Lettre au maire d’Evry qui refuse d’accueillir "Six heures pour la Palestine"

JC Lefort, vendredi 6 novembre 2009

Je joins ma voix à celle des 19 asso­cia­tions et orga­ni­sa­tions qui vous appellent à revoir votre position et à renoncer… à votre renoncement.
Aujourd’hui plus que jamais la paix au Proche-​​Orient est entre les mains de tous, des citoyens du monde et des élus. Elle passe par Evry et ces « Six heures pour la Palestine ».

Paris, le 3 novembre 2009

Monsieur Manuel Valls

Député-​​Maire

Mairie d’Evry

Place des Droits de l’Homme et du Citoyen , 91000 Evry

Monsieur le Député-​​Maire,

Je suis informé par mes amis de « Evry-​​Palestine » de votre refus d’accueillir, contrai­rement aux années pré­cé­dentes et à vos enga­ge­ments récents, la nou­velle édition des « refuse d’(accueillir » qui se tien­dront le 28 novembre pro­chain en l’Hôtel de Ville d’Evry.

Cette décision sou­daine, sans expli­ca­tions et en rupture avec vos enga­ge­ments auprès des orga­ni­sa­teurs, a pro­voqué une réaction légitime de 19 asso­cia­tions et partis qui ne peuvent com­prendre – et moi avec eux – ce revi­rement qui constitue une rupture sérieuse rela­ti­vement à votre enga­gement sur ce sujet tel que j’ai pu le connaître par ailleurs [1].

Cette situation ali­mente une émotion d’autant plus forte et vive que votre ville est jumelée avec un camp de réfugiés situé dans la bande de Gaza.

Gaza qui subit un blocus inhumain et illégal depuis plu­sieurs années. Gaza qui a été l’objet, il y a un an, d’une guerre effroyable se déroulant sous nos yeux, une guerre qui a donné lieu, devant l’épouvantable, à la consti­tution d’une mission offi­cielle de l’ONU conduite par un homme par­ti­cu­liè­rement qua­lifié, le juge Goldstone.

Ce dernier vient de rendre un rapport consé­quent et détaillé sur les événe­ments tra­giques qui ont ensan­glantés cette région dans lequel il précise que se sont pro­duits durant cette période – qua­li­fi­cation suprême en droit inter­na­tional – « des crimes de guerre », voire « des crimes contre l’humanité ». Ce rapport a été adopté par le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU.

Alors que Gaza vit tou­jours un blocus ter­rible et que l’Etat d’Israël est dirigé par un gou­ver­nement ultra qui accentue jour après jour, malgré les clairs appels de la com­mu­nauté inter­na­tionale, la colo­ni­sation illégale des Ter­ri­toires pales­ti­niens, Jérusalem-​​Est inclus, et qui refuse osten­si­blement toute solution de paix basée sur le droit inter­na­tional per­tinent, votre décision est choquante.

Elle est même incompréhensible ou alors que dois-​​je comprendre ?

Aujourd’hui plus que jamais la paix au Proche-​​Orient est entre les mains de tous, des citoyens du monde et des élus. Elle passe par Evry et ces « Six heures pour la Palestine ».

Elle passe indé­nia­blement par le maintien de la tenue, plus que jamais dans l’Hôtel de Ville, de cette ini­tiative où, comme vous le savez, seront pré­sents pour témoigner des Pales­ti­niens et des Israéliens.

Chacun est convoqué par cet enjeu : la paix au Proche-​​Orient, tandis que cette pers­pective béné­fique pour tous s’éloigne de jour en jour avec la poli­tique du pire menée par l’actuel premier ministre israélien.

Monsieur le Député-​​Maire,

Je joins ma voix à celle des 19 asso­cia­tions et orga­ni­sa­tions qui vous appellent à revoir votre position et à renoncer… à votre renoncement.

Je ne vois rien, tout au contraire, qui puisse vous amener à cette rupture. Quelque soit votre visée pour l’avenir elle ne peut vivre en se déta­chant de fon­da­mentaux ou en les faisant éclater. Et cette question du Proche-​​Orient est fondamentale.

Votre enga­gement auprès du camp des réfugiés de Khan Younis, dans la bande de Gaza, accroît vos res­pon­sa­bi­lités. Ces réfugiés vous regardent aussi aujourd’hui. Isolés du monde ils ont besoin que les mains se tendent vers eux si on veut éviter le pire. Et comme êtres humains nous devons, c’est notre spé­ci­ficité, être solidaires.

Je fais donc appel, par cette lettre, à votre sens des res­pon­sa­bi­lités qui ne peut pas vous avoir quitté.

Je vous prie de croire, Mon­sieur le Député-​​Maire, en l’assurance de salu­ta­tions distinguées.

Jean-​​Claude Lefort

Président de l’AFPS