Libérez Vanunu !

Mairead Maguire, samedi 24 juillet 2010

Lettre ouverte d’appel au peuple juif.
Chers amis, Je vous écris pour vous demander votre aide pour la libé­ration d’un homme bon, un homme de paix et un homme de conscience.

Dans les Ecri­tures Jjuives , on insiste beaucoup sur la justice et la liberté et c’est pour cette raison et pour un homme que j’écris pour demander votre aide.

Il ne saura pas que je vous écris cet Appel, mais je le fais dans l’espoir que, avec votre aide, cela amènera sa liberté et non pas (et je dois prendre ce risque) faire que davantage de punition et de cruauté lui soient infligées.

Cependant, je pense que quand je vous racon­terai son his­toire, cela tou­chera votre coeur et que cer­tains d’entre vous pourront l’aider à retrouver sa liberté.

En mai 2010, cet homme a été renvoyé en prison pour trois mois pour avoir violé les inter­dic­tions imposées pour sa libé­ration et s’être exprimé dans des médias étrangers. Dimanche 11 juillet 2010, il a reçu sa pre­mière visite depuis sept semaines. Son frère, Meir, s’est vu accorder une visite de 30 minutes .Ils étaient séparés par une vitre et ils se par­lèrent par télé­phone. Il portait l’uniforme de la prison.

Il est détenu dans la partie la plus dure de la prison.Elle abrite les cri­minels les plus connus du pays, de célèbres assassins. Il est dans une cellule tout seul 24 heures par jour, pas de fenêtre mais une petite lucarne grillagée en haut d’un mur. Il a droit à une heure de pro­menade par jour dans une petite cour. Les gardes l’ont tout sim­plement jeté dans une cellule, la porte a été fermée et on l’a laissé souffrir là tout seul. Il n’a parlé à per­sonne pendant sept semaines et cette visite (en dehors d’une courte visite de son avocat il y a 6 semaines) est la pre­mière conver­sation qu’il a eue pendant sept semaines. Sa nour­riture est pauvre en qualité et en quantité, et ses lec­tures, deux livres qu’il avait sur lui. Bien entendu , il est au plus bas à cause de ces condi­tions dures, inhu­maines et cruelles.

Son nom est Mor­dechai Vanunu, et il se trouve dans la cellule d’une prison israé­lienne. Mor­dechai connaît bien la prison. En 1986 Mor­dechai Vanunu annonça au monde qu’Israël avait un pro­gramme d’armes nucléaires et il a été condamné à 18 ans de prison pour cela. Il est celui qui a vendu la mèche et 24 ans plus tard il continue à être puni pour avoir essayé d’avertir les Israé­liens et avoir protégé Israël et le monde d’un désastre nucléaire. Mor­dechai Vanunu a purgé l’intégralité de ses 18 ans (dont 11 ans en iso­lement) et , après l’avoir libéré, au lieu de l’autoriser à quitter Israël, le gou­ver­nement met de grandes limites à sa liberté, en par­ti­culier l’interdiction de quitter Israël et d’entrer en contact avec la presse étrangère. C’est parce qu’il a soit disant trans­gressé ces inter­dic­tions que Mor­dechai a été renvoyé en prison pour 3 mois. Il lui reste 6 semaines à faire dans ces dures condi­tions, et même après sa libé­ration, il devra tou­jours rester en Israël jusqu’en avril 2011, quand ces inter­dic­tions seront revues et pro­ba­blement renou­velées, comme elles l’ont été chaque année depuis 6 ans. Cer­tains disent que Vanunu ne sera jamais autorisé à quitter Israël, mais qu’il y mourra, si d’ici là les mauvais trai­te­ments ne lui ont pas fait perdre la raison.

Le Shaback continue de dire au gou­ver­nement israélien qu’il est dan­gereux et ne doit pas être libéré, et le gou­ver­nement et la justice israé­lienne lui obéissent et le gardent en prison. Vanunu n’est pas dan­gereux pour la sécurité d’Israël. Il ne connaît pas de secrets nucléaires. J’ai demandé à des Israé­liens pourquoi , selon eux, Israël refuse de per­mettre à Vanunu de quitter le pays. Plu­sieurs raisons sont invo­quées mais la réponse la plus cou­rante est que le gou­ver­nement d’Israël ne fait pas confiance à ses citoyens et retenir Vanunu pour tou­jours est un aver­tis­sement lancé aux citoyens de se tenir tranquilles.

Si cela est vrai, cette stra­tégie semble fonc­tionner. Au jour d’aujourd’hui, seuls quelques Juifs cou­rageux ont élevé leurs voix contre la cruauté et l’injustice dont Mor­dechai est victime et demandé qu’il soit autorisé à quitter le pays.Mais je ne crois que Mor­dechai sera autorisé à quitter Israël et je pense qu’il mourra à Jéru­salem. J’ai ren­contré Mor­dechai à plu­sieurs reprises depuis qu’il a été libéré le 21 avril 2004. C’est un homme bon, un homme de paix, et il suit l’exemple de Gandhi. Au lieu de le punir, Israël devrait être fier de Mor­dechai Vanunu, et je pense que les géné­ra­tions futures d’Israéliens, en pensant à notre époque, se ren­dront compte que vivait parmi eux un grand vision­naire et paci­fiste , non seulement pour Israël mais pour la famille humaine toute entière.

Il a beaucoup apprécié que je l’aie proposé plu­sieurs fois pour le Prix Nobel de la Paix, comme l’ont fait plu­sieurs per­sonnes éminentes pendant ces der­niers 24 années. Il est digne du Prix nobel car il vit et il agit comme Alfred Nobel qui aban­donna son prix au profit de ceux qui agis­saient pour la paix et le désarmement.

Cependant, c’est avec une pro­fonde tris­tesse que je reconnais que, malgré des cam­pagnes mon­diales menées par de nom­breuses per­sonnes, y compris Amnesty Inter­na­tional, et des cour­riers per­sonnels que j’ai envoyés au Pré­sident Obama et à Shimon Pérès, Mor­dechai Vanunu subit tou­jours, 24 ans après, un empri­son­nement et une punition cruelle par Israël. La plupart des leaders poli­tiques et reli­gieux et les ins­tances inter­na­tio­nales de notre époque gardent le silence devant la vio­lation des droits de l’homme et de la liberté de parole dont Vanunu est victime, et ceci en contra­diction avec de nom­breuses lois internationales.

Cependant je garde espoir qu’il sera libéré et je place mon espoir dans ces Juifs qui liront cette his­toire et qui se sen­tiront poussés à redresser un tort que subit tou­jours Mor­dechai Vanunu et qu’ils exi­geront de leur gou­ver­nement de lui rendre la liberté et de l’autoriser à quitter Israël.

Shalom

Mairead Maguire

Prix Nobel