Lettre au ministre des Affaires étrangères

Jean-​​Claude Lefort, jeudi 1er février 2007

Ehud Olmert a décidé de modifier le tracé du mur de la honte, en englobant - 5 kilo­mètres au-​​delà de la ligne verte - deux nou­veaux vil­lages de 20.000 per­sonnes afin de pro­téger les implan­ta­tions et colonies israéliennes.

Ivry, le 31 janvier 2007

Monsieur Philippe Douste-​​Blazy

Ministre des Affaires étrangères 37, Quai d’Orsay 75007 Paris

Monsieur le Ministre,

Une fois encore Mon­sieur Ehud Olmert a décidé de modifier le tracé du mur de la honte, for­mel­lement condamné par la Cour de justice inter­na­tionale et contrai­rement à la Feuille de route du Quartet, en englobant - 5 kilo­mètres au-​​delà de la ligne verte - deux nou­veaux vil­lages de 20.000 per­sonnes afin de pro­téger les implan­ta­tions et colonies israé­liennes de Nili et Naaleh.

C’est insup­por­table. Comme est insup­por­table le silence cou­pable du Quartet et de notre pays.

Cette décision inter­vient alors que, d’une part, la situation dans la bande de Gaza est des plus sérieuses et que, d’autre part, le Quartet doit se réunir pro­chai­nement. Ce défi aux ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales est aussi une pro­vo­cation de plus à l’endroit des Pales­ti­niens. Il met déli­bé­rément de l’huile sur le feu dans cette région du monde, épicentre de la crise qui secoue et endeuille le Proche-​​orient.

Mon­sieur le Ministre, ce ne sont pas seulement des mots de ferme condam­nation qu’il faut faire entendre et que nous attendons tou­jours. Il faut des actes. Il faut sanc­tionner cette poli­tique. N’avez-vous pas, avec L’union euro­péenne, estimé devoir sanc­tionner le peuple pales­tinien parce que celui-​​ci avait voté majo­ri­tai­rement Hamas en arguant du fait que ce mou­vement devait recon­naître les accords internationaux ?

Ce deux poids, deux mesures n’est pas qu’une impression. C’est une réalité. Vous n’observez pas un com­por­tement iden­tique et parallèle quand il s’agit de la Palestine et d’Israël. L’un aurait tous les droits et l’autre tous les devoirs.

Comment voulez-​​vous que la situation se dénoue de la sorte tandis que Mon­sieur Olmert ali­mente ten­sions, mépris, injus­tices, ran­cœurs et hos­ti­lités par une oppression supplémentaire ?

Immé­dia­tement nous devons condamner cet acte mais aussi prendre des mesures de rétorsion pour un respect des accords et de la Feuille de route.

Nous devons, à la pro­chaine réunion du Quartet, refuser la poli­tique de Mon­sieur Bush et cesser de s’aligner sur elle s’agissant du Proche-​​Orient. Nous devons exiger et obtenir, en pré­sence des parties concernées, la tenue rapide d’une Confé­rence inter­na­tionale qui cette fois com­mence par la fin, c’est-à-dire un accord global sur les fron­tières de 1967, le statut de Jéru­salem (dont le Pré­sident du CRIF lors d’une soirée récente a demandé à la France, devant vous et sans réaction de votre part, qu’elle soit reconnue « tout sim­plement » la capitale de l’Etat hébreu), une juste solution du pro­blème des réfugiés.

La poli­tique des petits pas, des accords inté­ri­maires a échoué. Il faut une solution globale. La réunion du Quartet doit per­mettre l’un et l’autre : condamner et prendre des mesures contre les actes de M. Ehud Olmert et convoquer une Confé­rence internationale.

Dans l’attente expresse de ces décisions qui s’imposent,

Je vous prie de croire, Mon­sieur le Ministre, en l’assurance de mes salu­ta­tions distinguées.

Jean-​​Claude Lefort

Député du Val-​​de-​​Marne