Liban : le Hezbollah s’engage à ne pas utiliser ses armes à des fins politiques

AFP, mardi 27 mai 2008

Le chef du Hez­bollah, Hassan Nas­rallah, s’est engagé lundi à ce que le mou­vement chiite n’utilise pas ses armes à des fins poli­tiques, lors d’un dis­cours à l’occasion du 8e anni­ver­saire du retrait israélien du sud du Liban.

"J’appuie la clause de l’accord de Doha qui stipule qu’il ne faut pas recourir aux armes de la résis­tance pour réa­liser des gains poli­tiques", a déclaré Hassan Nas­rallah dans son allo­cution dif­fusée d’un endroit tenu secret sur un écran géant, devant des mil­liers de par­tisans ras­semblés dans la ban­lieue sud de Beyrouth.

"Les armes de la résis­tance servent à com­battre l’ennemi (Israël, ndlr), libérer les terres et les pri­son­niers, et défendre le Liban et rien d’autre", a-​​t-​​il insisté, en réfé­rence à la résis­tance du Hez­bollah contre Israël qui s’était retiré du Liban-​​sud en mai 2000.

"Mais, d’un autre côté, il ne faut pas uti­liser les armes de l’Etat pour régler des comptes avec un groupe poli­tique opposant ou pour le profit de parties étran­gères", a-​​t-​​il poursuivi.

Un échange de tirs, dont les cir­cons­tances n’étaient pas claires, a éclaté juste après le dis­cours d’Hassan Nas­rallah lundi soir dans l’ouest de Bey­routh entre des par­tisans de l’opposition conduite par le Hez­bollah et des mili­tants de la majorité liba­naises, de source interne aux ser­vices de sécurité.

Cette source n’a pas parlé d’éventuelles vic­times dans l’accrochage, contrai­rement à Future Tele­vision, chaîne de la famille de Saad Hariri, chef du Courant du Futur, le prin­cipal bloc de la majorité, qui a annoncé 16 blessés.

Un accord conclu mer­credi à Doha, au Qatar, a mis fin à 18 mois de luttes de pouvoir entre la majorité anti­sy­rienne, sou­tenue par les Occi­dentaux et l’Arabie saoudite, et l’opposition, menée par le Hez­bollah et appuyée par l’Iran et la Syrie.

Il interdit notamment le recours aux armes ou à la vio­lence à des fins politiques.

La crise liba­naise avait dégénéré le 7 mai en affron­te­ments entre fac­tions rivales qui avaient fait 65 morts et plus de 200 blessés en une semaine.

Lors des combats, le Hez­bollah était parvenu à prendre le contrôle du secteur ouest de Bey­routh, fief des sun­nites, qui sou­tiennent le gouvernement.

La majorité avait alors accusé le Hez­bollah, seule milice à avoir gardé ses armes après la fin de la guerre civile (197590), d’avoir retourné ses armes contre le peuple libanais.

Un des pre­miers points de l’accord de Doha a été l’élection, dimanche, d’un pré­sident de la Répu­blique, Michel Sleimane. Le pré­sident libanais Michel Sleiman le 26 mai 2008 à Bey­routh - AFP

Dans son dis­cours d’investiture, Michel Sleimane avait salué le rôle de la "résis­tance", réfé­rence au Hez­bollah, dans la lutte contre Israël, mais avait averti que le parti chiite ne devait pas "tirer profit de ses succès pour les uti­liser dans des conflits internes".

Hassan Nas­rallah a en outre affirmé que son mou­vement ne voulait pas du pouvoir au Liban.

"Nous ne voulons pas du pouvoir au Liban, nous ne voulons pas contrôler le Liban et nous ne voulons pas gou­verner le Liban", a déclaré le chef du Hezbollah.

"Nous ne voulons pas imposer notre point de vue sur le peuple libanais car nous croyons que le Liban est un pays mul­tiple et varié et que ce pays ne vivra qu’avec la par­ti­ci­pation de tous", a-​​t-​​il ajouté.

Des tirs de joie ont accom­pagné le début et la fin du dis­cours, blessant une femme à Beyrouth.

Nas­rallah a entre outre salué l’élection de M. Sleimane qui, selon lui, "renou­velle l’espoir des Libanais en une nou­velle ère".

"Le dis­cours d’investiture reflète l’esprit d’entente qu’il a promis d’appliquer et c’est ce dont le Liban a besoin", a estimé le diri­geant chiite.

M. Sleimane doit lancer mer­credi les consul­ta­tions pour la for­mation d’un gou­ver­nement d’union nationale, selon une source à la présidence.

La com­po­sition du nouveau gou­ver­nement devrait être conforme à l’accord de Doha qui donne à l’opposition une minorité de blocage, avec 11 ministres sur 30, ce que réclamait le mou­vement chiite depuis des mois.