Lettre ouverte à A. Ros­sinot à propos des journées franco-​​israéliennes orga­nisées par la ville de Nancy

AFPS, ATMF, CCFD, Secours Catholique, UJFP, vendredi 15 janvier 2010

Des journées franco-​​israéliennes sont orga­nisées par la ville de Nancy dans le cadre du jumelage avec Kyriat Shmona, mani­fes­tation qui ferait de la pro­pa­gande pour l’Etat d’Israël, alors même que cet Etat est aujourd’hui mis en cause par l’ONU pour crimes de guerre, voire crimes contre l’humanité.

Contact : Association France Palestine Solidarité

7, rue Pierre Seguin – 54500 Vandœuvre-​​lès-​​Nancy email : afps54​@​laposte.​net

à

Monsieur André Rossinot, maire de Nancy

Nancy, le 14 janvier 2010

Monsieur le Maire,

Nous, habi­tants de Nancy et de son agglo­mé­ration, citoyens français et étrangers, laïcs, chré­tiens, juifs, musulmans, athées et agnos­tiques, avons pris connais­sance du pro­gramme des journées franco-​​israéliennes orga­nisées par la ville de Nancy dans le cadre du jumelage avec Kyriat Shmona.

Nous sommes pré­oc­cupés de voir le nom de notre ville associé à une mani­fes­tation qui ferait de la pro­pa­gande pour l’Etat d’Israël, alors même que cet Etat est aujourd’hui mis en cause par l’ONU pour crimes de guerre, voire crimes contre l’humanité, à la suite de l’offensive meur­trière contre la Bande de Gaza, il y a un an.

En 1999-​​2000, notre ville a fêté le cen­te­naire de l’Ecole de Nancy et, en 2004-​​2005, Nancy était nommée capitale des Lumières. L’an dernier, nous avons célébré le cin­quan­te­naire de la Décla­ration des droits de l’Homme. Ensemble, nous étions alors fiers de par­tager les valeurs de justice sociale, d’égalité des droits, de conscience uni­ver­selle et d’humanisme. Autant de valeurs qui se trouvent bafouées par Israël aujourd’hui…

Est-​​il utile de rap­peler que le peuple pales­tinien vit sous occu­pation illégale israé­lienne depuis trop long­temps ? Colonisé, dépossédé de sa terre et privé de ses res­sources. Arres­ta­tions, humi­lia­tions aux check-​​points, dif­fi­cultés de cir­culer à cause du Mur et des routes inter­dites, para­lysent l’économie et rendent toute vie normale impos­sible en Cisjordanie.

En toute illé­galité, l’implantation et l’extension de colonies israé­liennes se pour­suivent impla­ca­blement avec leur cortège d’expropriations, de démo­li­tions et d’expulsions. Dans un rapport rendu public mardi 27 octobre 2009, Amnesty Inter­na­tional accuse le gou­ver­nement de Tel-​​Aviv de main­tenir, au bénéfice des colons, un contrôle total sur l’eau, cette res­source essen­tielle pour la région.

A Gaza, l’agression israé­lienne de janvier 2009 fut effroyable et très lourde de consé­quences. Aux 1 400 morts et 5 000 blessés, civils en grande majorité, il faut ajouter les des­truc­tions mas­sives des infra­struc­tures : routes, hôpitaux, écoles, bâti­ments publics, immeubles d’habitation. Le rapport Gold­stone, qui vient d’être adopté par l’Assemblée Générale de l’ONU, dresse un bilan très précis de ces exac­tions et rend Israël res­pon­sable de crimes de guerre.

Rap­pelons que, sur ce ter­ri­toire de 363 km2, grand comme 2 fois l’agglomération nan­céienne, vivent un million et demi de Pales­ti­niens. Une des den­sités de popu­lation les plus fortes au monde.

Le blocus écono­mique qu’Israël main­tient depuis plus de trois ans, y empêche les entrées de pro­duits de base : vête­ments, semoule, pro­duits lai­tiers, essence, maté­riaux de construction… Israël ne laisse passer au compte goutte que cer­tains pro­duits afin de main­tenir un état de pénurie, de dépen­dance et d’humiliation général et permanent.

Si Israël peut se per­mettre ce que ne se permet aucun autre État au monde, c’est grâce à l’impunité dont il béné­ficie de la part de la com­mu­nauté inter­na­tionale. Lui offrir une tribune de pro­pa­gande n’est pas pos­sible. Les habi­tants de l’agglomération nan­céienne qui ont mani­festé par mil­liers en janvier 2009 contre les mas­sacres de Gaza n’accepteraient pas que l’argent public soit utilisé pour financer une opé­ration de pro­pa­gande d’Israël. Au contraire, ils sont de plus en plus nom­breux, comme un peu partout dans le monde, à dire : « l’impunité d’Israël ça suffit ! ». De plus en plus nom­breux, ils se mobi­lisent pour que les ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales prennent des sanc­tions contre ces vio­la­tions du droit inter­na­tional et des droits de l’Homme.

Si la muni­ci­palité de Nancy sou­haite, comme nous, que puisse voir le jour un Etat pales­tinien coexistant avec l’Etat d’Israël, si son objectif est de rap­procher les peuples, nous ne pouvons que l’inviter à mettre en place, en parallèle avec le jumelage de Kyriat Shmona, un autre jumelage avec une ville de Palestine. Cette attitude nous paraî­trait plus conforme à la défense des valeurs uni­ver­selles qui nous animent et pour les­quelles se sont battus les huma­nistes lorrains.

Asso­ciation France Palestine Soli­darité de Lor­raine Sud (AFPS)

Asso­ciation des Tra­vailleurs Magh­rébins de France (ATMF)

Comité Catho­lique contre la Faim et pour le Déve­lop­pement (CCFD)

Secours Catho­lique Réseau Mondial Caritas Délé­gation de Meurthe et Moselle

Union Juive Française pour la Paix (UJFP)