Lettre à Brice Hortefeux - attaque de la LDJ au Musée d’Art Moderne à Paris

Jean-​​Claude LEFORT, mardi 23 novembre 2010

La « Ligue de défense juive » (LDJ) vient de se livrer à nouveau, ce dimanche, à des actes de pure vio­lence extrême contre, cette fois, le Musée d’art moderne de la Ville de Paris qui accueille une expo­sition du grand pho­to­graphe Kai Wiedenhöfer.

Paris, le 22 novembre 2010

M. Brice Hortefeux

Ministre de l’Intérieur

Place Beauvau

75008 Paris

Monsieur le Ministre,

La « Ligue de défense juive » (LDJ) vient de se livrer à nouveau, ce dimanche, à des actes de pure vio­lence extrême contre, cette fois, le Musée d’art moderne de la Ville de Paris qui accueille une expo­sition du grand pho­to­graphe Kai Wiedenhöfer.

Cette expo­sition résulte d’un séjour et d’un travail de trois mois, sur place, du célèbre pho­to­graphe après les tra­giques événe­ments de Gaza. Elle donne à voir des aspects effroyables – aussi bien humains que maté­riels – de l’offensive israé­lienne qui s’est abattue contre les popu­la­tions de cette bande de terre pales­ti­nienne durant l’hiver 2008/​2009.

Ce reportage, a été récom­pensé par de nom­breux Prix inter­na­tionaux. Ces dis­tinc­tions n’ont pas empêché le Conseil repré­sen­tatif des ins­ti­tu­tions juives de France (CRIF) de mani­fester, le 15 novembre dernier, son « indi­gnation » contre ce qu’il qua­li­fiait d’« acte de mili­tan­tisme poli­tique que ne devrait pas accepter le Musée d’art moderne de Paris, qui est sous la res­pon­sa­bilité de la ville de Paris ».

Coïn­ci­dence ? Six jours après cette attaque contre la liberté de création et d’expression, une bande de voyous se réclamant de la LDJ, enca­goulés pour cer­tains, a voulu détruire cette expo­sition, au risque d’endommager les œuvres de Picasso et de Matisse accro­chées à proximité.

Les vigiles du Palais de Tokyo ont fort heu­reu­sement réussi à s’interposer, mais le musée a été fermé et l’accès à l’exposition également. Ce n’est pas acceptable.

Ce n’est pas la pre­mière fois que la LDJ mène ce type d’opération com­mando des­tructeur et aveugle mettant en cause des œuvres d’art notamment.

Et ce n’est pas la pre­mière fois que nous signalons que ce groupe extré­miste a été dissous, en raison de ses actes extré­mistes vio­lents d’un autre âge, aussi bien en Israël qu’aux Etats-​​Unis.

Faut-​​il vous rap­peler que, le 7 avril 2002, l’un de ces voyous, qui se livraient à une « ratonnade », avait griè­vement blessé d’un coup de poi­gnard un com­mis­saire de police ? Des com­pli­cités lui avaient permis de se réfugier en Israël. Là-​​bas, cinq ans plus tard, le même homme avait tué un père de famille pales­tinien de 35 ans de vingt-​​quatre coups de couteau…

Monsieur le Ministre,

Compte tenu de ce qui vient de se passer au Musée d’art moderne de la Ville de Paris nous vous demandons instamment :

1) D’assurer, par une pré­sence poli­cière adaptée, la pro­tection de cette expo­sition qui doit se pour­suivre en toute tran­quillité. Rien ne serait pire que de céder à l’intimidation vio­lente de la LDJ.

2) De dili­genter une enquête sur les condi­tions dans les­quelles, après le com­mu­niqué du CRIF, ces indi­vidus, faute de pouvoir obtenir l’interdiction de cette expo­sition, ont cru pouvoir l’interdire eux-​​mêmes. Ils doivent être sanc­tionnés fer­mement par la justice de notre pays. Ces mal­frats de la poli­tique nuisent évidemment à la com­mu­nauté dont ils se réclament et dont ils ter­nissent ter­ri­blement l’image. Votre col­lègue Michèle Alliot-​​Marie, lorsqu’elle était ministre de la Justice et Garde des Sceaux, a demandé incroya­blement aux Par­quets de pour­suivre des mili­tants pourtant paci­fistes et anti­ra­cistes pour « pro­vo­cation publique à la dis­cri­mi­nation ». Si les nervis, vio­lents et racistes, de la LDJ n’étaient pas pour­suivis, votre gou­ver­nement tout entier serait légi­timent soup­çonné de pra­tiquer au minimum un into­lé­rable « deux poids deux mesures ».

3) De décider, au vu de l’ensemble des « actions radi­cales » menées sys­té­ma­ti­quement par ce grou­puscule, de dis­soudre la LDJ, qui, depuis long­temps, ne devrait pas avoir pignon sur rue dans notre pays. Il est temps, plus que temps, que cette décision s’impose.

Dans l’attente de décisions rapides de votre part,

Je vous prie de croire, Mon­sieur le Ministre, à l’expression de mes salu­ta­tions distinguées.

Jean-​​Claude Lefort

Député honoraire

Président de l’AFPS

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