Liban : Une mesure très impor­tante au regard des droits des Pales­ti­niens, les réfugiés nés au Liban peuvent rechercher du travail

L’Orient le Jour, AFP. Mohammed Zaatari, the Daily Star, mardi 28 juin 2005

Le ministre libanais du Travail a levé hier ( lundi, 27 juin 2005 ) l’interdit frappant, depuis 22 ans, les Pales­ti­niens du Liban au niveau de l’exercice d’une cin­quan­taine de métiers dans le secteur privé, a annoncé l’Agence nationale d’information (officielle).

Le ministre libanais du Travail a levé hier ( lundi, 27 juin 2005 ) l’interdit frappant, depuis 22 ans, les Pales­ti­niens du Liban au niveau de l’exercice d’une cin­quan­taine de métiers dans le secteur privé, a annoncé l’Agence nationale d’information (officielle).Le ministre Trad Hamadé a publié un mémo­randum « exemptant les Pales­ti­niens nés au Liban et dûment enre­gistrés auprès du ministère de l’Intérieur de l’interdiction d’exercer » les pro­fes­sions limitées aux Libanais, a précisé l’Ani.

Interrogé par L’Orient-Le Jour, M. Hamadé a affirmé qu’il n’a fait qu’appliquer la pré­ro­gative que lui donne l’arrêté n° 1/​79 qui autorise le ministre concerné à « lever l’interdit frappant une cer­taine caté­gorie de tra­vailleurs étrangers ». « Il était temps de remédier à la situation socio-​​économique des réfugiés pales­ti­niens, devenue inad­mis­sible », a ajouté le ministre, pré­cisant que ce nouveau sursis reste tou­tefois « tri­bu­taire des demandes du marché ».

Cette décision inter­vient alors qu’une forte pro­portion d’ouvriers syriens, estimés à plu­sieurs cen­taines de mil­liers avant le retrait des troupes de Damas fin avril, a quitté le Liban.

La Confé­dé­ration générale des tra­vailleurs du Liban (CGTL) a « félicité » l’Union générale des tra­vailleurs pales­ti­niens de cette décision. « Il s’agit d’un premier pas pour octroyer aux Pales­ti­niens leurs droits civils et sociaux conformes à la justice et aux droits de l’homme », sou­ligne la CGTL.

« C’est un pas positif très important au regard des droits des Pales­ti­niens », a pour sa part indiqué à l’AFP Souheil Natour, directeur du Centre de pro­tection des droits de l’homme, une ONG pales­ti­nienne basée à Bey­routh. « Il fau­drait le com­pléter en auto­risant le travail des cadres pales­ti­niens, déten­teurs de diplômes uni­ver­si­taires, comme les avocats, les médecins et ceux qui exercent d’autres pro­fes­sions libé­rales de ce type, qui sont tou­jours inter­dites », a-​​t-​​il ajouté.

« Il fau­drait également annuler l’amendement de la loi adoptée en 2001, inter­disant aux Pales­ti­niens du Liban l’acquisition de pro­priétés fon­cières et immo­bi­lières », a-​​t-​​il sou­ligné, citant l’exemple de Pales­ti­niens déten­teurs au Liban d’appartements acquis avant cette date et qui se retrouvent en état de « non-​​ droit ».

L’interdiction de travail pour les Pales­ti­niens dans des dizaines d’emplois, du concierge d’immeuble jusqu’à l’employé de banque, est en vigueur depuis 1983, soit un an après l’invasion israé­lienne du Liban.

Selon l’Onu, quelque 400 000 Pales­ti­niens sont enre­gistrés au Liban. Tou­tefois, selon des esti­ma­tions concor­dantes, en raison de l’émigration massive, le Liban n’abrite pas plus de 250 000 Pales­ti­niens, répartis dans 12 camps de réfugiés et vivant dans des condi­tions extrê­mement précaires.


Au bout de 20 ans, les Palestiniens ont enfin le droit de travailler

Les réfugiés nés au Liban peuvent rechercher du travail

Par Mohammed Zaatari, 28 juin 2005,

Sidon - La décision du Ministre du travail, Trad Hamadeh, per­mettant aux Pales­ti­niens nés au Liban d’exercer cer­tains emplois redonne l’espoir à des mil­liers de Pales­ti­niens qui, jusqu’à présent, n’avaient été embauchés que pour des boulots jour­na­liers, privés de leurs droits et accablés par le chômage et la misère.

Hamadeh a émis une directive sti­pulant que les Pales­ti­niens nés sur le ter­ri­toire libanais et enre­gistrés offi­ciel­lement au ministère de l’intérieur libanais ne seront pas exclus de la plupart des pro­fes­sions au Liban.

Sa directive a été accueillie avec satis­faction par les cercles poli­tiques pales­ti­niens et est considéré comme un prélude à un enga­gement plus sérieux vis-​​à-​​vis des pro­blèmes des réfugiés pales­ti­niens du pays, dont le plus urgent est la nécessité de recon­naître leurs droits civils et sociaux.

Les réfugiés pales­ti­niens vivant au Liban étaient consi­dérés aupa­ravant comme des étrangers dans le pays et l’idée de leur accorder des droits était consi­dérée comme un prélude à leur ins­tal­lation per­ma­nente dans le pays. En consé­quence, pendant plus de 50 ans, plus de 70 pro­fes­sions ont été inter­dites aux réfugiés palestiniens.

Ce manque de pos­si­bi­lités de travail pour les réfugiés pales­ti­niens au Liban a crée des condi­tions écono­miques dévas­ta­trices dans les camps de réfugiés.

Les tra­vailleurs ont décrit cette décision comme conforme aux droits humains fon­da­mentaux surtout étant donné que c’est arrivé à un moment de pression inter­na­tionale accrue vis-​​à-​​vis des réfugiés pales­ti­niens afin de les forcer à accepter une solution où ils renon­ce­raient à leur droit au retour.

Le secré­taire général des Comités Popu­laires Pales­ti­niens à Sidon, Abed Maqdah, a décrit cette décision comme étant « impor­tante » et his­to­rique » disant qu’elle mettait fin à une injustice qui avait été infligée aux Pales­ti­niens pendant beaucoup d’années.

Maqdah dit que la décision était « une position poli­tique nationale » visant à sou­tenir la cause pales­ti­nienne face à la pression internationale.

« Si cer­tains pensent qu’ils nous refusent une ins­tal­lation per­ma­nente en nous privant de nos droits, nous répétons que nous sommes des invités au Liban et que nous refusons une ins­tal­lation per­ma­nente et insistons sur notre droit au retour » affirme-​​t-​​il.

Les pales­ti­niens tra­vaillent comme jour­na­liers dans des boulots manuels tels que le bâtiment et l’agriculture.

Le taux de chômage parmi les ingé­nieurs et les doc­teurs a aug­menté à tel point que cer­tains d’entre eux ont ouvert des cli­niques et des bureaux dans leurs propres maisons et plus par­ti­cu­liè­rement, tous ceux à qui l’UNRWA n’a pas donné d’emplois.

La phar­ma­cienne Salha Wardeh dit : « J’ai étudié la phar­macie et n’ai pas trouvé de travail. Je pense que cette décision redonne de l’espoir et j’espère pouvoir ouvrir une officine à l’extérieur du camp ».

Pour sa part, Yasser Abdullah, un diplômé en élec­tro­nique du ‘Sibline Voca­tional Ins­titute’ qui a trans­formé sa maison en magasin de répa­ra­tions, a dit qu’il espérait que la décision serait bien mise en pratique.

Etant donné que les réfugiés n’ont pas d’autre choix, des dou­zaines de magasins indus­triels sont sur­con­centrés le long des bâti­ments rési­den­tiels dans le camp d’Ain al-​​Hilweh.

Adel Manfi a décrit la décision comme « sage » en disant qu’elle allait béné­ficier aussi bien aux Libanais qu’aux Palestiniens.

Les Pales­ti­niens ont appris qu’ils pourront avoir accès à cer­tains emplois qui néces­sitent un permis de travail et dont la fis­calité est très élevée.

Le diri­geant des comités de défense du droit au retour, Fouad Othman, dit que la décision aide à amé­liorer les rela­tions entre les Pales­ti­niens et les Libanais mais qu’elle aide aussi à pro­mouvoir la résis­tance pales­ti­nienne au refus d’une ins­tal­lation permanente.

Othman dit : « Cette décision est his­to­rique et c’est un pas vers le sou­la­gement de l’injustice qui pèse sur les épaules du peuple palestinien ».

Ibrahim Qott, pro­prié­taire d’un magasin de peinture, a dit : « L’état libanais nous a traité comme des étrangers » en rajoutant « une ins­tal­lation per­ma­nente ne peut pas être évitée si cela nous est imposé ».

Mais Ali Eid, un chauffeur de taxi, dit que l’installation per­ma­nente va com­mencer « main­tenant en nous per­mettant de tra­vailler et dans le futur, en nous donnant la natio­nalité libanaise ».