Lueur d’espoir

Rania Adel, jeudi 1er mai 2008

La médiation turque en cours entre Damas et Tel-​​Aviv, et dont l’enjeu est de taille, devrait mettre fin à un immo­bi­lisme qui dure depuis des années.

Une pierre sera lancée dans l’eau stag­nante. Rien de mieux ne pourra qua­lifier l’annonce d’une pro­chaine médiation turque entre la Syrie et Israël. En effet, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a annoncé samedi que son pays allait entamer une médiation entre ces deux Etats pour relancer des pour­parlers de paix rompus il y a huit ans. M. Erdogan a fait cette annonce à l’issue d’une visite de cinq heures en Syrie où il a ren­contré le pré­sident Bachar Al-​​Assad. « Il y a eu une demande de la Syrie et d’Israël pour ce type d’action, et la Turquie fera de son mieux à ce titre », a déclaré Recep Tayyip Erdogan à son retour en Turquie. « Cet effort débutera au niveau le plus bas, en cas de succès, si Dieu le veut, il s’achèvera à un niveau plus haut ». Le premier ministre turc a affirmé que cette ini­tiative s’inscrivait dans la volonté plus large d’Ankara de contribuer à la paix au Proche-​​Orient.

Selon M. Assad, les dis­cus­sions syro-​​turques « ont traité des moyens d’activer le pro­cessus d’une paix juste et totale ». Il a salué l’initiative turque et affirmé que Damas coopé­rerait « à tout ce qui apportera la sécurité et la sta­bilité dans la région », selon des propos rap­portés par l’agence de presse offi­cielle syrienne.

Les der­niers déve­lop­pe­ments sug­gèrent des progrès dans les négo­cia­tions en cou­lisses entre Israël et la Syrie, malgré les ten­sions au sujet du Liban et d’une frappe aérienne israé­lienne en sep­tembre contre ce que l’Etat hébreu pré­sente comme un réacteur nucléaire syrien clandestin.

Le pré­sident syrien Bachar Al-​​Assad a déclaré dimanche (27 avril) lors d’une réunion du parti Baass qu’un enga­gement d’Israël à évacuer entiè­rement le Golan était néces­saire à des pour­parlers, mais que d’éventuelles négo­cia­tions directes seraient publiques. « Le pré­sident a clai­rement fait com­prendre que les efforts d’une tierce partie étaient bien­venus dans la mesure où il y avait accord sur un cadre et où Israël s’engageait à un retrait complet », selon une source proche du Comité central du Baass.

De même, un membre du gou­ver­nement syrien a déclaré à la chaîne Al-​​Jazeera que le premier ministre israélien Ehud Olmert a assuré à la Turquie que son pays était prêt à res­tituer le plateau du Golan à la Syrie en échange de la paix. Il a précisé que le message israélien avait été transmis au pré­sident Bachar Al-​​Assad par le premier ministre turc Tayyip Erdogan, ajoutant que son pays n’avait pas l’intention d’engager des dis­cus­sions secrètes avec l’Etat hébreu. « Les Israé­liens parlent beaucoup de paix, a-​​t-​​il dit. La position de Damas est que la Syrie est tou­jours favo­rable à une paix qui (garan­tisse) le réta­blis­sement des droits com­plets (…). Nous négo­cions depuis dix ans pour le retour du Golan ».

Le Golan syrien a été conquis par l’armée israé­lienne pendant la guerre des Six Jours de 1967, puis annexé par l’Etat hébreu en 1981, mesure qui n’a jamais été reconnue par la com­mu­nauté internationale.

Opposition israélienne

Côté israélien, on a évoqué dimanche 27 avril les pos­sibles étapes de négo­cia­tions de paix qui pour­raient s’ouvrir entre Israël et la Syrie par l’entremise de la Turquie. Le premier ministre, Ehud Olmert, avait dit la semaine der­nière au quo­tidien Yedioth Ahronoth qu’il tra­vaillait à une « ini­tiative impor­tante » pour la paix avec Damas. De quoi sus­citer la colère du chef de l’opposition de droite en Israël, l’ancien premier ministre Ben­jamin Neta­nyahu, qui a accusé dimanche le premier ministre Ehud Olmert d’être disposé à retirer Israël de « tout le Golan », dans le cadre d’un accord avec la Syrie.

Mais est-​​ce que la volonté des deux pays et de la partie tierce suffit-​​elle, à elle seule, à garantir le succès des négo­cia­tions ? Prag­ma­ti­quement parlant, non. Les pré­cé­dentes ten­ta­tives le confirment. Des pour­parlers de paix israélo-​​syriens ont capoté en 2000 en raison d’un désaccord sur l’ampleur d’un retrait de Tsahal du Golan. Les ten­ta­tives de divers pays pour per­suader les deux parties de les reprendre ont échoué du fait des condi­tions posées par chacune d’elles.

Damas demande qu’Israël s’engage à se retirer com­plè­tement du Golan et sou­haite que les Etats-​​Unis, prin­cipal allié de l’Etat hébreu, super­visent les négo­cia­tions. De son côté, Israël tient à ce que les liens de la Syrie avec le Hez­bollah libanais et le mou­vement isla­miste pales­tinien du Hamas soient ins­crits au pro­gramme des dis­cus­sions. L’Etat hébreu accuse la Syrie d’être la prin­cipale voie de ravi­taillement du Hez­bollah. Ces exi­gences israé­liennes poussent au scep­ti­cisme les obser­va­teurs qui ont minimisé la portée des infor­ma­tions sur la dis­po­sition des Syriens aussi bien des Israé­liens à remettre sur les rails leurs négociations .