Liban ; Israël menace d’intervenir si le Hezbollah l’emporte

Marc Henry, lundi 8 juin 2009

Le ministre de la Défense, Ehoud Barak, envisage de s’attaquer aux infra­struc­tures civiles liba­naises en cas d’arrivée au pouvoir du Hezbollah.

Le Liban risque de payer très cher une vic­toire du Hez­bollah aux élec­tions : tel est l’avertissement qu’Israël veut faire passer. À en croire Ehoud Barak le ministre de la Défense, si le Hez­bollah l’emporte, « l’armée israé­lienne aura une liberté d’action dont elle n’a pas disposé lors de la guerre de 2006 ». Une allusion très claire au fait que l’État hébreu en cas de nou­velles confron­ta­tions mili­taires avec le Hez­bollah n’hésitera pas à attaquer non seulement des cibles liées au mou­vement chiite, mais aussi les infra­struc­tures civiles liba­naises telles que, par exemple, des ponts, des routes, des casernes…

Il y a trois ans, l’armée israé­lienne avait lancé une vaste opé­ration pour tenter de « casser » l’appareil mili­taire du Hez­bollah dans le Liban-​​Sud à la suite d’une infil­tration à la fron­tière d’un com­mando isla­miste qui avait enlevé deux soldats. Au cours du mois de combats qui a suivi, l’État hébreu a non seulement attaqué les posi­tions du mou­vement près de la fron­tière, mais aussi mas­si­vement pilonné un quartier chiite du sud de Bey­routh, bastion du Hez­bollah. Sous la pression des États-​​Unis et des Euro­péens, l’aviation israé­lienne s’était dans un premier temps abs­tenue de s’en prendre à des objectifs non-​​chiites, mais ces res­tric­tions avaient été en partie levées lorsque la « banque des cibles » chiites s’était épuisée.

Profonde rancœur

Depuis cette guerre, Israël a un compte ouvert avec le Hez­bollah. Hasard du calen­drier : Dan Haloutz, le chef d’état-major à l’époque de l’opération au Liban vient de recon­naître pour la pre­mière fois publi­quement que l’armée israé­lienne avait tenté, en vain, au moins une fois d’éliminer Hassan Nas­rallah, le chef du Hez­bollah. Ces menaces à peine voilée témoignent d’une pro­fonde rancœur. Malgré les pro­messes un peu rapides données par l’état-major, le Hez­bollah a survécu à la tempête et a tiré 4 000 roquettes contrai­gnant même jusqu’au dernier jour, près d’un million d’Israéliens, habi­tants de Galilée, à vivre dans des abris. Depuis, le calme règne à la fron­tière grâce notamment au déploiement de ren­forts de casques bleus de la Finul (Forces inté­ri­maire des Nations unies au Liban). Mais pour la plupart des experts israé­liens, il ne s’agit que d’une accalmie passagère.

Le moindre incident pourrait pro­voquer un retour de flamme. L’armée, mais aussi le Mossad, les ser­vices secrets restent plus que jamais sur le pied de guerre. La tension est de nouveau montée d’un cran récemment avec une ten­tative d’attentat attribué au Hez­bollah à Bakou visant l’ambassade d’Israël en Azer­baïdjan, pays voisin de l’Iran, selon le Los Angeles Times. Depuis des mois les res­pon­sables israé­liens s’attendent à des attaques du Hez­bollah dans le monde pour venger Imad Moughnieh, le chef mili­taire de l’organisation tuée en février 2008 à Damas par l’explosion d’une voiture piégée. Le Hez­bollah qui a accusé Israël a juré de se venger dans la région ou à l’étranger.

Un autre motif d’inquiétude est également apparu de façon plus sur­pre­nante aux États-​​Unis. Les mili­taires israé­liens redoutent en effet que les avions, les chars et autres armes que les Amé­ri­cains s’apprêtent à fournir à l’armée liba­naise tombent dans les mains du mou­vement chiite, une fois au pouvoir. Les médias israé­liens n’ont pas non plus manqué de mettre en avant les décla­ra­tions d’Hassan Nas­rallah, qui a affirmé ces der­niers jours que son mou­vement va œuvrer pour une armée liba­naise « forte », tout en se féli­citant que l’Iran soit prête à lui fournir des armes, qui pour­raient remettre en cause la supré­matie totale dont béné­ficie l’aviation israélienne.