Lettre de Monique Cerisier ben Guiga à Anne Hidalgo et aux Conseillers de Paris

dimanche 14 février 2016

En ma qualité de citoyenne française, résidente de Paris, sénatrice honoraire et membre du parti socialiste pendant trente ans, je vous appelle à renoncer au vœu anti-boycott d’Israël que le groupe socialiste a déposé en vue du prochain conseil de la ville de Paris.

Le mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS) a été lancé en 2005 par les résistants palestiniens en réaction à l’occupation militaire et à la colonisation israélienne, en réaction à l’échec du processus d’Oslo. Ce mouvement non-violent est un classique de la défense des opprimés contre les oppresseurs dans le cadre d’un rapport de force politique, économique et militaire qui est massivement défavorable aux opprimés. Il a été relayé dans le monde entier par des militants anticolonialistes. En France, le mouvement BDS a limité ses actions aux produits des colonies israéliennes en Palestine occupée, présentés faussement comme provenant d’Israël, pour bien signifier que l’adversaire était la politique d’occupation et de colonisation menée par les gouvernements israéliens et non l’ Etat d’Israël en tant que tel.

Bizarrement, 11 ans après son lancement, ce mouvement devient la cible d’une partie des élus au conseil de Paris, Nathalie Koziusko-Morizet entraînant les élus LR et la majorité socialiste elle-même, auteur d’un vœu qui sera mis aux voix le 16 février 2016. Après Madame Alliot-Marie et sa circulaire, qui fait d’une action politique mondiale contre une occupation militaire condamnée par l’ONU un délit de discrimination raciale au prix d’un sophisme dont la malhonnêteté intellectuelle scandalise, voilà des élus LR et des socialistes qui proclament leur attachement au Droit International et aux valeurs républicaines et se mettent simultanément au service d’un Etat qui les bafoue tous les jours.

C’est bien de cela qu’il s’agit en effet. 11 ans de silence et, tout à coup, parce que le gouvernement de Monsieur Netanyahou, lance une campagne mondiale pour contrer un mouvement qui n’a aucune incidence sur l’économie israélienne mais qui dénonce, en actes et pas seulement en paroles, l’occupation militaire et la colonisation imposées au peuple palestinien depuis bientôt 50 ans, avec son cortège d’exactions, d’emprisonnements arbitraires, de spoliations, de destructions, de mesures destinées à étrangler l’économie palestinienne et à « brûler l’âme » de ce peuple, après 11 ans de silence, des élus de notre capitale se mobilisent soudain pour soutenir l’oppresseur .

En réalité, pour ces élus de la ville de Paris, il importe d’être présents à l’appel du gouvernement de d’Israël pour le 28 mars 2016, lors de la tenue du congrès international anti-boycott qui se tiendra à Jérusalem, cette même ville dont les habitants arabes sont soumis à l’arbitraire de l’occupant israélien.

Ainsi, demain, 230 000 habitants de Jérusalem seront privés de leur carte de résidents et interdits d’accès à leur propre ville car ils en sont maintenant séparés par l’abominable mur qui sépare la ville de ses quartiers arabes. Les enfants, dès 12 ans, par centaines, continueront à être arrêtés en pleine nuit et emprisonnés sans jugement, les maisons détruites, les oliviers brûlés.

C’est cela que vous défendez aux côtés du gouvernement le plus ouvertement violent et raciste de l’histoire d’Israël ne l’oubliez pas.

Epargnez cette honte aux habitants de Paris. Retirez ce vœu scélérat.

Monique Cerisier ben Guiga
Sénatrice honoraire