« My Land » et « Une bouteille à la mer »

Dominique Vidal, mercredi 8 février 2012

Deux films à voir et à faire voir Un bon film vaut, on le sait, cent dis­cours. Or, ce mer­credi, il en sort deux sur les écrans qui, chacun à sa manière, éclairent la nécessité et l’urgence d’une vraie paix entre Israé­liens et Palestiniens.

Nombre de mili­tants et d’amis de l’Association France Palestine Soli­darité connaissent déjà le premier, My Land  [1] , car il a ouvert la Biennale « Proche-​​Orient : ce que peut le cinéma », concouru avec succès au Fes­tival de Fameck et été pré­senté en avant-​​première dans plu­sieurs villes. Fils d’une mère juive et d’un père musulman, le jeune cinéaste marocain Nabil Ayouch a hésité long­temps avant d’aborder ce conflit. Il s’y est fina­lement risqué d’une manière très originale.

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Affiche My land

Pre­mière étape : le camp de Chatila, au sud de Bey­routh, où le cinéaste a enre­gistré les témoi­gnages de réfugiés pales­ti­niens de trois vil­lages du nord d’Israël. Sur les ruines de ces der­niers, deux kib­boutzim et un mochav  [2]ont vu le jour : Ayouch s’y est ensuite rendu pour confronter leurs occu­pants israé­liens d’aujourd’hui, jeunes notamment, à la parole de leurs habi­tants arabes d’hier. Tous ont accepté de l’écouter et de la com­menter. Aucun com­men­taire ne vient troubler ce face à face à dis­tance, où tout resurgit : la longue coexis­tence entre Juifs et Arabes en Palestine, la vio­lence de la guerre d’expulsion de 1948, la douleur de l’exil, la diversité des sen­si­bi­lités israé­liennes, les issues pos­sibles… Et la magni­fi­cence des images suffit à expliquer l’amour que les uns et les autres portant à cette terre : pourront-​​ils la par­tager, et comment ?

Avec Une Bou­teille à la mer  [3], Thierry Binisti, lui, a réalisé un film de fiction, d’après le livre de Valérie Zenatti et avec la par­ti­ci­pation active de celle-​​ci, du scé­nario au tournage et au montage.

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Affiche Une bouteille à la mer

Bou­le­versée par un attentat-​​kamikaze commis dans son quartier, Tal, une jeune Fran­çaise ins­tallée à Jéru­salem avec sa famille, écrit à un jeune Pales­tinien ima­gi­naire : elle confie sa lettre à son frère, qui l’introduit dans une bou­teille et jette celle-​​ci à la mer non loin de Gaza, où il effectue son service mili­taire. Un jeune Pales­tinien la trouve et lui répond par mèl…

La suite pourrait se trans­former en bluette pétrie de bons sen­ti­ments et ren­voyant dos-​​à-​​dos la jeune Israé­lienne et son cor­res­pondant pales­tinien, Naïm, qui signe « Gazaman ». Il n’en sera rien. Car la grande his­toire rat­trape la petite : alors que leur dia­logue s’amorce, Tel-​​Aviv se lance dans l’opération « Plomb durci », dont le film nous fait vivre l’horreur. Puis il nous prend à témoin de la prise de conscience de Tal, face à sa famille et à son frère, jusqu’à l’impossible rencontre…

Un bon film – et c’est le cas de l’un comme de l’autre – se suffit bien sûr à lui-​​même, et ne saurait être réduit à son message poli­tique. Mais il gagne à être pro­longé par un débat. C’est dire que My Land comme Une Bou­teille à la mer méritent d’être sou­tenus dès leur sortie afin de leur assurer un large public, mais aussi accom­pagnés par des débats. En cette période de cam­pagne pré­si­den­tielle propice, s’agissant d’Israël et de la Palestine, au meilleur mais aussi au pire  [4] , ces deux films et les ini­tia­tives qu’ils sus­ci­teront peuvent nous aider à rap­peler que seul le droit inter­na­tional – en l’occurrence les réso­lu­tions des Nations unies – per­mettra d’en finir avec cette guerre de cent ans…

Dominique Vidal.

[1] Voir le site de My Land : http://​www​.myland​.ma/

[2] Le kib­boutz est, à l’origine, un village col­lec­ti­viste, le mochav une coopérative.

[3] Voir le site de Une Bou­teille à la mer : http:/…

[4] Voir http://​blogs​.mediapart​.fr/​b​l​o​g​/domi…