Mahmoud Abbas sort un nouveau va-​​tout

Christophe Ayad, samedi 21 novembre 2009

Le Pales­tinien, qui menace de pro­clamer uni­la­té­ra­lement un Etat, a ren­contré Kouchner hier.

En agitant depuis ce week-​​end la menace d’une pro­cla­mation uni­la­térale de l’Etat pales­tinien, Mahmoud Abbas a voulu réveiller Euro­péens et Amé­ri­cains, à qui il reproche de n’exercer aucune pression sur Israël, accusé de mul­ti­plier les faits accomplis sur le terrain. Le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne est un homme aux abois. Dis­crédité jusque dans son camp pour sa gestion catas­tro­phique du rapport Gold­stone, vili­pendé par son peuple pour avoir par­ticipé à un sommet inutile avec Benyamin Néta­nyahou et Barack Obama en sep­tembre à New York, raillé par les isla­mistes du Hamas pour son impuis­sance, Abbas mul­tiplie les SOS. Il a déjà solen­nel­lement annoncé son intention de ne pas se repré­senter aux élec­tions, pour l’instant reportées sine die. Et main­tenant, il menace de pro­clamer son Etat sans délai.

Agacé. Bernard Kouchner, qui a ren­contré Abbas hier soir à Amman en Jor­danie, lui a réaf­firmé le « soutien de la France » à sa per­sonne et l’urgence de « retourner aux pour­parlers poli­tiques », sans se pro­noncer sur une pro­cla­mation uni­la­térale. Israël a répliqué en menaçant d’annexer des blocs de colonies en Cis­jor­danie. Côté amé­ricain, la décla­ration pales­ti­nienne est jugée incom­pa­tible avec le principe même d’une négo­ciation, cer­tains séna­teurs allant même brandir la menace d’un veto au Conseil de sécurité de l’ONU. En termes plus diplo­ma­tiques, Paris juge la démarche « pré­ju­di­ciable à la reprise des négo­cia­tions ». Ce n’est pas tant l’idée que son timing qui n’est pas opportun, estime-​​t-​​on dans l’entourage de Kouchner. « La France veut un Etat pales­tinien. Mais il ne suffit pas de le vouloir. Quel Etat, dans quelles fron­tières ? Cela se prépare. » L’initiative pales­ti­nienne a d’autant plus agacé Washington que George Mit­chell, l’envoyé spécial d’Obama, continue de négocier avec Israël un gel partiel de la colo­ni­sation (limité à neuf mois, excluant Jérusalem-​​Est et les projets déjà lancés), ainsi que les para­mètres d’une future négo­ciation. « Obama est dans le temps long, résume un diplomate européen, Abbas est pressé. »

L’administration Obama, après avoir donné trop d’espoirs en pro­mettant aux uns un arrêt de la colo­ni­sation et aux autres des gestes de nor­ma­li­sation arabes, apprend les dures lois du Proche-​​Orient. Désormais, même cer­tains pays arabes, comme la Jor­danie, pré­co­nisent une reprise immé­diate des négo­cia­tions directes, sans condition préa­lable. « Mais il faut des négo­cia­tions qui partent des acquis pré­cé­dents, résume un haut res­pon­sable jor­danien. Des négo­cia­tions avec une date butoir. Enfin des négo­cia­tions dont l’objectif final est clair, c’est-à-dire un Etat pales­tinien dans les fron­tières de 1967. »

Dévoiler. En fait, plus que pro­clamer un Etat - ce qu’Arafat avait fait en 1988 à Alger et qu’une cen­taine de pays avait reconnu, sans effet -, l’objectif d’Abbas est de forcer Obama à dévoiler son idée du futur Etat pales­tinien. Il cherche aussi à mesurer ses sou­tiens au sein de l’Union euro­péenne, prin­cipal bailleur de fonds des Pales­ti­niens : l’Allemagne, l’Italie et les Pays-​​Bas sont les plus hos­tiles à une démarche unilatérale.