toute une idée de justice, de liberté et d’amour.

Mahmoud, qui quitte la Palestine et l’humanité, restera à jamais dans nos coeurs

La section palestinienne de l’UPF

Ramalah le 9-8-2008

[1voir aussi RFI : Décès du poète palestinien Mahmoud Darwich http://www.rfi.fr/actufr/articles/104/article_69854.asp :

Décès du poète palestinien Mahmoud Darwich

Mahmoud Darwich est mort dans un hôpital du Texas où il avait été hospitalisé pour une opération à cœur ouvert. Depuis cette intervention chirurgicale, il était resté dans un état critique. A Amman, l’ambassadeur palestinien a fait savoir que le président Abbas allait envoyer un avion aux Etats-Unis pour rapatrier la dépouille du poète. D’autre part, les Palestiniens vont demander à Israël que le défunt puisse être enterré dans sa Galilée natale.

Lorsque Mahmoud Darwich voit le jour en 1941 en Galilée, cette région fait encore partie de la Palestine sous mandat britannique. 7 ans plus tard, la naissance de l’Etat hébreu déclenche la première guerre israélo-arabe. Et comme des centaines de milliers de Palestiniens, la famille de Mahmoud Darwich est chassée par les combats. Après un court exil au Liban, les Darwich reviennent clandestinement en Israël pour y découvrir que leur village a été rasé. Le jeune Mahmoud étudie, commence à écrire, et milite au sein du Parti communiste israélien.

Puis ce sont les années d’exil, notamment à Moscou, à Paris et au Caire. Des années qui voient s’affirmer l’un des plus grands poètes arabes, dont l’œuvre est intimement liée au destin de son peuple. Mahmoud Darwich écrit l’occupation, l’attachement à la terre, le conflit, mais aussi l’amour et le désir…

Le poète est membre de l’Organisation de libération de la Palestine, dont il intègre le comité exécutif en 1987. Il claquera la porte de l’OLP en 1993 pour protester contre le Processus d’Oslo. Mais il choisira tout de même de s’installer en Cisjordanie, dans la foulée des accords de paix.De passage en France il y a quelques semaines pour une lecture de ses textes, Mahmoud Darwich déclarait : « Je veux être lu comme un poète, pas comme une cause ».

« A ma mère » (1966)

J’ai la nostalgie du pain de ma mère,

Du café de ma mère,

Des caresses de ma mère...

Et l’enfance grandit en moi,

Jour après jour,

Et je chéris ma vie, car

Si je mourais,

J’aurais honte des larmes de ma mère !

Fais de moi, si je rentre un jour,

Une ombrelle pour tes paupières.

Recouvre mes os de cette herbe

Baptisée sous tes talons innocents.

Attache-moi

Avec une mèche de tes cheveux,

Un fil qui pend à l’ourlet de ta robe...

Et je serai, peut-être, un dieu,

Peut-être un dieu,

Si j’effleurais ton coeur !

Si je rentre, enfouis-moi,

Bûche, dans ton âtre.

Et suspends-moi,

Corde à linge, sur le toit de ta maison.

Je ne tiens pas debout

Sans ta prière du jour.

J’ai vieilli. Ramène les étoiles de l’enfance

Et je partagerai avec les petits des oiseaux,

Le chemin du retour...

Au nid de ton attente !

Quelques ouvrages :

Ne t’excuse pas, Sindbad/Actes Sud ; Etat de siège, Sindbad/Actes Sud ; Murale, Actes Sud ; La Palestine comme métaphore, Sindbad/Actes Sud ; Palestine, mon pays : l’affaire du poème, Edition de Minuit ; Une mémoire pour l’oubli, Actes Sud ; Chronique de la tristesse ordinaire, suivi de Poèmes palestiniens, Cerf ; Plus rares sont les roses, Minuit.