Les tensions entre Israël et l’Allemagne s’intensifient au sujet de la résolution critique de l’UNESCO

Des responsables du Ministère des Affaires étrangères accusent Berlin d’encourager un compromis avec les états arabes qui permettrait aux pays de l’UE de ne pas s’opposer à la résolution.

Barak Ravid, Haaretz, mercredi 3 mai 2017

Le Premier Ministre Benjamin Netanyahu et la Chancelière Angela Merkel prennent la parole à une conférence de presse à la Chancellerie à Berlin, Allemagne, 16 février 2016. FABRIZIO BENSCH/REUTERS

Les relations très tendues d’Israël avec l’Allemagne à propos de la position de Jérusalem sur les Palestiniens se sont davantage dégradées, les responsables du Ministère des Affaires étrangères disant que l’Allemagne n’a pas apporté son aide pour contrecarrer une résolution hostile à Israël au comité exécutif de l’UNESCO.

Les responsables accusent l’Allemagne de faire tout son possible pour obtenir un compromis avec les pays arabes de façon que les pays de l’UE n’aient pas à voter contre la résolution quand le vote aura lieu mardi.

Un haut responsable du Ministère des Affaires étrangères qui a demandé à bénéficier de l’anonymat a déclaré que, la semaine dernière, Alon Ushpiz, l’adjoint du directeur général du Ministère, responsable de la diplomatie, a eu un échange très ferme avec l’ambassadeur allemand en Israël, Clemens von Goetze. Pendant la conversation, Ushpiz a vertement protesté contre l’attitude de l’Allemagne au sujet de la résolution de l’UNESCO.

L’échange a eu lieu deux jours après la crise de la semaine dernière relative à l’annulation de la rencontre à Jérusalem entre le Premier Ministre Benjamin Netanyahu et le Ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel. Dans l’entretien entre Ushpiz et Goetze, le sujet de la rencontre annulée a aussi été soulevé – dans une conversation qui a tourné au vinaigre et qui a comporté des accusations réciproques.

Un porte-parole du Ministère des Affaires étrangères, Emmanuel Nahshon, s’est refusé à tout commentaire et l’Ambassade d’Allemagne n’a pas non plus fourni de réponse.

Mardi, lors de la Fête de l’Indépendance en Israël, le comité exécutif de l’UNESCO votera sur la question de Jérusalem. A la différence des résolutions antérieures de l’UNESCO qui ont ignoré les liens entre les Juifs et le Mont du Temple (l’Esplanade des Mosquées) et même jeté le doute sur les liens entre les Juifs et le Mur de l’Ouest (ou Mur des Lamentations), l’actuelle résolution adopte une approche beaucoup plus souple. Ceci découle d’un accord avec les Palestiniens et les pays arabes que l’ambassadeur de l’UE à l’UNESCO a obtenu avec le soutien et l’encouragement de l’Allemagne.

Les Palestiniens et les états arabes ont accepté de faire des concessions, notamment le retrait dans la résolution de toute mention de la Mosquée Al-Aqsa ou le Noble Sanctuaire, l’expression musulmane pour le Mont du Temple. Les parties retirées de la résolution sont celles qui avaient courroucé Israël et qui l’avaient amené à suspendre toute coopération avec l’UNESCO. En outre, une phrase avait été ajoutée déclarant que Jérusalem est important pour le judaïsme, la chrétienté et l’islam.

Malgré l’assouplissement significatif de la formulation, les responsables israéliens n’ont pas été satisfaits. En premier, ils ont déclaré que la résolution garde un caractère politique et qu’elle comprend toujours la critique d’Israël. La résolution définit toujours Israël comme une puissance occupante en ce qui concerne tout ce qui se rapporte à Jérusalem.

Elle ne reconnaît pas l’annexion par Israël de Jérusalem-Est, et elle critique les fouilles archéologiques israéliennes dans l’Est de la ville et autour de la Vieille Ville. Elle critique aussi la situation dans la Bande de Gaza et l’attitude d’Israël au Tombeau des Patriarches à Hébron et à la Tombe de Rachel à Bethléem.

Une seconde, et peut-être plus significative, raison de la colère d’Israël a été que l’accord comprend une contrepartie : la décision prise par tous les 11 états-membres de l’UE au comité exécutif de l’UNESCO soit de s’abstenir soit de soutenir la résolution lors du vote de mardi, mais de ne pas voter contre elle. Dans de telles circonstances, le nombre de pays votant contre la résolution serait considérablement réduit et la résolution serait en grande partie légitimée.

Les responsables du Ministre des Affaires étrangères ont remarqué qu’Israël a cru que, comme pour toutes les résolutions antérieures, l’Allemagne se serait opposée à toute résolution hostile à Israël quelle qu’ait été sa formulation et aurait aidé Israël à mobiliser les autres pays européens pour voter contre. Mais au lieu de cela, les Allemands ont encouragé un compromis avec les états arabes et un consensus européen qui a de façon dramatique réduit la marge de manoeuvre d’Israël avant le vote.

Dans la conversation entre Ushpiz et Goetze, et dans les contacts entre d’autres diplomates israéliens et allemands, les Allemands ont déclaré que le processus qu’ils ont mené était censé aider Israël puisque la résolution ait été assouplie de façon significative. Selon un responsable du Ministère des Affaires étrangères, Israël a répliqué que le fait que la résolution était moins mauvaise qu’elle aurait pu être n’était pas une consolation.

“S’il y a pas de place à l’UNESCO pour la politique, alors il n’y a pas de place pour la politique,” a déclaré un responsable du Ministère des Affaire étrangères, en citant le message d’Israël aux Allemands. Il a dit que ce message continuait en demandant : "Pourquoi encouragez-vous une résolution politique et pourquoi facilitez-vous un consensus européen sur cette résolution ?”

Des diplomates israéliens ont remarqué que le changement d’attitude de l’Allemagne avait commencé avant même la crise entourant la visite de Gabriel en Israël. Ils ont encore remarqué que la confrontation entre Netanyahu et Gabriel au sujet des projets de l’Allemagne de rencontre avec l’association de gauche « Breaking the Silence » (Briser le silence) avait rendu beaucoup plus difficile de convaincre les Allemands d’arrêter d’oeuvrer à un compromis avec les pays arabes à l’UNESCO.

“Nous avons réalisé au cours des derniers jours que notre capacité à nous servir de l’Allemagne pour nous aider sur le plan diplomatique n’était pas à son apogée,” a déclaré un diplomate israélien.

Vendredi, le journal au plus grand tirage en Allemagne, "Bild" a publié un interview de Netanyahu sur la crise à la suite de l’annulation de la rencontre avec Gabriel. Netanyahu a déclaré que la rencontre de Gabriel avec des représentants des associations de gauche "B’Tselem" et "Breaking the Silence" pendant son voyage en Israël montrait un manque de sensibilité. Netanyahu a dit qu’il pensait que son refus de rencontrer Gabriel ne nuirait pas aux relations entre les deux pays.

Netanyahu a déclaré à « Bild » qu’il était particulièrement indélicat de tenir ces réunions alors qu’Israël célébrait la Journée du Souvenir de l’Holocauste et la Journée du Souvenir pour les victimes de guerre. Il a dit que l’armée israélienne était la seule force qui protège le peuple.

Netanyahu a indiqué qu’il avait essayé d’appeler Gabriel pour expliquer sa position et aplanir leurs divergences, mais que Gabriel avait refusé de prendre son appel. Malgré l’incident, les relations entre les deux pays demeureraient solides, fondées sur des valeurs partagées par les deux peuples, a ajouté Netanyahu.

Il a aussi exprimé l’espoir que la prochaine fois que Gabriel viendrait en Israël, le ministre des affaires étrangères le rencontrerait au lieu de rencontrer ce qu’il a qualifié de groupes extrémistes et marginaux qui sapent la sécurité d’Israël.

Pour sa part, la Chancelière d’ Allemagne Angela Merkel a soutenu la décision de Gabriel de rencontrer des associations de la société citoyenne israélienne. Au cours du week-end, a-t-elle déclaré, elle a été en relations étroites avec Gabriel pendant qu’il était en déplacement, mais elle a ajouté que l’incident n’aurait aucun effet sur le soutien de l’Allemagne à Israël.

Traduit de l’anglais par Yves Jardin, membre du GT de l’AFPS sur les prisonniers