Liban : Des réfugiés palestiniens restent inflexibles sur la question du retour

Irin, samedi 22 décembre 2007

Si les leaders pales­tinien et israélien ont convenu de par­venir à un accord de paix total avant la fin de l’année pro­chaine, lors de la confé­rence d’Annapolis du 27 novembre orga­nisée par le gou­ver­nement amé­ricain, dans le camp de réfugiés d’Ain Al-​​Hilweh au Liban, la vie de 75 000 Pales­ti­niens est marquée par un pro­blème inso­luble : le droit des réfugiés pales­ti­niens à retourner vivre chez eux.

« Per­sonne ne peut négocier notre droit au retour en Palestine. Il n’y a qu’un seul pays que l’on nomme Palestine et nous n’y retour­nerons jamais si nous ne nous opposons pas à Israël », a indiqué Abu Yousef, un com­battant d’Ansar Allah, une faction isla­miste radicale palestinienne.

Comme aucun autre pro­blème, le droit au retour est un sujet qui polarise les négo­cia­tions de paix entre Israé­liens et Palestiniens.

Pour bon nombre de Pales­ti­niens, le droit au retour des quelque six mil­lions de réfugiés, des­cen­dants de per­sonnes ayant fui la Palestine après la création de l’Etat d’Israël en 1948, est un droit non négociable.

Pour les auto­rités israé­liennes – dont les his­to­riens offi­ciels contestent le chiffre de six mil­lions et la raison de l’exode massif des Pales­ti­niens – il s’agit d’un pro­blème exis­tentiel : le nombre réel de réfugiés pales­ti­niens pouvant faire valoir leur droit au retour dans leurs foyers d’avant 1948 repré­sente un danger démo­gra­phique pour le seul Etat juif du monde.

Lors des négo­cia­tions de camp David, orga­nisées en 2000 par les auto­rités amé­ri­caines et qui s’étaient soldées par un échec, les négo­cia­teurs israé­liens avaient suggéré qu’un nombre limité de réfugiés pales­ti­niens serait autorisé à retourner en Israël pour des raisons huma­ni­taires ou dans le cadre d’une réuni­fi­cation familiale.

Quant aux autres per­sonnes consi­dérées aujourd’hui comme réfugiés pales­ti­niens, elles s’installeraient dans leur lieu de rési­dence actuel, dans le nouvel Etat pales­tinien ou dans des pays tiers.

La création d’un fonds inter­na­tional avait également été pré­co­nisée. Ce fonds, qui serait financé par Israël et d’autres pays, serait chargé d’enregistrer les demandes d’indemnisation des biens perdus et d’effectuer des paie­ments dans la limite de ses ressources.

Adoptée en décembre 1948, la réso­lution 194 de l’Assemblée générale des Nations Unies, reconnaît le droit des réfugiés à retourner vivre en paix dans leurs anciens foyers ou à recevoir des indem­nités à titre de com­pen­sation pour les biens perdus.

De même, selon l’article 13 de la Décla­ration uni­ver­selle des droits de l’homme, « toute per­sonne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays ».

« Nous vivons dans la misère tous les jours »

Si le pro­blème du sort des réfugiés a été ignoré pendant les pré­cé­dentes consul­ta­tions diplo­ma­tiques du Moyen-​​Orient, la question n’a pas été oubliée dans le camp d’Ain al-​​Hilweh, un camp pous­siéreux et dan­gereux, fait de maisons en par­paing et situé à la péri­phérie du port de Sidon, dans le sud du Liban.

« Je suis né ici en 1958 sous une petite tente », a raconté Abu Ahmad Fadel Taha, res­pon­sable du groupe isla­miste Hamas, à Ain al-​​Hilweh. « J’ai vécu ici toute ma vie avec mon père, qui a actuel­lement 94 ans, et mes huit enfants. Nous vivons dans la misère tous les jours, mais tous les jours nous vivons avec le rêve du retour ».

« Israël veut que les Pales­ti­niens admettent que la Palestine est la terre des Juifs. Ils veulent que nous aban­don­nions notre droit au retour », a affirmé M. Taha. « La Palestine est notre terre et celle de nos petits-​​enfants et elle ne peut être libérée que par la résis­tance. Les confé­rences de paix d’Oslo et de Madrid n’ont apporté que la honte. Nous ne croyons pas aux négociations ».

Double impasse

Outre leur rêve du retour, les Pales­ti­niens du Liban sont confrontés à un ensemble de dif­fi­cultés uniques en leur genre.

Inca­pables d’acquérir la citoyenneté de ce pays, en raison des risques que cela pourrait faire courir au délicat équi­libre du système de partage confes­sionnel du pouvoir, les quelque 400 000 Pales­ti­niens du Liban vivent dans une double impasse : le refus de s’installer ailleurs dans leur pays hôte et la reven­di­cation d’une meilleure prise en compte de leurs droits, comme le droit à exercer un métier dans plus de 70 pro­fes­sions qui leur sont inter­dites actuellement.

Selon l’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour l’aide aux réfugiés pales­ti­niens, le Liban a le pour­centage le plus élevé de réfugiés pales­ti­niens vivant dans des condi­tions de pau­vreté extrême et les impli­ca­tions les plus graves de cet état de fait se font sentir dans les 12 camps de réfugiés officiels.

Confor­mément aux accords de 1969, qui consacrent l’extraterritorialité des camps, les auto­rités liba­naises n’ont pas le droit d’entrer dans ces camps et les Pales­ti­niens doivent assurer leur propre système de sécurité.

Pour bon nombre d’habitants des camps, le port d’arme est le symbole de leur refus de renoncer à leur statut de réfugiés.

« Nous conservons nos armes comme un gage de garantie de notre droit à retourner dans notre mère patrie », a déclaré Sheikh Maher Oweid, com­mandant d’une faction isla­miste radicale d’Ansar Allah, à Ain al-​​Hilweh.

Mais trop souvent, les armes des fac­tions rivales se sont retournées contre elles, de fré­quents combats meur­triers ayant opposé au cours des deux der­nières années des groupes isla­mistes radicaux tels qu’Ozbat Ansar, qui prétend être la plus impor­tante faction du camp, et le Fatah, la faction rivale de toujours.

La des­truction cet été du camp de réfugiés de Nahr al-​​Bared – nord de Bey­routh –, après trois mois d’affrontements entre l’armée liba­naise et les mili­tants isla­mistes radicaux dont la plupart étaient des étrangers qui se ter­raient dans le camp, a contribué à aggraver encore plus la tension entre les radicaux isla­mistes et les fac­tions modérées.

« Les mili­tants du Fatah nous ont tiré dessus à plu­sieurs reprises, mais notre religion nous dit que nous devons pro­téger les civils pales­ti­niens du camp », a affirmé Sheikh Abu Sharif, porte-​​parole d’Ozbat Ansar.

Les extré­mistes sun­nites d’Ozbat se défi­nissent comme des com­bat­tants inter­na­tionaux du Jihad – la guerre sainte - luttant contre ce qu’ils appellent « l’occupation israé­lienne et amé­ri­caine » et pour l’instauration d’un régime isla­mique dans le monde. Ces mili­tants cri­tiquent à la fois le Hamas et le Hez­bollah, le mou­vement isla­mique chiite libanais, pour leur pro­gramme mini­ma­liste qui vise uni­quement à la fin de l’occupation israé­lienne de la Palestine et d’une partie du Sud-​​Liban.

Les mili­tants d’Ozbat Ansar croient eux aussi au droit au retour, mais pas par des moyens pacifiques.

« Nous avons réussi à créer une aile mili­taire à l’intérieur de la Palestine occupée », a dit M. Abu Sharif, faisant le vœu de com­battre toute solution résultant de la ren­contre d’Annapolis et qui prô­nerait la création de deux Etats.

« Dieu nous avait promis que nous retour­ne­rions dans notre patrie. Mais nous n’aurons jamais la Palestine sans le jihad ».