Liberté pour Salah Hamouri, franco-​​ palestinien détenu en Israël

F. Leroux, mercredi 7 novembre 2007

Accusé par l’occupant israélien de pré­pa­ration d’un enlè­vement, sans l’ombre d’une preuve, un jeune franco-​​palestinien est détenu sans jugement en Israël depuis 2 ans et demi. Depuis plu­sieurs mois l’A.F.P.S, par ses démarches et inter­pel­la­tions, a voulu faire connaître cette détention illégale qui a trop duré.

L’ inégalité de trai­tement réservée par les auto­rités fran­çaises à ce jeune franco-​​palestinien de Jérusalem-​​Est arrêté par l’occupant le 13 mars 2005 puis transféré et détenu dans une prison israé­lienne depuis 33 mois est évidente.

Malgré les sol­li­ci­ta­tions de sa famille,le jeune homme n’a pas eu droit aux démarches que les pré­si­dents Chirac puis Sarkozy , leur ministre des Affaires étran­gères et d’autres repré­sen­tants de la France ont entre­prises , très rapi­dement puis à plu­sieurs reprises, pour faire libérer Gilad Shalit . Ce dernier, tan­kiste d’origine franco-​​israélienne , par­ti­cipant à l’encerclement et aux bom­bar­de­ments meur­triers et des­truc­teurs de la bande de Gaza en Juin 2006 a été capturé par le Hamas à Gaza il y a 16 mois. Les parents de Shalit ont été reçus en France par nos diri­geants et par nos ministres lors de leurs pas­sages en Israël.

Rien de tout cela pour la famille de Salah Hamouri.

Les auto­rités fran­çaises ont même pris en charge 2 autres soldats israé­liens, sans le moindre lien familial avec la France, détenus par le Hez­bollah depuis juillet 2006 , avec réception des familles à Paris … !

En revanche aucune démarche ou pression sur l’état israélien pour libérer les 11 000 pri­son­niers pales­ti­niens, dont 45 députés ou ministres, et 360 mineurs détenus illé­ga­lement par Israël.

Et la Mairie de Paris vient d’oser afficher, dans le 12ème arron­dis­sement, (square Rabin) le por­trait de ces 3 soldats d’une armée qui occupe la Cis­jor­danie, avec Jérusalem-​​Est, la Bande de Gaza et le Golan et exige leur libération !

Nos diri­geants se sont démenés pour faire libérer les infir­mières bul­gares et le médecin pales­tinien injus­tement détenus et tor­turés en Lybie. Ils agissent pour la libé­ration d’Ingrid Bet­tan­court et pour celle des « com­pa­triotes » détenus au Tchad ou ailleurs.

Pourquoi ce silence et ce « deux poids –deux mesures » pour Salah Hamouri , sauf à se sou­mettre aux argu­ments et aux condi­tions de la puis­sance occu­pante [1] ?

L’Afps a depuis des semaines alerté nos médias parmi les­quels L’ Humanité et Le Monde ont compris l’importance de cette affaire. Son envoyé spécial devrait couvrir les audiences au tri­bunal mili­taire israélien d’Ofer (en Cis­jor­danie occupée). [2] Nous avons aussi alerté certains députés et nos autorités.

Salah est passé ce 4 Novembre au tri­bunal en pré­sence d’un repré­sentant du consulat Français.

La prochaine audience doit avoir lieu le 14 novembre à Ofer.

Liberté pour Salah !


Voici la lettre adressée le 13 sep­tembre par Jean Claude Lefort, député hono­raire et membre du Conseil national de l’Afps, au directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères :

Ivry, le 13 septembre 2007

Mon­sieur Phi­lippe Etienne Directeur de Cabinet Ministère des Affaires étran­gères 37, Quai d’Orsay 75007 Paris

Monsieur le Directeur,

Au cours de son dépla­cement dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens occupés et en Israël, le Ministre des Affaires étran­gères a ren­contré le père du caporal Shalit. La Pré­si­dence de la Répu­blique avait déjà mani­festé son attention sur le cas de ce jeune franco-​​israélien qui a été capturé tandis qu’il était sur un char à Gaza.

Par contre un silence par­ti­cu­liè­rement épais entoure le cas d’un jeune franco-​​palestinien de 20 ans arrêté depuis le 13 mars 2005 par les auto­rités israé­liennes et traduit devant la justice de ce pays occupant.

Il s’agit du jeune Salah Hamouri.

Sa maman, pro­fesseur de français, est de natio­nalité fran­çaise (née Annick Denise Guidoux) et elle vit depuis 20 ans avec son mari pales­tinien, Mon­sieur Hamouri, à Jérusalem.

Ce jeune homme, étudiant à l’Université de Bethléem, est aujourd’hui en prison pour des actes sans fon­de­ments, et en tout cas il ne peut être considéré que la Justice d’un pays occupant est une justice « comme les autres » tout comme le « transfert » de per­sonnes en temps de guerre pourrait être considéré comme accep­table alors que cela est tota­lement contraire aux Conven­tions de Genève, en par­ti­culier de la troisième.

Mal­heu­reu­sement c’est la thèse que sou­tient jusqu’à ce jour le ministère par la plume de l’un de ses fonc­tion­naires – M. Norbert Wurtz – qui écrit à cette dame, par voie de courriel, que « le cas du soldat franco-​​israélien n’est pas com­pa­rable à celui de votre fils. En effet le soldat a été pris en otage (…) et nous essayons d’obtenir sa libé­ration (…) tandis que votre fils est empri­sonné par les auto­rités israé­liennes dans le cadre d’une pro­cédure judi­ciaire dans laquelle nous ne pouvons pas interférer. »

C’est incroya­blement dit : un soldat en uni­forme et en action, pris sur son char, membre d’une armée d’occupation doit être libéré au titre qu’ils serait un « otage » et un jeune étudiant pales­tinien arrêté, transféré et traduit devant la justice d’un pays occupant, ceci de manière tota­lement illégale, ne pourrait être l’objet d’une exi­gence au minimum parallèle de libé­ration ! Si cela ne s’appelle pas du « deux poids, deux mesures » les mots n’ont plus de sens.

Madame Hamouri est en contact avec le Consulat de France en Israël. Les faits sont connus de la Chancellerie.

Mais je ne peux croire qu’un simple fonc­tion­naire engage ainsi la France dans une posture qui inverse les termes de la situation. Ce ne sont pas les Pales­ti­niens qui occupent Israël mais bien Israël qui occupe illé­ga­lement des ter­ri­toires pales­ti­niens, qui violent les conven­tions inter­na­tio­nales, les réso­lu­tions de l’ONU ainsi que l’avis de la Cour inter­na­tionale de justice s’agissant du mur. Rien de moins. Alors n’ajoutons pas de l’injustice à l’injustice par des prises de posi­tions que j’estime inconsidérées.

Aussi, Mon­sieur le Directeur, je me permets d’intervenir auprès vous afin que la France soit cohé­rente et juste, res­pec­tueuse du droit inter­na­tional et non partisane.

Cette affaire ne peut pas être banalisée ni étouffée, et elle ne le sera pas.

Certain de votre compréhension,

Je vous prie de croire, Mon­sieur le Directeur, en l’expression de mes salu­ta­tions les plus distinguées.

Jean-​​Claude Lefort Député honoraire


Ci-​​dessous, la réponse du directeur de cabinet, datée du 8 octobre :

Paris, le 8 octobre 2007

Monsieur le Député,

Vous avez bien voulu m’adresser une lettre sur la situation de Salah Hamouri et je tenais à vous en remercier.

Le ministre des Affaires étran­gères et euro­péennes est très sen­sible à la situation. Il a évoqué très direc­tement son cas lors de l’entretien qu’il a eu avec Mme Livni, ministre des Affaires étran­gères, à l’occasion de sa visite en Israël début septembre.

Nous avons demandé à notre ambassade en Israël et à notre consulat général à Jéru­salem, qui sont, comme, vous le savez, en contact direct avec les parents de M. Hamouri, d’effectuer toutes les démarches utiles pour inciter les auto­rités israé­liennes à lui assurer un trai­tement équi­table et à accé­lérer son passage en jugement. Le consulat général à Jéru­salem a mis en œuvre l’ensemble des dis­po­si­tions de la pro­tection consu­laire des­tinée à nos com­pa­triotes. Je suivrai avec la plus grande attention l’évolution de cette affaire.

La France a appelé à plu­sieurs reprises – et le ministre a renouvelé lors de ses entre­tiens dans la région – à la libé­ration de pri­son­niers pales­ti­niens. La France considère cet élément comme important dans le cadre du réta­blis­sement de la confiance entre les parties. Je sou­haite vous assurer de la déter­mi­nation du ministre et des auto­rités fran­çaises à œuvrer dans ce sens.

Je vous prie d’agréer, Mon­sieur le Député, l’expression de ma haute considération.

(Ajouté à la main « Merci de nous avoir sensibilisé à ce cas ».)

Philippe ETIENNE

[1] Salah est détenu en Israël, en vio­lation du droit inter­na­tional. Voici l’un des mes­sages que sa mère - française-​​​​ a envoyé à l’Afps, le 2 sep­tembre 2007 : "Sun, 02 Sep 2007 18 :29 :57 +0300 Bonjour

Merci de votre message , tou­jours rien de nouveau , il y a 2 semaines nous avons ren­contré le ministre qui s’ occupe des pri­son­niers , il a été très gentil, il va essayer de faire son pos­sible mais rien depuis. j ’ ai envoye un message à Luisa mor­gantini [députée euro­péenne] mais je n’ ai pas eu de réponses.

Marwan Baghouti et mon fils sont assez proches , ils sont dans la même section à la prison de Hadarim et mon fils lui donne des lecons de francais.L’ avocate vient de nous pré­venir que la pro­chaine audience prévue le 9-​​9 allait être reportée , nous com­mencons à avoir l’ habitude de ces reports successifs. Merci."

[2] l’envoyé spécial de l’Humanité a écrit le 10 octobre 2007 Le Français Salah Hamouri dans les geôles israéliennes

Un jeune Franco-​​​​Palestinien est détenu en Israël depuis deux ans. Devant l’indifférence de Paris, sa famille s’est rap­prochée de celle - franco-​​​​israélienne - du soldat Shalit.

Il s’appelle Salah Hamouri. Il est français. Il est depuis deux ans dans une prison israé­lienne parce qu’il combat l’occupation de la Cis­jor­danie par Israël. Pourtant, le sort de Salah ne semble pas émouvoir outre mesure les auto­rités fran­çaises. Accusé d’être membre du Front popu­laire de libé­ration de libé­ration de la Palestine (FPLP) et, à ce titre, contre l’occupation des ter­ri­toires pales­ti­niens, d’avoir voulu assas­siner un diri­geant israélien - en l’occurrence le rabbin Yossef, leader spi­rituel de l’organisation Shaas -, notre com­pa­triote est détenu depuis plus de deux ans main­tenant dans les geôles israé­liennes. Il doit com­pa­raître devant la juri­diction mili­taire israé­lienne, qui, en tant que force d’occupation, juge ces « délits ».

Comme l’ont dénoncé à de mul­tiples reprises les orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales des droits de l’homme (Amnesty International, FIDH…) mais également israé­liennes (Gush Shalom, Bet­selem…), des mil­liers de Pales­ti­niens sont détenus au mépris du droit inter­na­tional. C’est le cas de Salah Hamouri.

Sa mère, Denise Guidoux-​​​​Hamouri, remue ciel et terre pour tenter de sortir son fils de l’emprisonnement mili­taire. L’avocate israé­lienne Léa Tsémel est en charge du dossier. Denise Guidoux est main­tenant en relation avec la famille du soldat israélien Guilad Shalit, fait pri­sonnier à la lisière de la bande de Gaza il y a main­tenant plus d’un an. La France, c’est bien naturel, cherche depuis à inter­céder pour per­mettre la libé­ration du soldat Shalit. Qu’en est-​​​​il du jeune Hamouri ?

Obtenir sa libération sain et sauf

Suite à une inter­pel­lation de Denise Guidoux, la mère, qui s’était émue de l’absence de réaction offi­cielle concernant un res­sor­tissant français et de la dif­fé­rence d’intervention entre son fils et le soldat israélien, le ministère français des Affaires étran­gères avait, à l’époque, répondu par « le cas du soldat franco-​​​​israélien n’est pas com­pa­rable à celui de votre fils. En effet, le soldat a été pris en otage et est actuel­lement entre les mains de ses ravis­seurs. Nous essayons donc, en relation avec les auto­rités israé­liennes, d’obtenir sa libé­ration sain et sauf, comme nous le faisons pour tout Français enlevé à l’étranger, dans le cadre de l’assistance consulaire ».

La mère de Salah s’est alors tournée vers les parents de Gilad Shalit. « J’ai découvert (…) que votre fils et le mien avaient beaucoup de points communs même si tout semble les séparer, ils sont jeunes et souffrent pour leur pays, ils ont tous les deux la natio­nalité fran­çaise, la France se doit donc de les sou­tenir, de les aider et d’aider leurs familles. » Pourtant, le ministère français continue comme si de rien n’était. « S’agissant de la situation de votre fils, celui-​​​​ci est empri­sonné par les auto­rités israé­liennes, dans le cadre d’une pro­cédure judi­ciaire en cours, dans laquelle je vous confirme que nous ne pouvons pas inter­férer », explique un haut fonc­tion­naire du Quai d’Orsay.

Député hono­raire, Jean-​​​​Claude Lefort s’est ému de cette situation. Il s’est adressé à Phi­lippe Etienne, directeur de cabinet du ministre des Affaires étran­gères (le service de presse a été contacté par l’Humanité), pour dénoncer le « silence par­ti­cu­liè­rement épais » qui entoure le cas du jeune Franco-​​​​Palestinien. Daniel Voguet, avocat français de Salah Hamouri, estime qu’« Israël, pays occupant, n’a aucune base légale pour juger un résistant » et entend s’adresser au gou­ver­nement français pour qu’il inter­vienne comme il le fait pour le soldat Shalit.

Pierre Barbancey