Les réfugiés palestiniens du Liban exigent le droit

Claude Léostic, lundi 7 avril 2008

Si les Pales­ti­niens en Palestine sont soumis à un envi­ron­nement hostile voire extrê­mement violent du fait de la poli­tique colo­niale d’Israël, les Pales­ti­niens du Liban sont aussi vic­times de pra­tiques dis­cri­mi­na­toires inac­cep­tables de la part des auto­rités et de la population.

Soixante ans après la Nakba, quand le net­toyage eth­nique entamé dès le début 1948 par les milices juives puis à partir de mai 48 par les troupes de l’Etat israélien nou­vel­lement créé (uni­la­té­ra­lement, sans prendre en compte les exi­gences ni le calen­drier des Nations unies mar­raines de cet Etat) a expulsé dans l’exil quelque 900 000 Pales­ti­niens, le peuple pales­tinien reste, dans sa grande majorité, un peuple de réfugiés.

Dans la dia­spora ou dans les camps des pays proches de la Palestine, ils sont environ 6 mil­lions, privés de leur pays et de leurs droits. Les plus nom­breux, et les plus mal traités, se trouvent au Liban, dans une dizaine de camps ou à leur péri­phérie dans des villes comme Bey­routh, Saida au sud ou Tripoli au nord.

Les condi­tions géné­rales de vie dans les camps de réfugiés du Liban sont une insulte à la dignité humaine, une vio­lation du droit huma­ni­taire et des droits humains (ce sera l’objet d’un autre article)

Les camps du Liban sont aussi une repro­duction de la Palestine interdite : répar­tition par régions et vil­lages d’origine de la Palestine his­to­rique (on est de Haïfa ou Acca…) et repré­sen­tation des forces et partis poli­tiques palestiniens.

Si les Pales­ti­niens en Palestine sont soumis à un envi­ron­nement hostile voire extrê­mement violent à cause de la poli­tique colo­niale d’Israël, les Pales­ti­niens du Liban sont aussi vic­times de pra­tiques dis­cri­mi­na­toires inac­cep­tables de la part des auto­rités et de la population.

Les auto­rités liba­naises, qui ont accepté il y a quelques mois le retour de l’OLP au Liban, n’ont jamais tenu leurs enga­ge­ments d’alléger les dif­fi­cultés imposées depuis des décennies aux Pales­ti­niens : les métiers interdits, les construc­tions impos­sibles, les accès limités à l’éducation supé­rieure demeurent.

Dans la situation délétère, voire explosive, qui prévaut depuis des mois au Liban, la crainte majeure des Pales­ti­niens est qu’ils en soient le bouc émis­saire. C’est d’ailleurs l’une des expli­ca­tions de la guerre d’une extrême vio­lence qui a anéanti le camp de Nahr-​​el-​​Bared, au nord du Liban, pendant l’été et l’automne 2007. Sous couvert de l’élimination de quelques dizaines de com­bat­tants sala­fistes (jiha­distes) dont le QG se trouvait à l’extérieur du camp, c’est tout le vieux camp qui a été détruit par la vio­lence des attaques de l’armée liba­naise : habi­ta­tions, écoles, dis­pen­saires, magasins, il ne reste rien. Nahr-​​el-​​Bared main­tenant c’est Lorient, Brest, Falaise ou encore Dresde après les bom­bar­de­ments de la Deuxième guerre mondiale.

Effrayer les Palestiniens afin de les amener à partir. Encore…

Pourtant toutes les forces pales­ti­niennes entendent pour­suivre les dis­cus­sions avec toutes les forces liba­naises. Pas pour trouver une forme d’intégration que redoute le Liban. Non, les Pales­ti­niens n’en veulent pas !

Le leit-​​motiv des Pales­ti­niens du Liban, c’est le droit au retour : la recon­nais­sance non négo­ciable de ce droit par Israël et la com­mu­nauté inter­na­tionale et puis, éven­tuel­lement, après un retour au pays trop long­temps dérobé, le choix de ne pas en faire un usage défi­nitif. Si, disent-​​ils, la décision appar­tient à chaque Palestinien/​ne, la reven­di­cation qu’ils expriment est inlas­sa­blement collective .

Mais en attendant ce jour dont la clé de la maison volée ou détruite est le symbole, les Pales­ti­niens du Liban demandent à être traités avec dignité au Liban, dans le respect des droits au travail, à la santé, à un logement décent ou encore à l’éducation pour tous leurs enfants.

Dans le contexte régional tendu qui perdure, la frus­tration et la vio­lence montent dans les camps. La peur aussi, après Nahr-​​el-​​Bared, rappel ter­rible d’autres mas­sacres, de Tell-​​al-​​Zaatar à Chatila.

Mais la volonté affichée des partis pales­ti­niens, qui assurent ensemble la sécurité des camps depuis décembre 2007, est de rester unis dans leurs reven­di­ca­tions et de ne pas laisser les divi­sions intes­tines qui affai­blissent la résis­tance en Palestine occupée les frapper. Cela fait écho à la déter­mi­nation des Pales­ti­niens des camps d’obtenir le droit de vivre dans la dignité tant qu’ils seront réfugiés et surtout de rentrer chez eux en Palestine. Cela fait 60 ans qu’ils attendent.