Lettre de la prison de Gilboa

Ameer Makhoul, mardi 22 juin 2010

Ce texte est une lettre écrite par Ameer Makhoul, citoyen pales­tinien d’Israël qui a été arrêté le 6 mai 2010 par la police israé­lienne. Il est accusé d’espionnage et de trahison.
La lettre, écrite de la main de Makhoul a été reçue par mel par sa famille, et postée de la prison israé­lienne de Gilboa. Sa femme, Janan, a confirmé à Ma’an que la lettre venait bien de son mari.
Makhoul est un diri­geant de la com­mu­nauté pales­ti­nienne de Haifa. Il est détenu comme son col­lègue Omar Said.

30 mai 2010

Comme j’ai été autorisé à prendre plume et papier, interdits ces trois der­nières semaines, et comme j’ai été autorisé à ne plus être à l’isolement total, c’est le moment d’écrireune courte lettre de ma prison.

C’est ici l’occasion pour moi d’exprimer mes sin­cères remer­cie­ments, mes salu­ta­tions et ma gra­titude à tous mes col­lègues et amis, aux groupes de soli­darité, aux orga­ni­sa­tions et aux per­sonnes, aux Inter­na­tionaux, aux Arabes, aux Israé­liens et aux Pales­ti­niens, ceux qui sont au pays et dans la Dia­spora. Un salut tout par­ti­culier à ceux qui ont rendu visite à ma famille et les ont sou­tenus après le trau­ma­tisme qu’ils ont subi le 6 mai et depuis cette nuit là. C’est le moment de dire à toutes les orga­ni­sa­tions de défense des droits humains, locales et inter­na­tio­nales, à quel point j’apprécie qu’elles aient fait entendre for­tement leurs voix.

Tout comme aux orga­ni­sa­tions par­te­naires d’Ittijah dans le monde entier, qui ont soutenu mon/​notre combat pour la justice et pour que j’aie un procès équi­table afin de prouver mon innocence.

Je souffre tou­jours beaucoup phy­si­quement mais mora­lement c’est un sen­timent superbe de savoir ce que soli­darité veut dire.

Toute mon his­toire c’est que les ser­vices de ren­sei­gne­ments israé­liens, le “Shabak,” consi­dèrent comme vrai quelque chose dont ils ne savent rien et sans la moindre preuve. Ils m’ont demandé, m’ont imposé de leur expliquer dans le moindre détail comment j’avais fait ce que je n’ai jamais fait. S’il y a pour eux un pro­blème logique pour ter­miner le puzzle, ils dis­posent des outils légaux pour le remplir avec de sup­posées « preuves secrètes » que mes avocats et moi-​​même n’avons pas le droit de connaître.

Les médias en Israël m’ont déjà jugé cou­pable, un ter­ro­riste, un par­tisan du ter­ro­risme. La règle du jeu ici c’est que je suis cou­pable, que je prouve mon inno­cence ou pas. Cette opinion col­lective précède le procès et les pro­cé­dures judiciaires.

La vio­lation de la preuve et de pro­cé­dures judi­ciaires justes est d’une impor­tance cru­ciale. Le Shabak peut mentir à la cour avec ses “preuves secrètes”, en “inter­disant des ren­contres avec les avocats,” en “inter­disant la publi­cation d’information,” en “imposant l’isolement total” et d’autres méthodes de torture sophis­ti­quées, qui ne laissent pas de traces directes bien qu’elles soient très dures [1]. Je pense que mon affaire est l’occasion d’examiner ces outils en tant que moyens de cri­mi­na­liser les défen­seurs des droits humains.

Je vou­drais insister à nouveau sur votre soutien et votre soli­darité. J’y vois un message crucial de soutien à la victime, pour arrêter le bras de l’oppresseur.

Merci. Conti­nuons sur la voie de la justice, de la dignité humaine, des droits humains et faisons en sorte qu’un procès équi­table soit possible.

Bien à vous,

Ameer Makhoul

[1] voir Amnesty inter­na­tional :

Israël doit mettre fin au har­cè­lement infligé à un défenseur des droits humains

12 mai 2010

Amnesty Inter­na­tional demande aux auto­rités israé­liennes de mettre fin au har­cè­lement infligé à un défenseur des droits humains dont la détention qui dure depuis une semaine a été pro­longée ce mercredi 12 mai 2010.

Ameer Makhoul, citoyen pales­tinien d’Israël, a été arrêté lors d’une des­cente effectuée à son domicile à Haïfa, dans le nord d’Israël, par les forces de police et les ser­vices de sécurité israé­liens à l’aube du 6 mai. Il a été inculpé de « contact avec un agent étranger » sur la base de « preuves secrètes ».

« Ameer Makhoul est un éminent défenseur des droits humains, bien connu pour son mili­tan­tisme au sein de la société civile en faveur des citoyens pales­ti­niens d’Israël, a déclaré Philip Luther, directeur adjoint du pro­gramme Moyen-​​​​Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Son arres­tation et son maintien en détention sentent le har­cè­lement pur et simple, destiné à entraver son travail en faveur des droits fon­da­mentaux. Si tel est le cas, nous le consi­dé­rerons comme un pri­sonnier d’opinion et deman­derons sa libé­ration immé­diate et inconditionnelle. »

Durant toute sa détention, Ameer Makhoul n’a pas pu consulter d’avocat. Le médecin de la prison où il est incarcéré a informé son avocat qu’il souf­frait de maux de tête.

Le matin de son arres­tation, Ameer Makhoul a été conduit au centre d’interrogatoire de Petah Tikva et, lors d’une audience tenue ce même jour, l’autorisation a été donnée de le main­tenir en détention pendant six jours. Mercredi 12 mai, sa détention a été pro­longée jusqu’au 17.

Selon l’épouse d’Ameer, Janan Makhoul, au cours de la des­cente effectuée à leur domicile, les forces de sécurité ont saisi des télé­phones et des ordi­na­teurs por­tables, un appareil photo et divers documents.

Cette même matinée, des membres des forces de sécurité israé­liennes ont également per­qui­si­tionné les bureaux de l’association Ittijah à Haïfa, où tra­vaille Ameer Makhoul.

Il s’était déjà vu interdire tout dépla­cement pendant deux mois le 21 avril par le ministre israélien de l’Intérieur Eli Yishai, qui avait alors déclaré que sa sortie du ter­ri­toire consti­tuait « une menace sérieuse pour la sécurité de l’État ».

Le militant pales­tinien n’a appris cette inter­diction que lorsqu’il a tenté de quitter Israël le 22 avril, date à laquelle il devait débuter une série de ren­contres avec des mili­tants de la société civile en Jordanie.

Amnesty Inter­na­tional s’est entre­tenue avec Ameer Makhoul fin avril ; il s’est dit pré­occupé au regard de cette inter­diction de voyager, qui s’inscrit dans une poli­tique plus large de répression contre les acti­vités poli­tiques paci­fiques des citoyens pales­ti­niens d’Israël, jus­tifiée par des « ques­tions de sécurité ».

En janvier 2009, la Com­mission cen­trale israé­lienne des élec­tions a interdit à l’Assemblée démo­cra­tique nationale, parti qui détient actuel­lement trois sièges à la Knesset (Par­lement israélien) et demande à Israël de devenir « un État pour tous ses citoyens », et à la Ligue arabe unie, qui compte quatre par­le­men­taires, de se pré­senter aux élec­tions géné­rales israé­liennes au motif que ces partis sou­te­naient le ter­ro­risme et « ne recon­nais­saient pas l’existence d’Israël en tant qu’État juif et démocratique ».

La Haute Cour de justice israé­lienne a par la suite infirmé l’interdiction pesant sur les deux partis.

Le 24 avril, Omar Said, militant de l’Assemblée démo­cra­tique nationale, a été arrêté par les autorités israéliennes.

Au départ, la presse israé­lienne s’est vue interdire de s’exprimer sur la détention d’Ameer Makhoul et d’Omar Said.

Après la levée de cette inter­diction, des infor­ma­tions parues dans les médias israé­liens lundi 10 mai ont fait état de l’arrestation des deux hommes, fondée sur des accu­sa­tions d’espionnage et de contact avec un agent étranger du Hezbollah libanais.

Ameer Makhoul est directeur général d’Ittijah, qui œuvre au nom de la com­mu­nauté pales­ti­nienne d’Israël depuis sa création en 1995.

Il préside également le Comité public pour la défense de la liberté poli­tique au sein du Comité supé­rieur arabe de sur­veillance en Israël.

« Dans l’éventualité peu pro­bable que des motifs sérieux invitent à pour­suivre Ameer Makhoul, il doit être inculpé d’infractions prévues par la loi et com­pa­raître en justice dans les meilleurs délais et dans le plein respect des normes inter­na­tio­nales d’équité », a conclu Philip Luther. http://​www​.amnesty​.org/​f​r​/​n​e​w​s​-and-…

Par ailleurs des craintes sérieuses appa­raissent sur les méthodes d’interrogatoire de A. Makhoul par les ser­vices du Shabak : Ainsi Adalah, en anglais, rap­porte que l’avocat de A. makhoul, qui s’est vu refuser l’accès à son dossier médical, craint qu’il ait été soumis à la torture : De graves soupçons pèsent sur le Shabak (ser­vices internes de ren­sei­gnement israé­liens) quant à l’utilisation de méthodes illé­gales pendant les inter­ro­ga­toires de Ameer Makhoul, défenseur des droits humains

Serious Sus­picion of Shabak (GSS) Use of Illegal Methods of Inter­ro­gation Against Human Rights Defender Ameer Makhoul

News Update 18 May 2010

Serious Sus­picion of Shabak (GSS) Use of Illegal Methods of Inter­ro­gation Against Human Rights Defender Ameer Makhoul

Today 18 May 2010, Mr. Ameer Makhoul, the director of the Arab NGO network "Ittijah" and a human rights defender, met with his legal defense team after the order pro­hi­biting his meeting with a lawyer was lifted last night by the Petakh Tikvah Magis­trates’ Court during an extension of detention hearing held on the case. In the meeting today, the legal defense team - com­prised of Attorney Hussein Abu Hussein and Adalah Attorneys Orna Kohn and Hassan Jabareen - found that during the twelve days in which they were not allowed to meet with Mr. Makhoul that the General Security Ser­vices (GSS or Shabak) inter­ro­gators had used pro­hi­bited methods of inter­ro­gation in vio­lation of the absolute pro­hi­bition on torture under inter­na­tional law and Israeli Supreme Court decisions.

The concerns of the legal defense team were raised last night, the first time that the lawyers met Mr. Makhoul since his arrest and detention on 6 May 2010.

After the meeting today, the sus­pi­cions of the legal defense team about Mr. Makhoul being subject to torture were heigh­tened, espe­cially after their request to release his medical records was refused. The legal defense team is consi­dering legal actions concerning this matter.

The court has extended Mr. Makhoul’s detention until Thursday 20 May 2010.

http://​www​.adalah​.org/​e​n​g​/​p​r​e​s​srele…