Lettre à Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères

Jean-​​Claude Lefort, dimanche 15 juillet 2012

C’est un devoir de la com­mu­nauté inter­na­tionale que d’agir et non pas seulement de parler.

Paris, le 11 juillet 2012

M. Laurent Fabius

Ministre des Affaires étrangères

37, quai d’Orsay

75007 Paris

Monsieur le Ministre,

Je vous remercie tout d’abord de votre réponse, en date du 26 juin, suite à mon courrier du 24 mai, portant sur la question du Proche-​​Orient.

Vous indiquez fort jus­tement que les « para­mètres sont connus » du règlement de ce conflit qui dure depuis plus de 60 ans. Vous indiquez ensuite que, pour y contribuer, la « France œuvrera sans relâche pour par­venir à la signature par les deux parties (…) d’un accord de paix portant sur les ques­tions du statut final. »

Mais la question est de savoir comment par­venir à la signature de cet accord de paix sur la base de ces para­mètres bien connus et ce que la France peut faire en ce sens.

Vous savez par­fai­tement que la partie qui refuse l’application du droit inter­na­tional, ce n’est pas la partie pales­ti­nienne mais uni­quement la partie israé­lienne. Huit ans après l’avis de la Cour Inter­na­tionale de Justice contre le mur et la colo­ni­sation, un avis non suivi d’effets, comment croire que, dans un tête-​​à-​​tête tota­lement dés­équi­libré, un accord final puisse être trouvé, alors même que la colo­ni­sation – que vous condamnez légi­timent – est érigée en position de principe par la partie israélienne ?

On insiste de nouveau, cela a été redit à l’occasion de la visite du Pré­sident Mahmoud Abbas à Paris, « sur la reprise des négo­cia­tions ». Mais les diri­geants israé­liens indiquent que des négo­cia­tions doivent reprendre « sans condi­tions ». C’est un refus du droit et c’est encore du temps gagné pour les diri­geants d’Israël qui mettent en péril la solution de deux Etats. Il est clair que les seules négo­cia­tions qui vaillent doivent partir du droit inter­na­tional et non pas porter sur une remise en cause de ce droit. Elles doivent porter sur son appli­cation et sa mise en œuvre, ce que refusent tota­lement, vous le savez bien, les diri­geants israé­liens. Combien de temps encore la com­mu­nauté inter­na­tionale va-​​t-​​elle accepter cette situation ? Ce sont des actes qu’il faut et non plus seulement des paroles, les plus justes soient-​​elles.

De ce point de vue, je reviens sur deux ques­tions majeures non clai­rement abordées dans votre réponse :

Quand donc la France va-​​t-​​elle indiquer sa volonté de voter en faveur de l’admission de la Palestine à l’ONU dans les fron­tières de 1967 avec Jérusalem-​​Est comme capitale ? C’est une position de principe qu’on attend de la France. Le pré­cédent Pré­sident de la Répu­blique avait très étran­gement signifié son refus de voter en faveur de cette admission en invo­quant le veto amé­ricain annoncé. Etrange, ou plutôt incon­sé­quent, car la question n’est pas de savoir s’il y aura ou non un veto ! La question est autre : oui ou non admet-​​on la Palestine à l’ONU comme Etat membre de plein droit. C’est la seule question qui est posée dans la demande pales­ti­nienne exprimée en sep­tembre dernier à l’Assemblée générale de l’ONU et c’est à elle, et à elle seule, qu’il faut répondre.

Dans le même esprit, il est un acte poli­tique qu’il nous revient de prendre pour faire bouger les lignes et qui est de pleine sou­ve­raineté fran­çaise : notre pays, comme l’ont déjà fait plus de 130 pays dans le monde, doit recon­naître sans attendre la Palestine et tra­vailler avec elle, en bila­téral, à un par­te­nariat stra­té­gique cou­vrant tous les domaines.

Les mots, même quand ils sont très justes, sont aujourd’hui devenus des maux s’agissant de la question israélo-​​palestinienne. Or c’est un devoir de la com­mu­nauté inter­na­tionale que d’agir et non pas seulement de parler. C’est ce qui se fait d’ailleurs partout dans le monde, sauf dans ce cas précis tandis que cela fait plus de 60 ans que dure ce conflit qui pro­voque un lot de frus­tra­tions abso­lument consi­dé­rables et une montée corol­laire des radicalismes.

On explique et on affirme, très jus­tement, que la sécurité d’Israël passe par la création d’un Etat pales­tinien. La réponse à cette question est poli­tique, en effet. Pourtant on ne fait rien de sérieux sur ce point. C’est même à se demander si cette sécurité d’Israël est véri­ta­blement voulue autrement que par des livraisons suc­ces­sives de maté­riels mili­taires de toute sorte à ce pays qui possède la bombe ato­mique mais qui se refuse à signer le TNP et qui sera absent de la pro­chaine réunion inter­na­tionale sur le sujet.

Cette poli­tique israé­lienne est une poli­tique sui­ci­daire. Pour Israël. Pour le peuple pales­tinien. Et pour la sécurité inter­na­tionale. Ce conflit est central pour la sécurité et la sta­bilité inter­na­tio­nales. Le régler sur la base du droit doit être un choix stra­té­gique premier.

Les modi­fi­ca­tions impor­tantes sur­venues dans cette région du Moyen-​​Orient, la montée poli­tique de très nom­breux pays émer­gents fait que le monde qui change est de moins en moins un monde uni­po­laire dominé par les seuls Etats-​​Unis.

Le rôle de a France est de défendre le droit et la justice partout dans le monde. Et l’intérêt de la France est de jouer un rôle adapté aux réa­lités d’aujourd’hui si l’on sou­haite que le message uni­versel dont elle est géné­ra­lement por­teuse retrouve toute sa vigueur éman­ci­pa­trice et redonne à la France toute sa place dans le monde, spé­cia­lement dans cette région où elle a été mise à mal du fait de la poli­tique du pré­cédent président.

Je sou­hai­terais donc vous ren­contrer pour bien com­prendre les inten­tions et le calen­drier du gou­ver­nement par rapport à ces deux ques­tions, dans la ligne des enga­ge­ments pris par le Pré­sident François Hol­lande et ceux pris, également, par le Parti et des par­le­men­taires socia­liste ces der­niers mois.

Je vous prie de croire, Mon­sieur le Ministre, en l’expression de mes salu­ta­tions les meilleures.

M. Jean-​​Claude Lefort

Député honoraire

Président de l’AFPS