Les pêcheurs de Gaza sous le feu

dimanche 7 mars 2010

Sami al-​​Qouqa, un ancien pêcheur de 30 ans qui habite le camp de réfugiés al-​​Shati, dans le nord de Gaza, a perdu sa main gauche quand son bateau de pêche a été attaqué par une canon­nière israé­lienne le 12 mars 2007. L’incident a été docu­menté par le Centre pales­tinien pour les droits humains (PCHR).

« J’étais sur mon petit bateau de pêche en eaux pales­ti­niennes quand deux navires de guerre israé­liens se sont approchés. L’un des hommes a crié : ‘Partez ou on vous tue !’ J’ai d’abord refusé, et ils ont com­mencé à me tirer dessus. L’un d’eux a réussi à me toucher et j’ai été sérieu­sement blessé à l’avant-bras et la main gauches », a dit M. al-​​Qouqa à IRIN.

Il a été amené à l’hôpital al-​​Shifa, à Gaza, où des médecins ont amputé sa main. Depuis, il n’a pas retrouvé de travail et dépend de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés pales­ti­niens (UNRWA) pour nourrir sa femme et ses deux fils.

Selon les pêcheurs de Gaza, les res­tric­tions tou­jours plus strictes en matière de lieux de pêche, les attaques fré­quentes par les canon­nières israé­liennes et le blocus écono­mique en place depuis 2007 obligent un nombre croissant d’entre eux à cesser leurs activités.

« Main­tenant, les Israé­liens tirent tout le temps et sans aucune raison. La marine israé­lienne continue de confisquer des équi­pe­ments de pêche et de déchirer les filets des pêcheurs. Nous voulons une solution, mais nous ne savons pas comment, quoi ou quand. Combien de temps encore devrons-​​nous sup­porter cette situation ? » a dit à IRIN Muhamed Subuh al-​​Hissi, un membre du syn­dicat des pêcheurs pales­ti­niens à Gaza.

Il a dit qu’avant la guerre qui a opposé Israël et le Hamas pendant 23 jours, début 2009, les canon­nières israé­liennes n’ouvraient le feu que sur les pêcheurs qui s’aventuraient au-​​delà de la zone tampon de trois miles. Main­tenant, ils tirent même sur les bateaux qui se trouvent clai­rement dans cette zone.

Les accords d’Oslo, une décla­ration de principe signée en 1993 par l’Organisation de libé­ration de la Palestine (OLP) et Israël, auto­ri­saient les pêcheurs de Gaza à s’aventurer jusqu’à 20 miles nau­tiques des côtes. Tou­tefois, depuis le début de la seconde Intifada, en 2000, la marine israé­lienne a imposé une limite de trois miles et l’a rigou­reu­sement fait res­pecter depuis la guerre de l’an dernier. Elle affirme que cette mesure est néces­saire pour faire cesser l’introduction illégale d’armes dans la bande de Gaza.

Le point de vue israélien

« Les marines israé­liens tirent sur les bateaux pales­ti­niens qui sont soup­çonnés de faire entrer illé­ga­lement des armes à Gaza et qui repré­sentent donc une menace pour la sécurité d’Israël », a dit à IRIN Avikhay Adrii, un porte-​​parole de l’armée israé­lienne. « Cer­tains groupes uti­lisent des bateaux de pêche pales­ti­niens à des fins ter­ro­ristes. La marine israé­lienne a la res­pon­sa­bilité de pro­téger les côtes d’Israël ».

Début février, le chef de la marine israé­lienne, le major général Eliezer Marom, a dit aux jour­na­listes que des « orga­ni­sa­tions ter­ro­ristes » pales­ti­niennes « fai­saient un usage cynique des pêcheurs de Gaza à des fins ter­ro­ristes » suite à la décou­verte d’un troi­sième dis­po­sitif explosif caché dans un fût sur une plage israé­lienne. Il a ajouté que toute col­la­bo­ration avec les groupes de mili­tants pales­ti­niens qui reven­diquent la res­pon­sa­bilité du largage des fûts pourrait nuire à la sub­sis­tance des pêcheurs de Gaza.

« Des navires de sécurité ordi­naires patrouillent la zone et leur per­mettent aux pêcheurs de Gaza de pêcher en toute tran­quillité. Je leur demande de ne pas coopérer avec des orga­ni­sa­tions ter­ro­ristes et de ne pas leur per­mettre d’utiliser leurs bateaux de pêche à des fins ter­ro­ristes », a-​​t-​​il dit.

Le Centre pales­tinien pour les droits humains (PCHR) a dénombré 36 attaques de la marine israé­lienne visant des pêcheurs de Gaza entre le 20 janvier et le 2 décembre 2009 dans le cadre de la sur­veillance de la zone tampon.

Selon des témoins locaux, le dernier incident s’est produit le 22 février dernier. Des canon­nières israé­liennes auraient tiré sur des pêcheurs au large des côtes de Gaza, les obli­geant à retourner sur le rivage. Une porte-​​parole de l’armée israé­lienne a nié qu’un tel incident se soit produit.

Diminution des prises, espoirs

Selon PAL-​​Think, un groupe de réflexion pales­tinien dont le siège est à Gaza, il y avait environ 6 000 pêcheurs à Gaza il y a dix ans et ils attra­paient 3 000 tonnes de poisson par an. Aujourd’hui, il n’en reste plus que quelque 3 600, et la quantité de poissons qu’ils prennent est si ridicule que cer­tains ont décidé d’ouvrir des fermes pis­ci­coles sur la terre ferme.

Le blocus israélien empêche également l’exportation de poisson à l’extérieur de la bande de Gaza, ce qui met encore plus en péril la sub­sis­tance des pêcheurs.

« À cause des res­tric­tions imposées par Israël sur bande de Gaza, les pêcheurs pales­ti­niens n’ont pas accès à beaucoup d’endroits et ne peuvent cap­turer beaucoup de poissons… Tous les bateaux vont donc pêcher aux mêmes endroits et il n’y a plus de poisson à Gaza », a dit à IRIN le ministre de l’Agriculture du Hamas, M. Mohamed Ramadan Agha.

Il a appelé les orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales à prendre des mesures sérieuses pour pro­téger le gagne-​​pain des pêcheurs palestiniens.

Pendant ce temps, M. al-​​Qouqa, l’ancien pêcheur, est découragé : « Ma vie est vraiment misé­rable parce que je ne peux plus pêcher avec une seule main. Je vais au port pour voir mes amis pêcheurs et dis­cuter avec eux. Je suis inca­pable de rester à la maison à lon­gueur de journée ».