Les réfugiés sont les premières victimes de la crise actuelle

Irin et Orient le Jour, mercredi 27 juin 2007

4.4 mil­lions de Pales­ti­niens demeurent tou­jours des réfugiés près de 60 ans après le début de la guerre israélo/​arabe de 1948. A la fron­tière irako-​​syrienne 1 400 réfugiés pales­ti­niens vivent un « enfer ».

Alors que le monde marque la Journée des Réfugiés ce 20 juin, environ un tiers de ces réfugiés vivent tou­jours dans des camps alors qu’une pro­portion encore plus élevée conti­nuent à béné­ficier des ser­vices d’aide et d’assistance prin­ci­pa­lement de l’UNRWA, l’Agence des Nations Unies pour les Refugiés Palestiniens.

Des obser­va­teurs disent que la situation dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés s’est aggravé cette der­nière année suite à la vio­lence, les combats internes intenses dans la Bande de Gaza et le boycott écono­mique inter­na­tional vis-​​à-​​vis de l’Autorité Pales­ti­nienne, boycott qui a duré plus d’une année et qui n’a été levé qu’en début de semaine.

Darrin Waller, le PDG du MAP-​​UK (Medical Aid for Pales­ti­nians), une orga­ni­sation huma­ni­taire basée à Londres, dit que tandis que tous les Pales­ti­niens ont été affectés par les troubles à Gaza y compris par les incur­sions mili­taires israé­liennes, ce sont les réfugiés qui ont le plus souffert. « Il y a un impact spé­ci­fique sur les réfugiés étant donné qu’ils sont les plus vul­né­rables à l’intérieur de la communauté ».

En Cis­jor­danie, les res­tric­tions sur les dépla­ce­ments imposées par l’armée israé­lienne, sont devenus un pro­blème majeur.

« Les res­tric­tions en Cis­jor­danie devraient être levées. Il y a une ten­dance à aug­menter les res­tric­tions sur les dépla­ce­ments des Pales­ti­niens » dit Filippo Grandi, le délégué du com­mis­saire général de l’UNRWA à Jéru­salem, qui ajoute que son per­sonnel a été affecté néga­ti­vement par les développements.

« L’accès huma­ni­taire à Gaza est un pro­blème pressant. Les pro­blèmes huma­ni­taires graves doivent être immé­dia­tement pris en compte » dit-​​il.

Liban

Les réfugiés dans le Liban nord sont pris dans les feux-​​croisés entre l’armée liba­naise et les groupes extré­mistes » dit-​​il.

Le Liban accueille plus de 400.000 réfugiés et les combats dans le cap de Nahr al-​​Bared touchent beaucoup de Pales­ti­niens. Près de 30.000 réfugiés ont fui le camp ce dernier mois.

« Les condi­tions se sont dété­riorées suite à ce qui se passe dans Nahr al-​​Bared. Cela affecte les gens partout étant donné que des parents et des amis logent les réfugiés qui ont fui les combats » dit Hoda al-​​Turk, un porte-​​parole de l’UNRWA à Beyrouth.

Les camps dans les­quels les réfugiés ont fui sont très sur­peuplés » a ajouté al-​​Turk en faisant remarquer que le camp de Bedawi accueille main­tenant deux fois plus de per­sonnes qu’auparavant.

Les Pales­ti­niens au Liban font face à une situation par­ti­cu­liè­rement dif­ficile étant donné que les lois locales limitent énor­mément leurs pos­si­bi­lités d’emplois en empê­chant essen­tiel­lement la plupart des réfugiés de tra­vailler dans les camps selon le per­sonnel humanitaire.

Syrie

Beaucoup de Pales­ti­niens disent que les condi­tions en Syrie où résident quelques 460.000 réfugiés, sont meilleures.

« La Syrie est un exemple pour les autres pays d’accueil. Il n’y a ici aucune dis­cri­mi­nation, nous sommes tous traités pareil.

Nous sommes sur un pied d’égalité avec les Syriens en ce qui concerne le travail, la santé et l’éducation » raconte un réfugié pales­tinien à IRIN à Damas.

Jordanie

La Jor­danie accueille environ 1.8 mil­lions de réfugiés pales­ti­niens y compris les quelques 130.000 per­sonnes qui ont fui Gaza en 1967.

Ces réfugiés, contrai­rement à la plupart des Pales­ti­niens en Jor­danie, ne sont pas des citoyens et ils subissent donc des res­tric­tions quant à l’accès à l’éducation supé­rieure et aux emplois les plus qualifiés.

« Ils sont privés de leurs droits fon­da­mentaux. Ils ont beaucoup de pro­blèmes pour tra­vailler dans le secteur privé et public et la plupart d’entre eux tra­vaillent dans des domaines non qua­lifiés » dit Oroub el-​​Abed qui a fait des recherches poussées sur les réfugiés.

Egypte

Il y a environ 50.000 réfugiés pales­ti­niens en Egypte qui ne sont pas enre­gistrés auprès de l’UNRWA. Ils n’ont pas le droit d’aller dans les écoles publiques et n’ont pas le droit de travailler.

« Ils sont traités comme des étrangers » dit Abed. « Beaucoup vivent illé­ga­lement en Egypte et n’ont aucuns droits ».

Irak

De même, les Pales­ti­niens en Irak sont confrontés à une crise absolue. Près de 10.000 d’entre eux ont fui l’Irak depuis l’invasion menée par les USA et près de 1.000 réfugiés ont échoué sur la fron­tière irako/​syrienne, vivant dans des camps où les « condi­tions huma­ni­taires sont effrayantes » dit Waller de MAP-​​UK. [voir ci-​​dessous]

Double déplacement

Quelques 800.000 Pales­ti­niens ont fui les hos­ti­lités de 1948 vers des camps de réfugiés en Jor­danie, au Liban, en Syrie, en Cis­jor­danie et dans la Bande de Gaza et près de 200.000 d’entre eux ont de nouveau été obligés de fuir lors de la guerre de juin 1967.

L’UNRWA mar­quera la journée des réfugiés en se foca­lisant sur le sort de tous ceux qui ont été déplacés deux fois.

Dans un camp à l’extérieur d’Amman (Jor­danie) un Pales­tinien raconte l’histoire d’une migration répétée de sa famille.

« Je suis né à Ramla sur la zone côtière de la Palestine. En 1948, nous avons fui à Ramallah en Cis­jor­danie. Puis nous avons encore déménagé dans le camp d’Ein a-​​Sultan à l’extérieur de Jéricho. Après 1967, nous avons à nouveau fui ici » raconte Yousef Salem Daoud (68 ans) qui vit actuel­lement dans le camp Nasr.

« Où se trouve la justice dans tout cela ? Où sont nos droits ? » Demande-​​t-​​il.

La charge financière de l’UNRWA

Karen Koning Abu Zayed, la com­mis­saire générale de l’UNRWA, a récemment noté les accom­plis­se­ments de l’UNRWA et des pays d’accueil.

« Le taux d’alphabétisation des Pales­ti­niens dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés est de 92.4% en com­pa­raison de la moyenne de 67% pour la région du Moyen-​​Orient et les maladies conta­gieuses ont été éradi­quées » dit-​​elle.

Néan­moins, la charge finan­cière accrue à laquelle fait face l’UNRWA, y compris un déficit attendu de 200 mil­lions de $ cette année, signifie que l’agence a beaucoup de dif­fi­cultés pour amé­liorer les ser­vices pour les réfugiés.

« Cela va être la question clé pour l’année prochaine » dit Grandi.

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Plus de 1 400 Pales­ti­niens bloqués à la fron­tière irako-​​syrienne, pour cer­tains depuis plus d’un an, sur­vivent dans des condi­tions « infer­nales », a dénoncé hier le Haut-​​Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

Leur situation se dété­riore chaque jour et « ils ont l’impression d’être une voix dans le désert que per­sonne n’écoute », a déclaré à la presse Jen­nifer Pagonis, une porte-​​parole du HCR. Ils ont un « besoin urgent de soins médicaux et d’une solution huma­ni­taire : nous demandons aux pays de la région, et au-​​delà, de nous aider à faire cesser leurs souf­frances », a-​​t-​​elle ajouté.

Quatre enfants et un malade du diabète au moins sont gra­vement malades dans le camp d’al-Waleed, ouvert en décembre dernier à trois kilo­mètres de la fron­tière syrienne et où plus d’un millier de réfugiés pales­ti­niens sont entassés.

Le HCR et la Croix-​​Rouge inter­na­tionale (CICR) font de leur mieux pour porter assis­tance à ces réfugiés, « mais c’est impos­sible dans un camp infesté de ser­pents et de scor­pions, sans accès à de l’eau potable, à des ser­vices d’hygiène et à des soins cor­rects », a expliqué Mme Pagonis.

Les réfugiés, qui ont fui les vio­lences à Bagdad dans l’espoir de se rendre en Syrie, ont en outre été menacés la semaine der­nière par un groupe armé qui a fait irruption dans le camp d’al-Waleed pour leur extorquer des vivres. « Les réfugiés sont de plus en plus effrayés et frustrés, piégés dans un no man’s land, inca­pables de com­prendre pourquoi per­sonne ne les aide à sortir de cet enfer », selon Jen­nifer Pagonis. Les employés des agences huma­ni­taires ont été menacés par des Ira­kiens de la région et parfois empêchés d’apporter des secours aux Pales­ti­niens qui s’entassent sous des tentes où les tem­pé­ra­tures peuvent dépasser les 50 degrés, dans une zone balayée régu­liè­rement par des tem­pêtes de sable. Aucun d’entre eux ne veut cependant retourner à Bagdad.

Selon le HCR, environ 15 000 réfugiés pales­ti­niens vivent tou­jours en Irak où ils sont souvent en butte aux menaces, aux agres­sions, voire aux enlè­ve­ments et aux tor­tures par des fac­tions armées.  [2]