Liban : mettre fin aux mesures discriminatoires envers les Palestiniens

Amnesty International, dimanche 21 octobre 2007

Les mesures dis­cri­mi­na­toires prises par les auto­rités liba­naises à l’encontre des réfugiés pales­ti­niens violent les obli­ga­tions du Liban au regard de la légis­lation inter­na­tionale relative aux droits humains, et doivent cesser immé­dia­tement, selon un rapport d’Amnesty Inter­na­tional (AI) publié le 17 octobre

« Les nom­breuses res­tric­tions qui conti­nuent de peser sur les Pales­ti­niens et qui les excluent du droit au travail, à l’enseignement, à un logement décent et à la santé sont tota­lement injus­ti­fiées et doivent être levées sans tarder », peut-​​on lire dans le rapport publié par l’organisation de défense des droits humains, basée à Londres.

Selon l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), c’est au Liban que le pour­centage de réfugiés pales­ti­niens vivant dans une extrême pau­vreté est le plus élevé.

D’après le rapport d’AI, les condi­tions de vie déplo­rables, les res­tric­tions dans l’accès à l’emploi et aux ser­vices sociaux qui conti­nuent d’être imposées aux Pales­ti­niens, près de 60 ans après que leurs pères eurent été chassés de Palestine à la suite de la création de l’Etat d’Israël, font que les quelque 400 000 réfugiés enre­gistrés offi­ciel­lement au Liban doivent se battre quo­ti­dien­nement pour survivre.

Le rapport de 30 pages, qui est le résultat de voyages d’étude effectués par AI au Liban au cours des quatre der­nières années, appelle également le gou­ver­nement libanais à mettre fin aux res­tric­tions imposées aux Pales­ti­niens sur le marché de l’emploi. En effet, une loi votée en 1995 inter­disait aux réfugiés pales­ti­niens - consi­dérés comme des étrangers vivant tem­po­rai­rement au Liban - d’exercer plus de 70 métiers, y compris dans les pro­fes­sions libé­rales, le com­merce et l’administration.

« Le droit au travail et à la sécurité sociale sont des droits inter­na­tio­na­lement reconnus que les auto­rités liba­naises recon­naissent et sont léga­lement tenues d’appliquer », a expliqué Neil Sam­monds, spé­cia­liste du Liban à Amnesty Inter­na­tional, lors de la confé­rence de presse orga­nisée à Bey­routh à l’occasion de la publi­cation du rapport.

Même si un amen­dement adopté en 2005 a permis de lever cer­taines inter­dic­tions frappant une cin­quan­taine d’emplois admi­nis­tratifs et com­mer­ciaux (ainsi que ceux de cui­sinier, de chauffeur et de coiffeur), très peu de Pales­ti­niens ont déposé des demandes d’obtention de permis de travail.

Permis de travail

Sur les 109 000 permis de travail délivrés en 2005 à des étrangers, seuls 270 concer­naient des Pales­ti­niens, a noté AI. En 2006, il n’y en avait que 39. La déli­vrance d’un permis de travail coûte 700 dollars amé­ri­cains - ce qui repré­sente déjà un somme impor­tante au Liban -, et les tra­vailleurs pales­ti­niens qui en dis­posent d’un doivent en plus payer une taxe pour les ser­vices sociaux, alors qu’ils n’ont pas droit à ces prestations.

AI exhorte le gou­ver­nement libanais à amender sa loi sur le principe de la réci­procité - un principe en vertu duquel il accorde le droit de travail aux res­sor­tis­sants des pays qui recon­naissent ce droit aux citoyens libanais -, arguant qu’elle ne devrait pas s’appliquer aux Pales­ti­niens puisqu’ils sont apatrides.

M. Sammond s’est dit modé­rément opti­miste quant à la volonté du ministère de l’Emploi d’étendre la levée des res­tric­tions à d’autres métiers. Le ministère envi­sa­gerait d’autoriser les Pales­ti­niens à exercer cer­taines pro­fes­sions libé­rales telles que celles de médecin et d’avocat, des pro­fes­sions qui leur sont inter­dites à l’heure actuelle.

« Des camps misérables »

Un peu plus de la moitié des Pales­ti­niens du Liban - 400 000 enre­gistrés, mais on estime à environ 300 000 le nombre réel de réfugiés, selon le rapport - vivent dans des camps que AI qua­lifie de « misé­rables et délabrés ».

Le rapport fait remarquer au gou­ver­nement que la super­ficie allouée aux 12 camps offi­ciels n’a pas changé depuis 1948 - année de l’arrivée des pre­miers Pales­ti­niens au Liban -, bien que le nombre de réfugiés enre­gistrés ait été mul­tiplié par quatre. La loi interdit aux Pales­ti­niens de faire entrer des maté­riaux de construction dans cer­tains camps, ce qui empêche la réno­vation, l’extension ou l’amélioration des habitations.

« Les res­tric­tions imposées pendant des années par les auto­rités liba­naises ont eu de dures consé­quences pour des cen­taines de mil­liers de Pales­ti­niens qui vivent depuis des décennies dans des construc­tions impro­visées ou dégradées, entassés dans des camps dépourvus des équi­pe­ments les plus élémen­taires », peut-​​on lire dans le rapport. « Le droit de ces Pales­ti­niens à un logement suf­fisant fait l’objet de graves violations ».

Un optimisme modéré

Plutôt élogieux à l’égard des ini­tia­tives du gou­ver­nement libanais actuel, qui a fait beaucoup plus que les gou­ver­ne­ments pré­cé­dents pour amé­liorer les condi­tions de vie des réfugiés pales­ti­niens, AI a tout de même tenu à mini­miser les pers­pec­tives d’une solution immé­diate à ces problèmes.

« Nous sommes modé­rément opti­mistes quant à l’extension de la levée des res­tric­tions d’accès à l’emploi », a dit M. Sammond d’AI à IRIN. « Le gou­ver­nement et les diri­geants pales­ti­niens se féli­citent de leur dia­logue poli­tique, mais recon­naissent que le moment choisi pour les réformes n’est pas bon, étant donné l’impasse poli­tique dans laquelle se trouve le Liban actuellement ».