M. Sarkozy et Gaza

Claude Léostic, bureau national de l’Afps, mercredi 16 mai 2007

De vio­lents affron­te­ments déchirent à nouveau la bande de Gaza après les semaines de calme qui ont fait suite aux accords de la Mecque puis à la for­mation du gou­ver­nement d’unité nationale com­prenant entre autres le Fatah et le Hamas.

Depuis dimanche une quarantaine de Palestiniens ont été tués.

Le ministre de l’Intérieur, impuissant, a démis­sionné de même que le chef de la police de Rafah qui pro­teste ainsi contre la reprise des vio­lences internes. C’est le Premier ministre Haniyeh qui a pris la res­pon­sa­bilité des forces de sécurité. On se rap­pelle que les dif­fi­cultés depuis l’été passé pro­ve­naient, entre autres raisons, de la rivalité sur la maî­trise des forces de sécurité [1]. Elle éclate à nouveau au grand jour.

A de nom­breuses reprises depuis dimanche les forces armées du Hamas ont attaqué des res­pon­sables et des locaux du Fatah, y compris cet après midi les bureaux de la Pré­si­dence. Les combats ont été mortels [2].

Alors, pourquoi ?

Si les riva­lités poli­tiques et par­ti­sanes, voire cla­niques ou même mafieuses, sont indé­niables [3] malgré la création du gou­ver­nement d’union, et en dépit des contacts quasi quo­ti­diens entre le pré­sident Abbas et Khaled Mechal, le chef du Hamas en exil à Damas, (ils viennent de conclure un nouveau cessez le feu et ont ordonné à leurs groupes armés de quitter les rues de Gaza), la res­pon­sa­bilité est bien plus large.

Qu’est ce que Gaza aujourd’hui ?

La ter­rible prison à ciel ouvert souvent décrite est le mouroir d’un peuple opprimé et occupé depuis des décennies. Ainsi du moins le veut l’occupant qui dit s’en être « désengagé » en 2005 mais qui a fermé les cadenas des por­tails et emporté les clés en partant.

Tous les rap­ports des orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales, huma­ni­taires, médi­cales ou onu­siennes s’accordent à dire qu’on frôle le désastre huma­ni­taire à Gaza dont la situation écono­mique tient du coma dépassé.

De plus les forces d’occupation -tou­jours dra­ma­ti­quement pré­sentes chaque jour en Cisjordanie-​​ ne se privent pas de frapper Gaza. Ainsi des tirs israé­liens aujourd’hui à Rafah ont tué des mili­tants du Hamas, tandis que des navires de guerre israé­liens qui patrouillent au large de Gaza -et empêchent les pêcheurs d’accéder aux lieux de pêche qui sont leur seule garantie de subsistance-​​ ont encore une fois tiré sur les bateaux gazaouis.

De même, des chars d’assauts israé­liens sta­tionnés au nord de la bande de Gaza ont bom­bardé plu­sieurs maisons de Beit Lahia et Beit Hanoun.

La res­pon­sa­bilité israé­lienne est donc indé­niable. Mais la puis­sance occu­pante de la Palestine n’est pas seule res­pon­sable, loin s’en faut.

Le boycott inique contre le gou­ver­nement pales­tinien -le premier, dirigé par le Hamas, issu d’élections démo­cra­tiques una­ni­mement saluées pour leur trans­pa­rence, comme le deuxième, d’union nationale, qui répond pourtant aux exi­gences de la com­mu­nauté internationale-​​ imposé par les Etats-​​Unis et l’Union euro­péenne notamment, a ins­tallé le désespoir et le chaos à Gaza.

Sans salaires depuis un an passé, les Gazaouis doivent recourir à des expé­dients pour sur­vivre. Les infra­struc­tures ont été détruites une fois encore pendant la vio­lente offensive israé­lienne de l’été puis de l’automne der­niers. Outre le chaos sécu­ri­taire qui se répand à Gaza, c’est main­tenant la survie du gou­ver­nement d’unité nationale, inca­pable de ramener le calme, qui est actuel­lement en jeu [4]. Mais comment concevoir que l’état de droit puisse s’installer dans une société volon­tai­rement déstruc­turée par l’occupant et ses alliés ou complices ?

Au Bois de Boulogne aujourd’hui

Loin de Gaza, à Paris, M. Sarkozy, nouveau pré­sident de la Répu­blique fran­çaise, a été investi aujourd’hui des pou­voirs de repré­senter la France. Il a fait un beau dis­cours en hommage aux résis­tants tombés -en 44-​​ sous les balles indignes de l’occupant qui tentait alors de réduire un peuple, le peuple de France. Le nouveau pré­sident a fait montre de nobles sen­ti­ments et nous pouvons saluer sa recon­nais­sance du droit d’un peuple à résister debout pour ses droits, sa liberté et sa vie, contre l’occupation.

Il se trouve que c’est jus­tement ce que fait le peuple pales­tinien. Depuis 59 ans, depuis la Nakba, à travers l’exil ou dans le déra­ci­ne­ments des camps de réfugiés, puis depuis 40 ans d’occupation de la Cis­jor­danie et Jéru­salem et de la bande de Gaza.

Malgré l’Europe, malgré la France -qui contri­buent lour­dement à l’asphyxie écono­mique, au désastre huma­ni­taire et au chaos sécu­ri­taire en Palestine, notamment à Gaza, en ayant imposé et en main­tenant l’embargo- debout, pour ses droits, sa liberté et sa vie, le peuple de Palestine résiste à l’occupation.

Aussi M. Sarkozy doit-​​il recon­naître la légi­timité de ce combat qu’il glo­rifie, à juste titre, au nom de Guy Môquet et de ses cama­rades. Aussi doit-​​il exiger la libé­ration des résis­tants pales­ti­niens empri­sonnés par l’occupant.

Aussi M. Sarkozy, pré­sident de la France qui a su alors résister à l’occupation, doit-​​il refuser de par­ti­ciper à l’écrasement du peuple pales­tinien occupé.

Aussi M.Sarkozy doit -il rétablir immé­dia­tement les contacts offi­ciels avec le gou­ver­nement pales­tinien injus­tement ostracisé et en recon­naître la légi­timité, qui lui per­mettra de s’imposer aussi à l’intérieur.

Aussi M. Sarkozy doit-​​il peser de tout son poids auprès de l’Union euro­péenne pour que les sanc­tions cri­mi­nelles imposées à l’ensemble du peuple pales­tinien à travers ses repré­sen­tants élus, soient levées et que l’aide finan­cière au gou­ver­nement pales­tinien soit immé­dia­tement rétablie.

Aussi le pré­sident français doit-​​il peser de tout le poids de la France, dont il nous dit qu’elle est forte et juste, pour faire appliquer le droit inter­na­tional, les droits humains et le droit huma­ni­taire en Palestine occupée, seuls garants d’une solution juste à un long conflit colonial dont l’Europe porte une lourde res­pon­sa­bilité historique.

Alors il n’y aura plus de chaos à Gaza…

[1] Le Hamas avait ainsi créé une Force pré­ventive, ses milices armées, pour faire pièce aux ser­vices de sécurité dépendant de la pré­si­dence. L’une des dif­fi­cultés concernant la for­mation du gou­ver­nement avait également été la nomi­nation au poste clé de ministre de l’Intérieur, fina­lement dévolu à l’indépendant Hani Qawasmi

[2] Il faut cependant remarquer une fois de plus qu’il ne s’agit pas de guerre civile, mais d’affrontement entre des groupes armés et que la popu­lation pales­ti­nienne n’en veut pas. Le peuple pales­tinien n’est à ce jour jamais tombé dans le piège de division civile que lui tend l’occupant. Gageons qu’il en sera de même cette fois encore et que les manoeuvres de division que réitère le gou­ver­nement israélien (qui vient de pro­poser au pré­sident Abbas de l’aider à lutter contre le Hamas !!!) échoueront à nouveau.

[3] des Pales­ti­niens de Gaza, infi­niment tristes, joints par télé­phone ce soir, dénoncent la « folie » des groupes armés qui déshu­ma­nisent les Pales­ti­niens, tuant sans dis­cri­mi­nation, tant que l’on est de « l’autre camp », faisant ainsi le jeu de l’occupant. Ils disent aussi leur conviction que le Hamas organise le chaos pour faire de Gaza son ter­ri­toire, malgré les décla­ra­tions contraires de la direction du mou­vement qui accuse le Fatah d’avoir déclenché ces nou­veaux affrontements.

[4] Cela fait déjà plu­sieurs semaines que l’Autorité pales­ti­nienne (gou­ver­nement et pré­si­dence) met en garde contre le dérapage inévi­table -qui se produit actuellement-​​​​ si le boycott inter­na­tional contre la Palestine n’est pas levé et qu’en consé­quence la situation écono­mique et huma­ni­taire continue à se dété­riorer gravement.