Lettre au Pré­sident de la Répu­blique après la ren­contre de l’un de ses conseillers avec Mme Hamouri

JC Lefort, dimanche 5 juillet 2009

Suite à l’entretien de Madame Hamouri avec un conseiller de N. Sarkozy, en pré­sence de JC Lefort et M Cerisier-​​ben Guiga, retour sur des points essentiels

Jean-​​Claude Lefort Député honoraire

Paris, le 1er juillet 2009

M. Nicolas Sarkozy Pré­sident de la Répu­blique Rue du Fau­bourg Saint-​​Honoré 75001 Paris

Monsieur le Président de la République,

« Nous ne ces­serons de le répéter : la libé­ration immé­diate et incon­di­tion­nelle de Gilad est une priorité pour la France. » Tels sont les propos tenus par le porte-​​parole du Quai d’Orsay suite à la visite récente du Premier ministre israélien à Paris.

Cette décla­ration par­fai­tement claire ne rend que plus cho­quante l’attitude observée pour notre com­pa­triote de 24 ans, Salah Hamouri, empri­sonné pour 7 ans en Israël à la suite d’une décision illé­gitime d’un tri­bunal d’occupation israélien ins­tallé dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens, à Ofer exac­tement. Ce qui est cho­quant c’est que, quand bien même il est vrai que les situa­tions soient dif­fé­rentes, il ne soit l’objet ni d’un trai­tement iden­tique ni d’une demande ferme de même nature, à savoir que condamné illé­ga­lement il doit être libéré immédiatement.

Ceci suscite d’autant plus notre mobi­li­sation qu’à la dif­fé­rence de la situation condam­nable dans laquelle se trouve Guilad Shalit on sait où se trouve Salah Hamouri et qui le détient depuis main­tenant plus de 4 ans.

Le 25 juin dernier, Madame Hamouri a été reçu par l’un de vos proches col­la­bo­ra­teurs, Mon­sieur Boillon. Elle était accom­pagnée de Madame la séna­trice Monique Cerisier ben-​​Guiga et de moi-​​même.

Suite à cet entretien je veux revenir sur trois points.

1. Tout d’abord nous avons été par­ti­cu­liè­rement choqués de constater que, selon les dires de votre conseiller, pour la Pré­si­dence de la Répu­blique le cas de Salah Hamouri est considéré comme un cas parmi d’autres, un parmi les 2.000 Français qui purgent une peine de prison à l’étranger. Le cas de Salah Hamouri ne relevant pas, en effet, du « clas­sique » mais bien de l’exceptionnel : il a été condamné par un tri­bunal illégal et illé­gitime au regard du droit inter­na­tional ; par un tri­bunal mili­taire d’occupation et non pas par un tri­bunal relevant d’un quel­conque Etat de droit. Sa condam­nation est poli­tique. Elle résulte, pour ce qui le concerne et tandis que son dossier est tota­lement vide, de l’occupation israé­lienne de la Cis­jor­danie. C’est un cas poli­tique au premier chef et une décision illé­gitime en son principe.

La France ne peut, quel que soit le pays où cela arrive, bana­liser ni encore moins accepter pareille décision et elle doit demander, comme pour Gilad Shalit, pri­sonnier de guerre, sa libé­ration immé­diate. Ce n’est pourtant pas ce qui a été fait le concernant puisque, comme le dit votre conseiller juri­dique, vous estimez qu’Israël est un Etat de droit quand bien même ce pays occupe illé­ga­lement des ter­ri­toires où les juge­ments qui y sont rendus sont irre­ce­vables par principe. On ne parle pas ici de la justice qui s’applique aux Israé­liens pour ce qui les concerne dans leur pays, mais de toute autre chose : de l’action, condamnée par la com­mu­nauté inter­na­tionale dont notre pays, de l’armée israé­lienne dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens. Il n’existe pas d’Etat de droit d’occupation, d’Etat de droit de colo­ni­sation, d’Etat de droit d’annexer toute une ville, d’Etat de droit de condam­nation des occupés par une puis­sance occupante.

Pourtant, à ne pas dis­tinguer le cas de Salah des autres et à ne pas consi­dérer comme illégaux tous les ins­tru­ments qui concourent à l’occupation, vous mettez notre pays en situation de violer les déci­sions édictant le droit inter­na­tional. On ne peut pas accepter cela et c’est le pire des ser­vices à rendre à Israël que d’accepter son occu­pation illégale des Ter­ri­toires pales­ti­niens et des consé­quences condam­nables qui en résultent, dont la situation de Salah Hamouri.

2. En second lieu, votre conseiller a indiqué que vous inter­viendrez, ceci en appli­cation de la loi israé­lienne cette fois, pour que la remise de peine qui doit être exa­minée le 28 juillet par le tri­bunal ad hoc abou­tisse à la libé­ration de Salah Hamouri qui aura alors purgé les deux-​​tiers de sa peine de 7 ans. Cette affir­mation est à prendre en compte dès lors qu’elle est suivie d’effets concrets et signi­fi­catifs de votre part pour non pas demander mais exiger la libé­ration de Salah Hamouri le 28 juillet.

Vous savez par­fai­tement qu’une remise de peine (nous dirions « une libé­ration anti­cipée ») prend en compte une série de para­mètres laissés à la dis­crétion des Israé­liens. Il ne peut être accepté que ces para­mètres soient par­tagés par nous mais qu’un seul soit pris en compte et exigé : illé­ga­lement retenu, Salah doit retrouver son foyer à Jérusalem-​​Est (et non pas être expulsé ou banni) et il ne saurait en plus pré­senter per­son­nel­lement des excuses pour être empri­sonné depuis plus de 4 ans en vio­lation du droit inter­na­tional qui seul régit sa situation. Une forte déter­mi­nation s’impose donc auprès des auto­rités israé­liennes car, mis en prison pour des raisons poli­tiques, il ne peut en sortir que par une décision poli­tique sur laquelle nous avons plus que notre mot à dire. Aucun autre facteur ne saurait être premier tandis que Salah a le droit d’avoir des opi­nions poli­tiques et des atti­tudes qui n’entrent pas dans autre chose que dans le champ stric­tement poli­tique. Ce point n’est pas second.

3. Enfin, si le fait d’être reçu par l’un de vos proches conseillers est un pas en avant rela­ti­vement à la situation qui per­durait depuis deux ans, il n’en reste pas moins qu’un conseiller du Pré­sident n’est pas le Pré­sident. C’est pourquoi, compte tenu du caractère excep­tionnel du cas de Salah Hamouri et des échéances à venir nous ne pouvons que renou­veler la demande légitime que sa mère soit reçue, à la date et à l’heure que vous choi­sirez d’ici au 15 juillet. Sans mettre en cause la confiance que vous portez à vos conseillers, elle doit pouvoir vous dire direc­tement ce qu’elle pense et il doit être permis que vous lui disiez tout aussi direc­tement, au terme de cet entretien, ce que vous entendez faire per­son­nel­lement avant le 28 juillet afin de per­mettre la libé­ration de Salah Hamouri.

Per­sonne ne peut parler à votre place et il n’est pas conce­vable que, ayant reçu toutes les familles ayant des dif­fi­cultés saillantes et excep­tion­nelles à l’étranger et ceci « quoi qu’ils aient fait » – toutes soient reçues sauf celle de Salah dont le cas est extra­or­di­naire et politique.

C’est pourquoi je renou­velle cette demande d’entretien de Madame Hamouri avec vous, étant entendu que vous voir ce n’est pas vous entrevoir, par exemple à l’occasion de la « Garden Party » du 14 juillet qui ras­semble des mil­liers de per­sonnes dans les jardins de l’Elysée.

Il serait incom­pré­hen­sible que vous traitiez à part ce cas qui est emblé­ma­tique et non pas banal pour lequel, jus­tement pour cette raison, se mobi­lisent des mil­liers de Français et des dizaines de par­le­men­taires de toute obé­dience, à l’exclusion de l’extrême droite.

Je précise que le Comité national de soutien à Salah Hamouri paiera les frais de dépla­cement de Madame Hamouri.

Dans l’attente,

Je vous prie de croire, Mon­sieur le Pré­sident de la Répu­blique, en l’expression des mes salu­ta­tions les plus distinguées.

M. Jean-​​Claude Lefort

Député honoraire

Coordinateur du Comité de soutien