Lumière à travers le Mur

Fida Qishta, mardi 5 février 2008

La vie à Rafah, la ville la plus au sud de Gaza, a tou­jours été dif­ficile. Mais la période qui s’est écoulée depuis mars 2006 a été la pire de mes 25 ans de vie.

Israël a assiégé Gaza depuis que le Hamas a rem­porté les élec­tions pales­ti­niennes et a ren­forcé l’état de siège après que des Pales­ti­niens aient capturé un soldat israélien près de Rafah, fin juin 2006. Depuis, nous avons eu très peu d’électricité, de car­burant, d’argent, de nour­riture ou de médicaments.

Tou­tefois, nous avons res­senti un peu d’espoir, la semaine der­nière, lorsque des Pales­ti­niens ont fait tomber le mur qu’Israël a construit le long de la fron­tière de Rafah avec l’Egypte, ce qui nous a permis d’échapper à la prison et d’aller en Egypte pour acheter des pro­duits de pre­mière nécessité.

L’armée israé­lienne a détruit environ 2000 maisons à Rafah au cours des sept der­nières années. En janvier 2004, ils ont détruit notre maison. Ma grand-​​mère, ma tante, mes oncles et mes cousins vivaient dans notre maison parce que leurs maisons venaient d’être démolies. Ensuite, un bull­dozer israélien a com­mencé la des­truction de notre maison. J’ai aidé ma grand-​​mère parce qu’elle a de la dif­fi­culté à marcher. Ma mère s’est évanouie, alors je l’ai traînée dans un lieu plus sûr. Ce jour-​​là, des bull­dozers israé­liens ont détruit 50 maisons dans notre quartier.

Lorsque le siège s’est inten­sifié fin juin 2006, ma famille et moi avons été piégées pendant 14 jours au point de passage de Rafah avec 4000 habi­tants de Gaza qui reve­naient d’Egypte, car Israël avait fermé la fron­tière. Nous n’avions que peu de nour­riture ou d’eau. Neuf per­sonnes sont mortes. Fina­lement, des hommes armés de la Bande de Gaza ont cassé lemur-​​frontière, ce qui nous a permis de rentrer chez nous.

Mais ces der­niers mois ont été les plus dif­fi­ciles, avec des fron­tières fermées, une crois­sance de la pau­vreté, la dimi­nution des livraisons de vivres, de médi­ca­ments et autres pro­duits et des parties de Gaza sans élec­tricité en raison du manque de car­burant. L’armée israé­lienne tue des civils et des com­bat­tants pales­ti­niens presque quotidiennement.

Nous attendons notre destin. Une mort lente ou rapide, c’est le même résultat. La semaine der­nière, Huda de Rafah, 8 ans, m’a dit : « J’ai des pro­blèmes rénaux et je dois aller à l’hôpital trois fois par semaine, et main­tenant que les Israé­liens menacent de couper l’électricité, cela veut dire que je vais mourir ».

A de nom­breuses reprises, je me suis dit que je devais être plus cou­ra­geuse. J’ai stoppé toutes les voix qui me disaient que je ne pouvais pas écrire, que les gens ne me com­pren­draient pas, j’ai arrêté toutes les peurs qui me disaient que les choses ne chan­geront jamais, parce qu’il y a tou­jours des façons de vivre et de changer. Mon peuple a beaucoup de courage, mais ce qui se passe, c’est très dur.

Je ne suis plus la même per­sonne qu’avant ces expé­riences. Quand les Israé­liens tuent des inno­cents, ils changent les enfants de ceux qui ont été tués en des per­sonnes dif­fé­rentes. Il n’est pas dif­ficile de deviner si ces enfants devien­dront des enfants gentils ou des enfants tristes prêts à se venger.

Pourtant, quand je regarde nos enfants, j’ai en quelque sorte le sen­timent que tout changera pour des jours meilleurs. Chacun de nous peut changer un peu les choses et faire briller le soleil, même dans une boîte sombre, comme à Gaza.

Le 23 janvier à 3h du matin a été un moment de la vic­toire. Le mur de Rafah sur la fron­tière avec l’Égypte avait disparu. Je pouvais attendre, je voulais aller voir ça. Je voulais voir le sourire sur les visages de tous les Pales­ti­niens, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps.

Oui, mes enfants, main­tenant vous pouvez voir l’Égypte. Le mur a disparu et un jour tous les murs auront disparu.

Amal, 9 ans, et Yasmine, 11 ans, m’ont dit : "Rappelez-​​vous quand on vous avait dit que c’était notre rêve de voir les enfants égyp­tiens, jouer avec eux et voir l’Egypte ? Nous sommes allés là-​​bas et nous avons acheté des bonbons et des frites, mais nous n’avons pas vu les enfants. "

Mohammed, 22 ans, de Rafah, a expliqué : « Peu importe qui a détruit le Mur, le Hamas ou le Fatah. C’était des restes laissés par l’armée israé­lienne. J’espère que le passage sera ouvert à la cir­cu­lation de façon légale, et pas comme ça ».

Lorsque je suis allé aux États-​​Unis en 2006, les gens m’ont demandé pourquoi les Pales­ti­niens avaient voté pour le Hamas. Cer­tains dans l’Autorité Pales­ti­nienne étaient cor­rompus. Ils ont perdu la confiance des gens. Le gou­ver­nement amé­ricain a envoyé des obser­va­teurs pour sur­veiller nos élec­tions et a accepté la par­ti­ci­pation du Hamas. Le Hamas a rem­porté les élec­tions de façon démo­cra­tique. Depuis des années, le Hamas construit des infra­struc­tures sociales et amé­liore la vie quo­ti­dienne des gens. Le Hamas aurait dû avoir une chance. Au lieu de cela, le monde nous a punis.

Je crois que si les gens ordi­naires aux États-​​Unis et en Europe savaient ce qui se passe pour les Pales­ti­niens ordi­naires, ils auraient beaucoup plus de com­passion. Nous avons besoin de nour­riture, d’eau, de maisons, de travail et d’accès au reste du monde. Nous avons besoin de justice.

Et quand les Palestiniens ordinaires auront la justice, il y aura la paix.